Évolution démographique, migrations et révolution industrielle en Espagne au XIXe siècle

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Évolution démographique et migrations

Au cours du XIXe siècle, l'Espagne connaît une substitution de l'économie féodale et de la société d'ordres par un système économique capitaliste et une société de classes. La population espagnole augmente grâce à la baisse de la mortalité et à un taux de natalité élevé.

Les flux migratoires

La population poursuit les deux tendances amorcées à la fin du Moyen Âge : le déplacement du nord vers le sud et l'abandon de la Meseta centrale au profit du littoral méditerranéen et de la façade atlantique méridionale. Ce mouvement s'explique par les avantages qu'offrent les régions côtières, notamment des terres plus fertiles. Les transports et les communications maritimes, plus sûrs et moins coûteux, favorisent également ces migrations.

Enfin, le développement du transport maritime et l'industrialisation de l'Amérique font naître les migrations transatlantiques.

Une société en mutation

L'agriculture et la structure sociale

L'agriculture connaît une réforme : les majorats sont supprimés et les désamortissements de Mendizábal et Madoz sont mis en œuvre. La société est dualiste : d'un côté, un intérieur agraire aux formes de vie et de subsistance très archaïques, dominé par le caciquisme ; de l'autre, quelques zones industrielles où la société moderne s'impose peu à peu.

La société reste relativement faible et pauvre, ce qui freine le développement industriel et la modernisation du pays. Le bloc de pouvoir est formé par une oligarchie bourgeoise issue de la sidérurgie basque, des entrepreneurs textiles catalans et des producteurs de céréales castillans.

  • Dans le milieu rural : oligarchie agraire, classes moyennes inférieures, paysans sans terre au chômage intermittent.
  • Dans le milieu urbain : transition d'une société rurale vers une société industrielle. Au Pays basque se développent la sidérurgie et la banque ; en Catalogne, l'économie croît grâce au protectionnisme et l'industrie du coton se développe.

Dans les villes, on observe une structure sociale complexe : une haute bourgeoisie, une classe moyenne hétérogène, des artisans et des ouvriers qui commencent à s'organiser politiquement et syndicalement.

L'éducation et la censure

La Restauration entraîne l'établissement d'une censure rigide contre toute manifestation hostile à la monarchie et au dogme catholique. Francisco Giner de los Ríos fonde l'Institución Libre de Enseñanza, qui vise la formation intégrale de l'individu par la curiosité scientifique, l'antidogmatisme et un esprit critique. Cette censure provoque cependant un retard dans le développement scientifique et la recherche.

La révolution industrielle et le chemin de fer

La désamortisation

Le régime de propriété agraire est très ancien. La grande transformation économique est le processus de désamortissement des biens ecclésiastiques, initié par Mendizábal et achevé par Madoz. Son objectif est de payer la dette publique, d'élargir la base sociale du libéralisme et de créer une classe moyenne agraire de paysans propriétaires.

Les résultats ne sont pas aussi positifs que prévu : une grande partie des biens désamortis est achetée par des nobles et des bourgeois, et les paysans, trop pauvres, ne peuvent pas enchérir. La désamortisation ne parvient donc pas à atténuer les inégalités sociales. Beaucoup de paysans deviennent même antilibéraux, se sentant lésés par ces réformes.

La dernière désamortisation, celle de Madoz, touche les terres communales des municipalités, ruine les mairies, ne résout pas la dette publique et pénalise les habitants les plus pauvres. Malgré tout, ces désamortissements transforment profondément la campagne espagnole.

L'industrie

L'Espagne voit la révolution industrielle, qui se développe en Grande-Bretagne, n'affecter que la Catalogne et le Pays basque. Le retard s'explique par la rareté du charbon et des matières premières, un retard technologique, et une insuffisance d'investissements : le capital investi provient majoritairement de Belgique et de Grande-Bretagne, à l'exception de la Catalogne où les capitaux sont catalans. La perte du marché colonial à la suite de la guerre d'Indépendance aggrave cette situation.

Deux secteurs importants se distinguent : le textile en Catalogne et la sidérurgie au Pays basque. En 1833, une fabrique textile de Barcelone introduit dans ses ateliers la machine à vapeur. Dans la sidérurgie, les premiers essais ont lieu dans les hauts fourneaux de Malaga ; toutefois, en raison de l'éloignement du charbon, la Biscaye s'impose sur les Asturies. En 1902 naît la société Altos Hornos de Vizcaya.

Le chemin de fer et la politique commerciale

L'expansion du réseau ferroviaire est un facteur clé de la modernisation. Après la Ley General de Ferrocarriles, un véritable essor du chemin de fer se produit, et de longues lignes sont construites pour relier les grandes villes et l'intérieur du pays au littoral.

La politique commerciale est protectionniste. La Restauration rétablit le protectionnisme avec la loi douanière de 1875.

Le système financier

Sur le plan financier, l'Espagne fait face à une dette publique importante. Des mesures sont alors adoptées : la création de la Banque d'Espagne, l'adoption de la peseta comme monnaie officielle et la Ley de Minas, qui encadre l'exploitation minière nécessaire à l'industrialisation.

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