Les fondements philosophiques du droit au Moyen Âge
Les facteurs déterminants de l'évolution juridique
- i) Des facteurs philosophiques contribuant à la croyance en la puissance de la raison.
- ii) Des facteurs liés au système des sources du droit (besoin d'une structuration juridique).
- iii) Des facteurs du milieu institutionnel propices au développement du « droit légal ».
5.5.1.1. Facteurs philosophiques
Du Haut Moyen Âge jusqu'à l'émergence de la scolastique, la synthèse théologique et philosophique de saint Augustin a prévalu. L'augustinisme juridique qui en résulte repose sur le volontarisme. Pour l'évêque d'Hippone, la seule source de droit est la volonté de Dieu, révélée en partie par les Écritures et exprimée par la providence de l'histoire.
Cela entraîne diverses conséquences :
- L'absence d'un ordre juridique objectif et naturel : Certains actes ne sont pas inévitablement condamnés ou permis. Saint Augustin admet la légitimité de certains actes insérés dans un plan divin insondable, inaccessible à la raison humaine.
- L'impuissance de la raison : La justice est la volonté arbitraire de Dieu et ne peut être atteinte par des moyens humains.
- L'acceptation des autorités constituées : Celles-ci reçoivent leur pouvoir d'un mandat divin, justifiant les droits positifs terrestres comme ayant un sens caché dans l'histoire du salut.
Le volontarisme, l'anti-rationalisme et le positivisme sont les ingrédients de l'augustinisme. Au début du Moyen Âge, la seule activité légitime du juriste était la lecture et la soumission passive à la loi révélée.
La pensée juridique médiévale du XIIe siècle ne s'inquiète pas des contradictions logiques. L'intérêt porte sur l'adaptation aux spécificités du problème. La littérature théorique n'est pas présentée sous forme d'expositions systématiques, mais comme des collections de solutions pratiques.
La raison devient sa « charte de la liberté ». La théorie augustinienne des sources du droit n'est plus acceptable. Pour la scolastique, dont le principal représentant est saint Thomas d'Aquin, le droit contenu dans les Écritures (loi divine) ou édicté par les rois (droit positif) n'est pas l'élément essentiel pour trouver le iustum (le juste). Ce droit, antérieur à la loi positive, est inscrit dans un ordre naturel établi par Dieu, que l'homme doit respecter. Cet ordre est révélé par le bon usage de la raison (recta ratio).