Particularités du roman pour adolescents : genres, thèmes et littérature jeunesse

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Particularités du roman pour adolescents

TEMA 3

Caractéristiques du roman pour adolescents

Récit autodiégétique (« je ») : le narrateur est le protagoniste lui-même et s'exprime à la première personne. Cela aide le lecteur à s'identifier à lui. Ce style s'accompagne généralement d'un langage jeune (par exemple « J'suis down pour… », « J'ai le ick »), de son mode de vie, de sa musique et de ses vêtements.

  • Monologues et dialogues : le personnage réfléchit seul et s'exprime également à travers des conversations.
  • Dénouement généralement heureux.
  • Intertextualité : le texte fait référence à d'autres livres, films ou chansons.
  • Désacralisation de l'adulte : l'adulte (y compris le père ou la mère) est présenté comme imparfait, égoïste, faible, souvent absent. Il n'est plus le protecteur incontesté.
  • Lucidité du héros : l'adolescent voit les choses clairement et montre à la fois sa fragilité et la nature des relations entre jeunes et adultes.
  • Réalisme cru : des thèmes difficiles, plus qu'auparavant (racisme, tensions familiales ou scolaires), reflet de l'actualité.
  • Humour : il sert à atténuer les thèmes dramatiques et à relativiser la réalité.

Les tendances

A) Textes réalistes : ils se situent dans la réalité actuelle et donnent l'illusion de la réalité. Ils ont une fonction thérapeutique : ils aident à comprendre le monde des adultes ou à se comprendre soi-même. Il existe trois sous-types :

  • Le roman miroir : tout tourne autour du « moi » adolescent, obsédé par ses émotions et ses problèmes. C'est un reflet de la vie quotidienne qui montre au lecteur qu'il n'est pas seul. Exemples : Trash anxieuse (Sarah Lalonde), Nous sommes tous faits de molécules.
  • Roman d'embûches et d'espoir : le personnage part d'une situation difficile (orphelin, famille dysfonctionnelle), se bat et s'en sort. Exemples : Le ciel tombe à côté, Hare Krishna.
  • Roman d'espoir impossible : l'histoire se termine mal, sans espoir. Elle montre comment les familles et la société écrasent les plus faibles. Exemples : La truite (André Marois), Les oreilles en pointe.

B) Textes engagés : l'auteur prend parti pour défendre une idée. Thèmes : la guerre, les événements tragiques de l'histoire, le devoir de mémoire, la dénonciation de l'absurdité des massacres. Exemples : L'Enfant de Schindler, Missié. La littérature autochtone (peuples indigènes) en fait également partie : identité bafouée, exclusion, racisme, pensionnats.

C) Romans initiatiques : ils traitent de l'apprentissage de la vie : épreuves et apprentissages permettant de passer à l'âge adulte. Thèmes fréquents : la quête du père, accepter ou rejeter la société, fuir ou lutter. Ce sont ceux qui correspondent le mieux à la définition de l'adolescent, selon Françoise Dolto : quelqu'un qui avance lentement vers la maturité en laissant derrière lui sa « peau d'enfant ».

D) Œuvres inclassables : elles n'entrent dans aucune catégorie. Elles surprennent, remettent en question, déstabilisent et modifient les attentes du lecteur. Exemple : Lady, ma vie de chienne (Melvin Burgess).


Le postmodernisme

Qu'est-ce que le postmodernisme ? Une vision du monde dans laquelle coexistent différents styles et valeurs, et où l'on accorde de l'importance aux droits et libertés individuels ainsi qu'au libre choix de ses propres critères de vie. Il est apparu dans la littérature vers les années 70.

5 critères postmodernes (qui permettent d'analyser un livre) :

  • Remettre en question la vérité et l'autorité (religion, parents, école).
  • Récit à la première personne du singulier (« je ») : le narrateur est souvent écrivain ou a un lien avec l'écriture, et utilise un langage qui lui est propre.
  • Intertextualité : citer ou faire allusion à d'autres textes.
  • Ironie ou parodie.
  • Errance (dérive, confusion) : le narrateur est incertain, il ne sait pas vraiment où il va ni ce qu'il veut. Le lecteur comprend ainsi que ce qui est raconté n'est pas « La Vérité ».

Analyses de romans

1. Salinger, L'attrape-cœurs (Holden)

Tabla 1 (posmodernismo)

Verdad/autoridad : rechaza todas las formas de autoridad. Religión : critica la hipocresía de los católicos y se queja de cómo se trata a Jesús (cap. 18, p. 167). Escuela : la detesta. Se queja de profesores y directores (cap. 22, p. 203). Es la desacralización : les quita su aura de intocables. Padres : siente respeto mezclado con lástima.

