La vertu, la sagesse et la cité chez Aristote : juste milieu et politique

Philosophie et éthiqueMis à jour le 6,27 KB

Résumé

Ce document présente la conception aristotélicienne de la vertu comme juste milieu entre deux vices, la classification des vertus intellectuelles et la primauté de la sagesse contemplative. Il expose aussi la thèse de l'homme comme animal politique et les trois formes de gouvernement, avec leurs dégénérescences. Le lecteur y découvrira les bases de l'éthique et de la politique d'Aristote.

Points clés

  • La vertu morale est un juste milieu entre deux extrêmes, qui sont deux vices : par exemple le courage se situe entre la lâcheté et la témérité.
  • Les vertus intellectuelles se divisent en contemplatives, pratiques et productives ; la prudence est la plus importante du point de vue éthique.
  • La sagesse est une fin en soi et constitue l'activité la plus haute, source du plus grand bonheur.
  • L'homme est par nature un animal politique, doué du langage (logos), qui lui permet de fonder la cité (polis).
  • Aristote distingue la meilleure constitution dans l'absolu de la meilleure selon les circonstances ; il juge l'aristocratie la plus adaptée à la nature humaine.
  • Monarchie, aristocratie et démocratie dégénèrent respectivement en tyrannie, oligarchie et démagogie lorsqu'elles recherchent l'intérêt propre.

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La vertu comme juste milieu chez Aristote

Lorsque l'homme agit dans son ensemble, sa volonté est contrôlée et dirigée par ses pensées. La vertu est le contrôle volontaire de la dimension humaine par la pensée de cette même dimension. Aristote définit la vertu morale comme « une volonté de décider du compromis approprié pour nous, selon les critères qui suivent l'homme prudent » (Éthique à Nicomaque, II, 1106b). Nous devons trouver un terrain d'entente, ce qui correspond à chacun, ce qui signifie, en moyenne, quelque chose qui se situe entre deux extrêmes : l'un par défaut et l'autre par excès, qui sont deux vices. En ce qui concerne le plaisir, par exemple, la moyenne est la tempérance, tandis que les extrêmes sont l'abstinence et l'indulgence. Face au danger, la moyenne est le courage, et les extrêmes sont la lâcheté et la témérité.

Les fonctions de l'âme et les vertus intellectuelles

Dans la partie pensante de l'âme, on distingue trois types de fonctions : contemplative, pratique et productive. La fonction contemplative ou scientifique implique la contemplation de ce qui est universel, nécessaire et immuable dans la réalité, tandis que les fonctions pratique et productive se rapportent à la détermination des moyens optimaux pour atteindre les objectifs auxquels l'homme aspire. En accord avec cette distinction, Aristote parle de trois types de vertus intellectuelles : les contemplatives, les pratiques et les productives. Du point de vue éthique, les plus importantes de ces vertus sont les pratiques et, surtout, la prudence ; la vertu qui indique à l'homme quel est le bon compromis pour lui, sans tomber dans l'excès ou le défaut.

La sagesse et la vie contemplative

La sagesse, selon Aristote, ne sert à rien au-delà d'elle-même ; elle est une fin en soi. Précisément pour cette raison, elle est la plus haute activité à laquelle l'homme puisse accéder, et on ne peut la convertir en rien d'autre. La sagesse et la contemplation constituent l'activité qui, consacrée par l'être humain, fournit le plus grand bonheur. L'homme est d'autant plus heureux qu'il peut se consacrer à la vie contemplative. Toutefois, selon Aristote, tous les hommes n'ont pas accès à la vie contemplative. Il exclut expressément les « femmes passives », les « esclaves » et ceux qui sont « abrutis par le travail manuel ».

Mais au sein de la « polis », il peut y avoir quelques hommes, les meilleurs, engagés dans la science théorique et atteignant le plein développement de la nature humaine, servant ainsi de « sages » aux autres. Faire en sorte que le nombre de ces hommes soit le plus élevé possible est la plus haute fonction de la polis, et l'une des raisons qui ont amené Aristote à étudier la politique.

