Analyse linéaire : Le Postambule d'Olympe de Gouges (1791)

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Analyse linéaire 14

Introduction

À la fin du XVIIIe siècle, alors que la Révolution française proclame des idéaux de liberté et d’égalité, les femmes sont oubliées dans ce nouvel ordre politique.

Mais certaines voix s’élèvent, et parmi elles, Olympe de Gouges, femme de lettres et militante engagée. En 1791, elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pour revendiquer l’égalité entre les sexes.

L’extrait que je vais analyser est le postambule, un appel *solennel, direct et combatif* adressé aux femmes. Il les incite à prendre conscience de leur oppression et à se mobiliser pour leurs droits.

Je vais maintenant procéder à la lecture du texte.

Problématique et Plan

On peut alors se demander :

Comment Olympe de Gouges construit-elle un appel puissant à l’émancipation féminine grâce à une écriture à la fois lyrique et argumentative ?

Pour y répondre, je vais suivre les trois grandes étapes du texte :

  1. Un appel à la prise de conscience,
  2. Un constat amer de l’injustice,
  3. Et enfin, un appel à l’action collective.

I. Un appel à la prise de conscience (lignes 1 à 4)

Dès la première ligne : « Femme, réveille-toi », on entend un *impératif fort et direct*. C’est une interpellation individuelle, mais symbolique de toutes les femmes.

La métaphore « le tocsin de la raison » évoque une cloche d’alarme : la raison appelle à se réveiller, à agir. L’usage de l’hyperbole « dans tout l’univers » donne à ce combat une portée universelle.

L’injonction « Reconnais tes droits » affirme que les droits des femmes existent déjà, mais qu’il faut en prendre conscience.

Elle continue avec « le puissant empire de la nature n’est plus environné… » : la Nature, ici, devient une autorité légitime, libérée des préjugés et superstitions.

On retrouve les valeurs des Lumières, avec la métaphore de la lumière : *« le flambeau de la vérité »* chasse les *« nuages de la sottise »*.

C’est un moment révolutionnairetout semble possible, et Olympe de Gouges invite les femmes à en profiter pour revendiquer leur émancipation.

II. Un constat d’injustice et d’exclusion (lignes 4 à 8)

Elle enchaîne ensuite avec un paradoxe fort : *« L’homme esclave (…) a eu besoin de recourir aux tiennes »*.

Autrement dit, les hommes ont eu besoin des femmes pour se libérer, mais une fois libres, ils sont devenus « injustes envers leur compagne ».

C’est une *dénonciation claire de l’hypocrisie masculine*.

Puis elle s’adresse directement aux femmes : « Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? »

Il y a une rhétorique émotive très forte, avec cette répétition et cette question provocante. Elle les accuse de passivité et les pousse à réagir.

La question suivante est cinglante : « Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? »

La réponse est amère : « un mépris plus marqué ».

Cela montre que la Révolution a renforcé leur marginalisation. Elle met en lumière l’exclusion des femmes dans un système pourtant fondé sur la liberté et l’égalité.

Enfin, elle évoque « les siècles de corruption » où les femmes « ne régnaient que sur la faiblesse des hommes ». C’est une ironie mordante : leur seul pouvoir était *superficiel*, jamais politique.

III. Un appel à l’action collective (lignes 8 à 19)

Dans la dernière partie, le ton devient encore plus combatif.

Elle écrit : « Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? » La réponse : « La conviction des injustices ».

Les femmes n’ont plus d’illusions, mais elles ont la conscience de leur oppression, ce qui est déjà un pouvoir.

Elle appelle alors à *« la réclamation de votre patrimoine »*, une très belle image : les droits des femmes sont un héritage naturel, qu’elles doivent revendiquer, pas quémander.

Elle s’appuie sur les principes des Lumières, en parlant des « sages décrets de la nature ».

Une critique religieuse surgit à travers une allusion biblique : « Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? »

Olympe s’en sert pour dénoncer l’exclusion justifiée par la religion, et imagine que les hommes politiques pourraient répéter la même phrase aujourd’hui.

Mais elle répond avec force : « Tout ». C’est un mot simple mais extrêmement puissant, affirmant que les femmes partagent tout avec les hommes, y compris les droits.

Elle poursuit : « Opposez la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ».

Ici, la raison est une arme, opposée à l’orgueil masculin.

Elle utilise des termes guerriers : « réunissez-vous », « étendards de la philosophie », « énergie ». C’est un appel à la sororité, à l’union féminine.

Enfin, elle propose une vision d’avenir : « vous verrez bientôt ces orgueilleux… fiers de partager avec vous les trésors de l’Être Suprême ».

Elle ne veut pas renverser la domination, mais créer une égalité véritable, fondée sur l’intelligence et la justice.

Le texte se termine sur une phrase très forte : « il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir. »

Elle affirme que le pouvoir de changer les choses est déjà entre les mains des femmes, il faut juste la volonté.

Conclusion

Ce texte est un appel puissant et structuré : il mêle *lyrisme, ironie, rhétorique et philosophie* pour encourager les femmes à ouvrir les yeux sur leur condition et à agir.

Olympe de Gouges dénonce l’hypocrisie masculine, critique les traditions religieuses, et affirme que l’égalité est naturelle, logique, inévitable.

Elle offre un discours visionnaire et féministe, en avance sur son temps, qui mêle passion, raison et combat collectif.

Ouverture

Ce combat initié au siècle des Lumières va résonner dans de nombreux textes féministes des XIXe et XXe siècles, jusqu’à aujourd’hui.

On pense notamment au *Deuxième Sexe* de Simone de Beauvoir, qui, comme Olympe de Gouges, affirme que *« on ne naît pas femme, on le devient »*.

Le combat continue, mais ses racines sont là, dans des textes comme celui-ci.

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