« Je » y lenguaje : es cínico y usa argot, y se dirige directamente al lector. Su lenguaje, oral y espontáneo, opone dos mundos : el de Holden frente al de los adultos y la sociedad que rechaza.

Intertextualidad : sí. Hay una dimensión cultural (por ejemplo, se pregunta qué lee una monja que enseña literatura).

Errance : toda la novela es un vagabundeo. Vaga físicamente, por dentro (busca sentido a su vida) y en amistad y amor. Su único ancla es su hermana, con quien se reencuentra.

Tabla 2 (novela de la adolescencia)

Adolescente central : sí. Es un adolescente asqueado por los adultos y la hipocresía, que se afirma y se distingue de otros adolescentes.

Crisis de identidad : es central y no se resuelve. Vive el duelo por su hermano, que se liga a su vida y a la escuela.

Conflicto : contra el mundo exterior, sobre todo contra la escuela. Además se denigra a sí mismo.

Etapas del roman de l'adolescence : las cumple prácticamente todas.

Clasificación : novela de la adolescencia y estética posmoderna.

2. Hétu, Laissez brûler Laurier Rose

Tabla 1 (posmodernismo)

Verdad/autoridad : la autoridad no se cuestiona. En cambio, sí se cuestiona a la familia de Simone (la protagonista). No hay rechazo real.

« Je » y lenguaje : hay « je » y oralidad, con anglicismos. Intertextualidad : no, ninguna. Errance : no hay vagabundeo real. Hay cuestionamientos y deseos, pero el personaje no deambula sin rumbo.

Tabla 2 (novela de la adolescencia)

Adolescente central : sí, pero es atípica en la forma. La combustión humana es una metáfora del hervor de emociones en la adolescencia.

Crisis de identidad : hay cuestionamientos y miedo, ligados a su estado.

Conflicto : interno. No hay confrontación con el mundo exterior.

Etapas del roman de l'adolescence : casi ninguna.

Clasificación : novela del cotidiano, tipo espejo.


Survol des éditions et collections

Étrangères : École des loisirs (« Medium », « Medium + ») · Gallimard (« Folio junior », « Scripto », « Pôle fiction »)

Québécoises : Québec Amérique (« Titan », « Titan + », « Tous continents », « Magellan ») · Soulières (« Graffiti », « Hors Collection ») · La courte échelle (« Roman », « Poésie », « micro ») · Boréal (« Junior » préados, « Inter »)

3. Lalonde, Trash anxieuse

Tabla 1 (posmodernismo)

Verdad/autoridad : cuestiona el funcionamiento de los adultos y de la sociedad. Es una protagonista ansiosa y rebelde frente a lo que los adultos hicieron del mundo. Ejemplo : sus padres se separan y su madre se va con su nueva pareja. Ella vive con su padre, que sufre por la ruptura, y observa con distancia a esa nueva familia.

« Je » y lenguaje : hay « je », oralidad y anglicismos, y además un vínculo con la escritura (« procedimiento de escritura en curso »), un rasgo posmoderno típico.

Intertextualidad : poca. Hay un pasaje donde habla de Simon Boulerice.

Errance : errancia y fragilidad. Está en busca de respuestas y de esperanza.

Tabla 2 (novela de la adolescencia)

Adolescente central : sí. Es fonceuse (décidée) y pasa también a la acción.

Crisis de identidad : crisis existencial profunda.

Conflicto : interno y externo. Lucha consigo misma y contra la sociedad que la rodea.

Etapas del roman de l'adolescence : algunas trazas. Siente alienación respecto al entorno social, pero no hay conflicto con sus padres ni desengaño amoroso.

Clasificación : novela del cotidiano, tipo espejo.


TEMA 4 : Le théâtre

Histoire :

  • 1933, France : Léon Chancerel fonde le Théâtre de l'Oncle Sébastien, le premier théâtre artistique pour enfants. Il utilise les techniques de la commedia dell'arte : improvisation, décors simples et contact avec le public. Il crée des pièces telles que Babar (1936).
  • Années 1940-1950, Québec : les premières troupes pour enfants font leur apparition, Les Compagnons de Saint-Laurent (1948) et le Théâtre des Mirlitons (1958). Elles avaient pour objectif de former un public de théâtre. Elles ont disparu en 1962.
  • 1952, La Roulotte : un théâtre itinérant et interactif qui se produit dans les parcs de Montréal, avec des contes traditionnels. Fondé par Paul Buissonneau, il est toujours en activité aujourd'hui.
  • Années 1970 : naissance d'un répertoire propre au Québec, avec Cé tellement cute des enfants (1975).
  • Années 1980 : apparition du théâtre spécifiquement destiné aux adolescents.

