En 1894, Le Figaro dénonce Alfred Dreyfus, officier juif de l'armée française, pour trahison.
La presse est en plein essor, portée par les lois sur la liberté d'expression de 1881.
Deux camps s'affrontent : les antidreyfusards et certains quotidiens progressistes qui demandent la réparation d'une erreur judiciaire.
La presse antisémite accable Dreyfus en raison de ses origines juives.
La lettre d'Émile Zola au Président, intitulée « J'accuse ! », connaît un énorme succès dans le quotidien L'Aurore.
Dreyfus est gracié en 1899, mais la presse a largement contribué à forger l'opinion publique.
La Crise du 6 Février 1934 : Affrontements Idéologiques
La crise du 6 février est en partie une fabrication de la presse d'opinion.
Elle survient dans un contexte de crise politique marqué par la corruption dénoncée par la presse (affaire Stavisky), la montée des ligues nationalistes et la crispation des partis politiques extrêmes.
L'antiparlementarisme se manifeste tant à droite qu'à gauche.
La presse politique appelle à la manifestation du 6 février sur la place de la Concorde, le jour où Édouard Daladier, socialiste, se présente devant la Chambre des députés.
Quinze morts sont à déplorer.
La presse d'extrême droite crie aux « assassins », tandis que les quotidiens socialistes dénoncent une « tentative de coup d'État fasciste ».
La campagne de presse fait chuter le gouvernement et forge l'idée que la France est menacée par le fascisme, menant à la création du Front Populaire l'année suivante.
II. L'État et la Révolution Audiovisuelle
Instrumentalisation des Médias sous Vichy : La Guerre des Ondes
La radio devient le média dominant (plus de 60% des foyers français en 1940).
Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain s'adresse aux Français par radio.
Le 18 juin 1940, l'Appel du Général de Gaulle à la Résistance est diffusé par radio (BBC).
L'objectif est d'influencer l'opinion publique.
La BBC, surnommée « Radio-Londres », est la radio de De Gaulle, écoutée par une grande partie des Français, malgré le risque de déportation.
La Radiodiffusion nationale est l'instrument de propagande du régime de Vichy.
De Gaulle gagne la guerre des ondes.
La presse est contrôlée et diffuse de la désinformation. En réponse, la Résistance développe une presse clandestine.
Le Poids de l'Audiovisuel d'État : Crise du 13 Mai 1958
La radio reste le média dominant dans les années 1950-1960 (plus de 90% des foyers en 1960).
La radio est soumise à la censure.
La presse écrite, critique envers la présence française en Algérie, est également censurée.
De Gaulle souhaite une mainmise complète de l'État sur l'information.
Le 13 mai 1958, les médias se montrent favorables à De Gaulle.
Lors de la tentative de putsch en 1961, la radio et la télévision appellent à ne pas suivre les généraux.
Radio-Alger, contrôlée par les putschistes, est peu écoutée.
C'est la « victoire du transistor » pour De Gaulle.
Par la suite, la télévision prend le relais (plus de 60% des foyers en 1968).
L'ORTF est contrôlée par le ministre de l'Information.
III. Libéralisation et Multiplication des Médias depuis 1968
Mai-Juin 1968 : Un Paysage Médiatique Complexe et Critiqué
À partir des années 1960, les médias se font l'écho des malaises de la société.
La jeunesse questionne son identité et ses valeurs.
La classe ouvrière réclame plus de considération au travail, notamment les ouvriers jeunes et instruits.
Un refus général de l'immobilisme se manifeste.
La hiérarchie trop autoritaire est remise en cause.
C'est une triple crise : sociale, estudiantine et politique.
Le contrôle de l'audiovisuel par le pouvoir est critiqué : mainmise du gouvernement sur l'ORTF et censure des articles de presse de l'opposition (ex: Libération).
L'ORTF refuse de donner la parole aux syndicats et aux politiques d'opposition, entraînant une grève générale des journalistes.
En 1974, c'est la fin de l'ORTF et l'autonomie des chaînes de télévision et de radio.
Cependant, le contrôle persiste, donnant naissance aux « radios clandestines ».
En 1981, la gauche légalise toutes les radios.
La crise de mai 68 conduit à la diversification et à la pluralité des médias.
L'Émergence d'une Démocratie d'Opinion depuis les Années 1990
Depuis 1968, une « crise rampante » de confiance envers les politiciens s'installe.
La défiance de l'opinion publique s'accroît, tandis que les médias se multiplient.
La révolution Internet bouleverse le paysage (45 millions d'internautes en France).
Chacun peut s'exprimer, brouillant la frontière entre médias et opinion publique.
La manipulation politique et la désinformation soulèvent des questions sur l'origine et la fiabilité de l'information.
L'émergence d'une « démocratie d'opinion » s'appuie sur les sondages.
Les sondages sont perçus comme le reflet de l'opinion et un garde-fou pour le politique.
Certains parlent de « tyrannie de l'opinion ».
Les sondages sont-ils le reflet réel de l'opinion ou un instrument pour la manipuler ?