L'Espagne de 1898 à 1931 : Industrie et Mouvements Sociaux
Évolution de l'industrie espagnole (1898-1931)
Durant la période de 1898-1931, l'industrie connaît quatre changements majeurs : le remplacement du charbon par l'électricité comme source d'énergie, la concentration de l'industrie lourde dans le Pays Basque, la diversification industrielle et chimique avec l'apparition de nouvelles branches, et l'augmentation de la production minière (charbon et secteur alimentaire dans les Asturies, fer dans le Pays Basque).
L'industrie peine toutefois à concurrencer la production étrangère, ce qui impose des mesures protectionnistes comme le tarif Cambo (loi de 1918).
Démographie et migrations
Le panorama de la population est marqué par une migration des zones rurales vers les zones urbaines. Cet exode rural se dirige vers Madrid et la périphérie de la péninsule. Les principaux pôles d'attraction sont Barcelone, Bilbao, Séville et Madrid, ainsi que les sites miniers de Huelva et Cordoue. En Galice, on observe une forte émigration vers l'Amérique.
Situation économique et impact de la Grande Guerre
La perte des colonies a signifié que la Catalogne a perdu le monopole pour l'industrie textile. Parallèlement, de grandes banques sont créées grâce à la croissance du capital. La Première Guerre mondiale (1914-1918), favorable à l'économie espagnole, a toutefois entraîné une hausse des prix supérieure aux salaires, augmentant les troubles sociaux. La radicalisation de la gauche a été poussée par l'effet de la Révolution russe de 1917.
Mouvements ouvriers et conditions de vie
Les développements des mouvements de travailleurs se concentrent à Madrid, au Pays Basque, dans les Asturies et à Barcelone, zones de forts bouleversements.
Conditions de vie précaires
Les familles ouvrières subissent des conditions de subsistance strictes, vivant dans de petites maisons qu'elles doivent souvent partager avec d'autres familles. Le travail est précaire :
- 10 à 12 heures de travail par jour (sauf le dimanche) ;
- Absence de contrat de travail ;
- Manque d'hygiène et sécurité précaire ;
- Salaire permettant juste de se nourrir ;
- Faible niveau d'alphabétisation chez les travailleurs.
Certains secteurs ont agi sur la classe ouvrière et ont poussé à la mobilisation par la presse, des rassemblements et des grèves. Cette classe ouvrière était majoritairement anticléricale.
Idéologies et syndicats
Le mouvement ouvrier espagnol est divisé en deux camps : les socialistes (UGT) et les anarchistes (CNT). Le parti politique PSOE a remporté une représentation parlementaire en 1910 (Asturies, Pays Basque, Madrid et Alicante). En 1921 est créé le Parti communiste d'Espagne (PCE). En Catalogne, la Confédération Nationale du Travail (CNT) est fondée en 1911, et en 1927, la Fédération Anarchiste Ibérique (FAI) à Valence.
Dynamique sociale et répression
Entre 1898 et 1931, la tension sociale est constante. Les protestations de la classe ouvrière (manifestations et grèves) s'accompagnent d'émeutes et de barricades, se soldant par des morts et des blessés. Le gouvernement répond par l'arrestation de travailleurs, la fermeture de journaux et la suppression des organisations en vigueur ; parfois même, l'armée intervient.
En 1909, la grève est légalisée, coïncidant avec la Semaine Tragique catalane. À cette époque, les revendications portent sur l'emploi, l'augmentation des salaires, l'interdiction du travail de nuit pour les femmes, le droit de grève et la journée de 10 heures. L'année 1917 transforme l'ordre social. Entre 1919 et 1923, le conflit s'intensifie (grève de 3 mois) et la loi des fuites est appliquée : la police libérait les détenus pour ensuite les abattre sous prétexte qu'ils avaient tenté de s'enfuir.
En 1923 survient le coup d'État de Primo de Rivera. Dans un contexte économique plus favorable, le déclin du mouvement révolutionnaire de la CNT et la persécution des communistes permettent d'atténuer la tension et la violence, au détriment des libertés supprimées par la dictature militaire.