Approches de l'écriture :

  • Le conte : basé sur des contes → Mademoiselle Rouge
  • Le vraisemblable : réaliste, qui ressemble à la vie réelle → Cé tellement cute des enfants
  • Le poétique : langage et images poétiques → Pleurer pour rire
  • Le narratif : une histoire racontée par un narrateur → La mère troll
  • Le ludique : basé sur le jeu → Jardin de Babel

Troupes :

  • Le Clou : propose trois volets, dont « adolescence », avec notamment Je suis William. Il organise également un concours d'écriture pour adolescents, « Le Scriptarium ». Et « jeune adolescence » : Le chat du koï, une comédie musicale.
  • Théâtre des 4 coins : des pièces sur le confinement (Hikikomori) et sur l'image et le désir de réussite (Figurec).
  • Théâtre Bluff : des pièces sur le passage à l'âge adulte, le premier amour et la rencontre entre les générations (etiEn, D'Alaska, S'embrasent).
  • Le Carrousel : du théâtre pour enfants qui s'adresse également aux jeunes et aux adultes. Les trois petites sœurs (mort et souvenir).
  • Théâtre I.N.K. : des pièces pour adolescents et adultes, comme Jusqu'au sang ou presque.
  • DynamO Théâtre : met l'accent sur le mouvement, avec de l'acrobatie et du clown (Et si Roméo et Juliette…).

4. Adaptation théâtrale : il existe trois contraintes.

  • Le temps : une pièce dure peu de temps, c'est pourquoi on utilise trois techniques : suppression (supprimer des épisodes ou des chapitres), condensation (regrouper plusieurs épisodes en un seul), enchaînement (relier les scènes à l'aide de nombreuses références chronologiques, par exemple « le lendemain »).
  • Le public : il faut capter son attention ici et maintenant.
  • Encadrement : informer et donner du contexte.
  • Répétition : insister sur l'essentiel.
  • L'espace : la scène a des limites physiques.

5. Interprétation : une même pièce peut être perçue très différemment selon ces éléments :

  • Mise en voix : la manière dont l'acteur utilise sa voix (timbre, rythme, intonation).
  • Mise en scène : l'espace scénique et les gestes.
  • Registre : l'émotion dominante. Les principaux registres sont le tragique, le comique, le drame et l'absurde (Ionesco).

TEMA 1 : Historia

1.1 Évolution du concept d'adolescence

Le concept est social, pas universel : il n'a pas été perçu de la même façon à travers les âges. La littérature se développe en lien avec le développement de l'adolescence.

  • Saintes Écritures : la jeunesse est un moment transitoire.
  • Aristote : trois parties : 0-7 ans (petite enfance), 8-14 ans (enfance), 15-21 ans (jeunesse).
  • Comenius (XVIe-XVIIe s.) : adapter l'enseignement aux groupes d'âge : 0-6, 6-12, 12-18 ans, puis la suite.
  • Début du XXe s. : le mot « adolescence » s'impose quand la psychologie s'y intéresse ; il est lié à la puberté.
  • Milieu du XXe s. : l'adolescence devient un groupe social, avec ses changements physiques et psychologiques, un mode de vie et une culture propre (musique, vêtements, langage), distincte de celle des enfants et des adultes.

Facteurs socio-historiques :

  • Première Guerre mondiale : période sombre, déception. On se tourne vers la jeunesse comme seul noyau capable de changer les choses ; l'éduquer devient primordial, au service de la nation.
  • Fréquentation scolaire obligatoire (1943) : conséquence directe de cette importance donnée à l'éducation. À l'époque, on est adulte à 21 ans ; l'adolescent a entre 15 et 21 ans.
  • Après la Seconde Guerre mondiale : culture de l'adolescence. Années 1950 : notion de teenagers, naissance d'un véritable groupe ; le rock and roll apporte de nouveaux thèmes et valeurs auxquels les jeunes s'identifient.

A) Le roman de formation (Bildungsroman, roman d'apprentissage)

Définition : récit centré sur l'évolution d'un jeune héros jusqu'à ses premières expériences du monde adulte. Modèle classique : Goethe, Wilhelm Meisters Lehrjahre (1795-1796). Mot clé : ÉVOLUTION.

