Analyse du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir
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Introduction
Philosophe et romancière, compagne de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir (1908-1986) a beaucoup contribué à la lutte pour la reconnaissance des femmes. Le Deuxième Sexe est un essai dans lequel elle analyse toutes les formes d’assujettissement dont les femmes ont été et sont encore l’objet à son époque. Elle répond dans ce passage à ceux qui s’étonnent du petit nombre de génies artistes féminins, en définissant les données d’un problème sociologique.
I. Une affirmation du génie féminin
1. La thèse du texte
La première phrase, sous forme de question rhétorique, invite le lecteur à épouser le point de vue de l'auteure : le génie féminin existe mais n'a pas su se développer car il est étouffé par la société.
- Conditionnel passé « auraient-elles » : regret sur le passé d’oppression féminine.
- Antithèse « jamais » / « toute » : insistance sur la résistance de la société au génie féminin.
2. Raisonnement par analogie
Référence à trois exemples d’opprimés de tout temps et tout lieu, ayant subi le même reproche d’infériorité créatrice :
- Les Américains (oppression liée à la nationalité) : l’adjectif « barbare » rend compte du point de vue que la « vieille Europe » portait sur ce nouveau peuple. La nouveauté inspire nécessairement une crainte de l’autre. Simone de Beauvoir emprunte ici le discours des « vieux Européens » pour souligner son absurdité au XXe siècle. La violence est évoquée par les termes « accablé » et « mépris ». L’adjectif « vieille » suggère l’absence d’évolution d’une société qui continue à nier la possibilité d’un génie féminin.
- Les Noirs : oppression liée à la couleur de peau.
- Le prolétariat français : oppression liée au statut social.
Les termes génériques « artistes » et « écrivains » ont laissé place à des noms d’auteurs célèbres (Whitman, Melville, Mallarmé, Racine). Le raisonnement sur la négation souligne que, comme les exemples du passé, la femme est totalement niée par la société actuelle. La phrase suivante annonce la naissance de la « femme libre ».
3. L'argument d'autorité
La première partie s’achève sur une citation de Rimbaud, présentée comme une « prophétie » faisant de la femme libre un nouveau messie. Elle met en avant le génie créateur de la femme : « elle sera poète ».
La force de son génie est soulignée par l’énumération d’adjectifs :
- « Étranges » et « insondables » : gradation montrant que la femme poète aura accès à des éléments inexplorés par l’homme.
- Antithèse « repoussantes » / « délicieuses » : souligne l’étendue du génie féminin qui réunira les contraires.
L’autorité rimbaldienne permet à Simone de Beauvoir de montrer non seulement l’existence d’un génie féminin, mais aussi son bénéfice pour le génie masculin.
II. Un avenir meilleur pour la femme
Simone de Beauvoir a confiance dans le génie féminin. La femme doit néanmoins d’abord trouver les moyens de sa liberté (le verbe pronominal « s’affranchira » montre que la femme doit conquérir cette liberté). L’indépendance passe par cette auto-conquête. Son objectif premier doit être de sortir de l’esclavage à l’égard des hommes. Toutefois, cette liberté est présentée comme irrépressible, comme le suggère l’emploi des futurs de l’indicatif à valeur de certitude : « s’affranchira », « demeurera ».