La mort d'Hippolyte dans Phèdre de Sénèque

Classé dans Latin

Écrit le en français avec une taille de 4,87 KB

Découvrez cet extrait marquant de la tragédie Phèdre de Sénèque, relatant le trépas funeste d'Hippolyte, présenté en texte original latin avec sa traduction française correspondante.

Récit du messager : l'assaut du monstre et la chute

  1. Contra feroci gnatus insurgens minax vultu nec ora mutat et magnum intonat : « Haud frangit animum vanus hic terror meum : nam mihi paternus vincere est tauros labor. »

    Face à lui, ton fils se lève menaçant, le regard fier, sans changer de visage, il hurle d’une voix tonnante : « Cette terreur fantôme ne brise pas mon cœur, car vaincre des taureaux est une tâche que m’a léguée mon père. »

  2. Inobsequentes protinus frenis equi rapuere currum iamque deerrantes via, quacumque rabidos pavidus evexit furor, hac ire pergunt seque per scopulos agunt.

    Aussitôt après, les chevaux n'obéissant plus aux rênes emportent le char et, se mettant à dévier de leur chemin, ils vont partout où cette folle panique entraîne leur rage et s’élancent parmi les rochers.

  3. At ille, qualis turbido rector mari ratem retentat, ne det obliquum latus, et arte fluctum fallit, haud aliter citos currus gubernat : ora nunc pressis trahit constricta frenis, terga nunc torto frequens verbere coercet.

    Mais lui, semblable au pilote qui sur une mer agitée empêche son bateau de virer et d'être pris de flanc en trompant avec art la vague, il gouverne ses coursiers emballés : tantôt il tire sur leurs bouches en serrant étroitement les rênes, tantôt pour les contenir il assène sur leur croupe une volée de coups de fouet.

  4. Sequitur adsiduus comes, nunc aequa carpens spatia, nunc contra obvius oberrat, omni parte terrorem movens.

    Le monstre les suit, les accompagne sans cesse ; tantôt il règle sur eux son allure, tantôt il vient leur faire barrage en provoquant une panique totale.

  5. Non licuit ultra fugere : nam toto obvius incurrit ore corniger ponti horridus.

    Il ne leur est plus possible de fuir de là, car l'horrible animal marin cornu court barrer leur chemin de toute la largeur de sa gueule.

  6. Tum vero pavida sonipedes mente exciti imperia solvunt seque luctantur iugo eripere rectique in pedes iactant onus.

    Alors les coursiers, désemparés par la panique, refusent les ordres, luttent pour s'arracher à l'attelage, se cabrent et rejettent leur fardeau.

  7. Praeceps in ora fusus implicuit cadens laqueo tenaci corpus et quanto magis pugnat, sequaces hoc magis nodos ligat.

    Tombé tête la première, étendu à terre, dans sa chute il a emmêlé son corps parmi les rênes où il est prisonnier et, plus il bataille, plus il serre fort les courroies qui se nouent sur lui.

Le supplice et le démembrement du héros

  1. Sensere pecudes facinus et curru levi dominante nullo, qua timor iussit ruunt.

    Percevant ce qui se passe, les bêtes, leur char allégé, sans maître, se précipitent où les pousse la terreur.

  2. Talis per auras non suum agnoscens onus solique falso creditum indignans diem Phaethonta currus devio excussit polo.

    Ainsi, au sein des airs, ne reconnaissant pas son fardeau habituel et s'indignant de voir le jour confié à un faux soleil, l'attelage précipita Phaéton de la partie du ciel où il s'était égaré.

  3. Late cruentat arva et inlisum caput scopulis resultat ; auferunt dumi comas, et ora durus pulchra populatur lapis peritque multo vulnere infelix decor.

    Il ensanglante les champs par larges flaques et sa tête fracassée rebondit sur les rochers ; les buissons arrachent sa chevelure, la pierre dure ravage son noble visage : cette beauté maudite périt sous maintes blessures.

  4. Moribunda celeres membra pervolvunt rotae : tandemque raptum truncus ambusta sude medium per inguen stipite ingesto tenet, paulumque domino currus affixo stetit.

    Les roues entraînent dans leur course rapide son corps moribond ; et finalement, tandis qu'il est emporté, un tronc à demi brûlé, sorte de pal, le retient de sa pointe plantée au milieu de son aine : le maître empalé, l'attelage s'arrête un moment.

  5. Haesere bijuges vulnere et pariter moram dominumque rumpunt.

    Les deux chevaux sont tenus immobiles par ce choc brutal, puis ils mettent en pièces d'un même coup leur entrave et leur maître.

  6. Inde semianimem secant virgulta, acutis asperi vepres rubis omnisque truncus corporis partem tulit.

    Alors les broussailles, les buissons hérissés de ronces acérées lacèrent l'agonisant et toute pièce de bois arrache un lambeau de ce corps.

Entrées associées :