Schéma type : 1. Situation initiale : réalité tranquille, puis rencontre avec le monde. 2. Phase de mûrissement / métamorphose : l'horizon s'élargit, il se remet en question. 3. Plénitude du héros devenu adulte : maturité et connaissance de soi ; généralement fin heureuse.

Thèmes : récit de naissance ; conflit avec la structure familiale ; mentor (protecteur, substitut du père ou de la mère).

Épreuves (elles forment et éduquent le héros) : l'amour, le travail / la sphère sociale, la sphère politique, la sphère artistique.

Formes : récit de voyage ; aventures ; mémoires ; forme épistolaire.

Leçons proposées (roman formateur, moralisateur) : 1. rapport harmonieux entre l'individu et la société ; 2. fonder une famille ; 3. apprendre les vertus du bon citoyen ; 4. critiquer pour réformer.

B) Le roman de l'adolescence

XXe siècle, en France, Allemagne, États-Unis ; précédé par le Bildungsroman.

Grande différence : le personnage n'évolue pas (il reste « jeune ») ; il ne réussit pas nécessairement à s'intégrer et peut refuser le rôle d'adulte.

Caractéristiques : 1. Pas écrit intentionnellement pour les adolescents. 2. Adolescent = personnage central. 3. Crise d'identité, nostalgie de l'enfance, révolte contre la société. 4. L'accent est mis sur le conflit plutôt que sur la résolution.

Schéma type : (i) aliénation à l'égard de l'environnement social ; (ii) conflit avec les parents ; (iii) déception amoureuse ; (iv) départ de la maison (souvent fugue) ; (v) contact avec de nouvelles personnes et idées.

Exemple clé : L'attrape-cœurs de J. D. Salinger (1951) : adolescent en pleine crise, révolté contre le monde adulte, cynique mais tendre. Le héros devient le prototype de nombreux romans pour ados.

1.3 La littérature pour adolescents

Avant le XXe siècle : premières œuvres : Les aventures de Télémaque de Fénelon (1699) ; les fables de La Fontaine (amuser et instruire). Aux XVIIIe-XIXe siècles, des livres très moralisateurs et éducatifs. Des classiques pour adultes deviennent lectures de jeunesse à partir du XIXe : Don Quichotte, Robinson Crusoé.

XXe siècle : avant les années 1940, le roman réaliste pour ados accuse un retard ; héros sans problème identitaire. Après la Seconde Guerre mondiale : véritable développement de la production. À partir de 1960 : personnages individualisés, narration « je », nouveau réalisme avec des thèmes autrefois tabous (drogue, amour), structures narratives plus complexes. Années 1970 : on donne la parole à l'adolescent.

Le problem novel : dire la vérité, traduire la réalité aux ados, ne pas les enfermer dans un cocon à l'abri des réalités de la vie (mort, drogues, guerre).

Premières collections ciblées : « Jeunesse Pocket » (1962) ; « Folio Junior », Gallimard (1977) ; « Medium », École des loisirs (1986) ; « Page blanche », Gallimard (1987) ; « Castor poche senior », Flammarion (1989). Au Québec, il faut attendre la fin des années 1980 : Raymond Plante, Le dernier des raisins (1986) ; Reynald Cantin, J'ai besoin de personne (1987).

Les 3 fonctions du livre pour adolescents : instruire · divertir · fonction thérapeutique (construire son identité, survivre aux crises de l'adolescence).

État actuel : classiques réédités ; nouvelles générations d'auteurs ; traductions et coéditions. Thèmes : réalisme plus dur, dystopies, humour, absence de perspective à long terme. Les ados entrent plus tôt dans l'adolescence : il est de plus en plus difficile de cerner le lecteur moyen.


TEMA 2 : La littérature frontalière

Qu'est-ce que la littérature jeunesse ?

Personne ne s'accorde sur la définition, car il n'existe pas de frontière claire entre un livre « pour les jeunes » et un livre « pour les adultes ». Trois groupes en donnent une définition différente :

  • Les éditeurs : tout ce qui est publié dans une collection jeunesse. Leur priorité étant de vendre des livres, c'est la définition la plus large.
  • Les écrivains spécialisés : les œuvres écrites à l'intention des jeunes.
  • Les institutions (prix littéraires, critiques, médias et école) : elles défendent un patrimoine de classiques, dont certains ont été écrits pour des adultes.

Le seul point sur lequel les trois s'accordent, c'est l'intention morale : transmettre un message, une vision du monde. Thaler affirme que ce ne sont pas les auteurs qui font la littérature jeunesse, mais les lecteurs.