L'homme comme un être social

Aristote pense que l'homme vivant ne peut se développer dans l'isolement. C'est un être qui n'est pas solitaire, il a besoin des autres ; c'est seulement dans la communauté qu'il répond à ses besoins. L'homme est par nature un être social ; celui qui ne l'est pas est soit un animal, soit un dieu. Certains animaux, comme les abeilles, sont aussi sociaux. Ils émettent des sons, ont une voix, et peuvent communiquer leur plaisir et leur douleur. Mais l'homme est le plus social de tous, car il possède le langage, le « logos ». Sa capacité linguistique lui permet de parler avec les autres et d'échanger des vues sur ce qui est bien et mal, souhaitable et nuisible. Il peut ainsi conclure des accords qui sont reflétés dans les lois et constituent la « polis ». Appartenir à une « polis » est donc aussi naturel que d'avoir des yeux ou des jambes. L'homme est par nature un animal politique, et la polis, la cité-État, est la société « parfaite » et autosuffisante. Puisqu'elle a les moyens de parvenir à ses fins, elle est temporellement postérieure à la famille et aux autres sociétés qu'elle protège et aide à répondre à leurs propres fins : « la cité est antérieure à la famille et à chacun de nous, puisque le tout est nécessairement antérieur à la partie. »

L'organisation de l'État selon Aristote

Aristote fut témoin des crises subies par les cités (polis) de son temps. Il pense donc que ce qui importe le plus n'est pas de trouver un système parfait de gouvernement, mais quelque chose de plus modeste : assurer la sécurité et la stabilité là où les gens peuvent vivre bien et civilement. Pour cette raison, il ne s'engage pas dans l'éloge d'un État idéal, mais cherche à découvrir la structure des États existants, démontrant une extraordinaire capacité à faire une analyse empirique de la réalité sociale. Dans son ouvrage sur ce sujet, Politique, il se montre comme un penseur réaliste et établit une distinction entre « la meilleure constitution dans l'absolu » et « la meilleure constitution selon les circonstances ». Une constitution, si bonne qu'elle puisse être théoriquement, peut ne pas suffire à un pays selon les circonstances historiques vécues. Ce sont précisément ces circonstances qui doivent déterminer le type le plus approprié de constitution pour le pays à un moment particulier. Les trois organisations possibles d'un État sont : la monarchie, l'aristocratie et la démocratie. En théorie, Aristote pense que le meilleur de ces systèmes est la monarchie, mais vu la nature humaine, le mieux est l'aristocratie. Contrairement à Platon, il fait valoir que la démocratie est un bon système de gouvernement, mais elle exige une éducation du peuple pour fonctionner. Lorsque l'un de ces systèmes de gouvernement, au lieu de s'inquiéter de l'« arété » (la vertu) des citoyens, se préoccupe de chercher son propre avantage, il dégénère en un gouvernement vicieux : la monarchie se convertit alors en tyrannie, l'aristocratie en oligarchie et la démocratie en démagogie.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la vertu selon Aristote ?

Selon Aristote, la vertu morale est une volonté de choisir le compromis approprié pour nous, situé entre deux extrêmes vicieux, l'un par défaut et l'autre par excès. Elle est guidée par la prudence.

Pourquoi l'homme est-il un animal politique selon Aristote ?

L'homme est par nature social et possède le langage (logos), qui lui permet d'échanger sur le bien et le mal et de conclure des accords reflétés dans les lois. Il a donc besoin de la cité-État pour atteindre sa pleine nature.

Quelle est la meilleure constitution selon Aristote ?

En théorie, Aristote considère la monarchie comme le meilleur système, mais compte tenu de la nature humaine, il estime que l'aristocratie est le mieux adapté. Il juge que la meilleure constitution dépend aussi des circonstances historiques.

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1. Selon Aristote, où se situe la vertu morale ?
2. Quelle vertu se situe entre la lâcheté et la témérité ?
3. Quelle est la vertu intellectuelle la plus importante du point de vue éthique ?
4. Pourquoi Aristote considère-t-il l'homme comme le plus social des êtres ?
5. Quelle est la dégénérescence de la monarchie selon Aristote ?
6. Quel régime Aristote juge-t-il le mieux adapté à la nature humaine ?

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