Analyse linéaire du poème « Le Dormeur du Val » d'Arthur Rimbaud
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Analyse linéaire 2
INTRODUCTION – ~1 min
Aujourd’hui, je vais vous présenter Le Dormeur du Val, un poème d’Arthur Rimbaud, écrit en 1870, alors qu’il n’a que 16 ans. À cette époque, la France est en guerre contre la Prusse, et Rimbaud, en pleine fugue, observe sans doute les conséquences du conflit.
Ce poème fait partie des Cahiers de Douai, un recueil de jeunesse. Il s’agit d’un sonnet qui commence par une description très paisible d’un paysage naturel, mais qui se termine de manière tragique.
Je vais maintenant procéder à la lecture du poème.
(Lis calmement les 14 vers — ~1 min)
PROBLÉMATIQUE + PLAN – ~20 sec
On peut se demander :
Comment ce tableau apparemment apaisé prépare-t-il une chute brutale pour dénoncer la guerre ?
On va suivre les strophes du poème :
- 1. Une nature idyllique mais troublante,
- 2. L’apparition paisible du soldat,
- 3. Une ambiance ambiguë,
- 4. Et enfin, la révélation tragique.
I. Une nature paisible mais trompeuse – ~1 min 10
Le poème s’ouvre sur “un trou de verdure”, une expression qui évoque un lieu tranquille, presque secret. C’est ce qu’on appelle un “locus amoenus”, un lieu idéal.
La nature est vivante, avec la rivière qui “chante”, les rayons du soleil… tout est beau, lumineux, presque impressionniste.
Mais certains détails dérangent : “haillons d’argent” peut faire penser à des vêtements abandonnés. Le mot “mousse” a plusieurs sens : végétation, lumière, ou même camouflage.
Le contraste entre ombre et lumière, ou entre calme et folie (“follement”), crée une tension subtile.
Bref, on est face à un paysage trompeusement paisible.
II. Un soldat endormi… ou pas ? – ~1 min 10
Dans la deuxième strophe, un “soldat jeune” apparaît. Il est décrit avec des termes simples, doux : “tête nue”, “bouche ouverte”.
Mais certains indices sont troublants : il est “pâle”, “dans son lit vert”, ce qui peut évoquer un lit de mort.
Le rejet du verbe “dort” en fin de vers renforce le doute. La lumière “pleut” sur lui, dans une image poétique mais étrange.
L’allitération en [l] (“lit”, “lumière”, “pleut”) donne une ambiance douce, presque religieuse… mais un malaise s’installe peu à peu.
III. Une troisième strophe inquiétante – ~1 min
Le soldat est “souriant comme / sourirait un enfant malade”. C’est une comparaison dérangeante : le sourire est lié à la souffrance, voire à la mort.
Rimbaud utilise le champ lexical du sommeil : “dort”, “somme”, “berce”… mais le sommeil semble définitif.
La nature est appelée à le réchauffer, comme une mère protectrice : “berce-le chaudement : il a froid”.
Mais cette prière à la nature, avec l’antithèse “chaudement / froid”, renforce le caractère tragique de la scène.
IV. La chute brutale – ~1 min
Le dernier tercet est une révélation soudaine. Le vers “Les parfums ne font pas frissonner sa narine” indique qu’il ne sent plus rien : il est mort.
Puis vient “Il a deux trous rouges au côté droit” : cette dernière image révèle tout. C’est une blessure mortelle, mais décrite de manière presque pudique.
La rime “Vénus / anus” dans un autre poème devient ici “trou de verdure / trous rouges” : un écho discret entre la nature et la blessure.
On découvre aussi un acrostiche : les premières lettres du tercet forment le mot “LIT”, un mot polysémique qui renvoie à la fois au sommeil, à la mort… et à la lecture.
CONCLUSION – ~40 sec
Ce poème fonctionne comme un piège poétique. On croit lire une description paisible, mais en réalité, la mort était là depuis le début.
Rimbaud dénonce la guerre sans en parler directement. Il ne donne pas de nationalité au soldat, parce que c’est une victime universelle.
Il retarde volontairement la révélation pour nous faire ressentir le choc, comme une balle qu’on ne voit pas venir.
OUVERTURE (sur un autre poème du recueil) – ~20 sec
Rimbaud poursuit cette dénonciation dans un autre poème des Cahiers de Douai, Le Mal. Il y évoque les horreurs de la guerre et les soldats broyés par la folie humaine.
La Nature y est sanctifiée, comme une mère protectrice :
« Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie, / Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement ! »
On retrouve la même tendresse pour les soldats… et la même révolte contre la guerre.