2.2 Spécificités de la littérature pour adolescents

Dominique Demers : deux priorités : (1) les thèmes choisis et leur traitement (c'est dans le traitement que se joue la spécificité ; sexe et violence ont longtemps été sujets à censure) ; (2) le destinataire.

Jean Joubert : la spécificité est dans les techniques narratives et la langue. Les textes jeunesse sont exempts de lexiques trop spécialisés, de structures syntaxiques difficiles, de métaphores trop audacieuses, de descriptions trop longues ; le récit chronologique est souhaitable.

Littérature éducative : livres faits en fonction de l'enseignement (éditions Grand Duc ; collection « Oser lire », Bayard, pour apprenants en francisation) : présent de l'indicatif, dialogues nombreux, peu de descriptions.

Censure et autocensure : entre interdiction et obligation

La littérature jeunesse a pour fonction d'offrir un modèle, donc « tout n'est pas permis ». Trois niveaux :

  • Censure externe (interdiction) : quelqu'un interdit ou retire un livre. Autrefois, c'était l'Église ; aujourd'hui, ce sont l'école et l'État. Exemples : la chanson de Félix Leclerc « Les 100 000 façons de tuer un homme », interdite dans une école primaire en 2020, et Sudie (rééditée en 2022), où l'utilisation du mot commençant par « N » dérange.
  • Obligation : certains auteurs estiment qu'ils doivent aborder certains thèmes ou inclure certains personnages pour être publiés ou obtenir une subvention.
  • Autocensure : l'auteur s'autolimite avant même que quiconque ne le lui demande, par exemple en adoucissant certaines phrases.

Les thèmes les plus sensibles sont la sexualité, la violence, la religion et le pouvoir des Blancs sur les peuples autochtones. Ce qui compte le plus, c'est l'intention avec laquelle le sujet est abordé.

Littérature ou lectures de jeunesse ?

La littérature jeunesse désigne l'ensemble des œuvres qui, sous leur forme originale ou adaptée, se prêtent bien, mais pas exclusivement, à une lecture par les enfants et les adolescents. « Ce ne sont pas les auteurs qui font la littérature jeunesse, ce sont les lecteurs. »

Le problème du prestige (Vincent Cuvellier) : Cuvellier déplore que la littérature jeunesse ne soit pas considérée comme de la « vraie » littérature. L'auteur jeunesse bénéficie de moins de visibilité, de notoriété et de critiques sérieuses que l'auteur pour adultes, bien qu'il fasse le même travail.

Littérature frontalière

Définition : littérature qui plaît à un double public (adolescents et adultes) ; zone grise. Certains auteurs publient dans les deux collections.

Littérature passerelle : Michèle Marineau, Cassiopée (fin des années 80, premier roman québécois moderne pour ados), publié en 2 tomes puis réuni en un seul volume pour un plus vaste public. Dominique Demers : la série « Marie-Lune » devient « Marie-Tempête » pour les adultes. Raymond Plante : série « Raisin ».

Qui est le lecteur jeunesse ? Question de perception : Le monde de Sophie (Jostein Gaarder, 1991) est un roman jeunesse en Norvège mais pour adultes aux États-Unis ; À la croisée des mondes (Philip Pullman, 1995) est jeunesse en Angleterre et pour adultes en Suède. Ainsi, la étiquette est affaire de perception, et les adultes décident « qui va où ». Cela rejoint la désigualdad de prestigio (p. 14).

Auteur jeunesse = écrivain ? Oui : la définition d'écrivain ne change pas selon qu'on écrit pour les jeunes ou les adultes. Le « grand écrivain » (D. Noguez) : celui dont on s'arrache l'œuvre, qui assure le service après-vente (entrevues, préfaces) et fait œuvre d'imagination.

Les classiques et leur adaptation

Un classique est une œuvre qui résiste à l'épreuve du temps et qui peut intéresser tout le monde. Si elle est imprégnée de racisme ou d'inégalités, elle ne peut pas être considérée comme un classique (Marc Soriano). Exemples : Alice au pays des merveilles, Les Voyages de Gulliver. Ces œuvres sont adaptées pour initier les jeunes à des textes complexes : on en supprime une partie pour ne conserver que l'essentiel, à savoir l'action.

Michel Tournier a réécrit son roman pour adultes Vendredi ou les limbes du Pacifique (1967) sous le titre Vendredi ou la vie sauvage (1971), plus court. Pour lui, la version courte est la meilleure et la définitive. Il a recouru à des suppressions, des ajouts et des substitutions. Sa phrase clé : « Je n'écris pas pour les enfants » ; il écrit dans un souci de concision et de clarté, et c'est pour cela que les enfants peuvent aussi le lire.

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