Analyse linéaire : Préambule de la DDFC d'Olympe de Gouges

Classé dans D'autres sujets

Écrit le en français avec une taille de 6,72 KB

Analyse linéaire 13

Introduction (Version orale)

Aujourd’hui, je vais vous présenter un extrait du préambule de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, écrit par Olympe de Gouges en 1791, en pleine Révolution française.

Deux ans plus tôt, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen avait été proclamée, mais elle laissait totalement de côté la question des femmes. Olympe de Gouges, militante engagée, prend donc la parole pour revendiquer l’égalité entre les sexes, sur le plan civil et politique.

Dans ce préambule, qui introduit la déclaration, elle expose les fondements de son combat et affirme que les femmes doivent être reconnues comme des citoyennes à part entière.

Lecture du texte

Problématique et plan

Ce texte soulève une question essentielle :

Problématique :

Comment Olympe de Gouges, à travers ce préambule, affirme-t-elle la légitimité des droits des femmes, tout en dénonçant une société profondément injuste ?

Pour y répondre, je vais analyser trois mouvements :

Plan de l'analyse :

  1. L’affirmation de la voix des femmes dans l’espace politique.
  2. L’argumentation en faveur d’une égalité fondée sur le droit naturel.
  3. Une valorisation forte de la femme dans la société, qui prépare l’entrée dans la déclaration.

I. L’affirmation de la parole des femmes

Dès la première phrase, Olympe de Gouges commence fort : elle énumère “les mères, les filles, les sœurs”, avec un rythme ternaire. Cette énumération montre que toutes les femmes sont concernées. Les hommes ne sont même pas mentionnés : c’est un renversement total des rôles.

Elle écrit que ces femmes sont les “représentantes de la Nation”, un rôle normalement réservé aux hommes. En disant cela, elle légitime leur parole politique.

Le verbe “demandent” est au présent : cela montre une action immédiate, vivante, et une volonté d’agir. Ces femmes prennent la parole, revendiquent.

Dès le début, on comprend que ce texte est bien plus qu’un simple préambule : c’est un acte de prise de pouvoir symbolique, dans un monde où les femmes sont exclues de la sphère publique.

II. Une argumentation fondée sur l’injustice et le droit naturel

Ensuite, Olympe de Gouges développe une argumentation structurée et très forte. Elle commence par “considérant que…” : c’est une tournure que l'on retrouve dans les textes juridiques. Elle pose un constat : les malheurs publics et la corruption des gouvernements viennent de “l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme”.

Il y a une gradation dans les termes employés — de l’ignorance au mépris — pour montrer à quel point les femmes ont été invisibilisées et méprisées. Et elle affirme que cette injustice affaiblit toute la société, pas seulement les femmes.

Elle continue avec le verbe “ont résolu”, pour dire que les femmes ont décidé, ensemble, d’agir. On retrouve une volonté collective et réfléchie. Elles veulent exposer leurs droits dans une “déclaration solennelle”, en écho direct à celle de 1789. On comprend ici qu’elle propose une réécriture féminine de la Déclaration des droits de l’homme.

Il y a ensuite trois reprises de l’expression “afin que…”. Cette répétition donne une structure argumentative très claire, presque juridique, et montre que sa démarche est pensée, construite. Elle veut :

  • que les droits soient rappelés en permanence,
  • que le pouvoir des femmes soit comparé à celui des hommes,
  • et que les réclamations des citoyennes soient enfin entendues.

Elle insiste sur des termes très forts : “naturels”, “inaliénables”, “sacrés” — exactement les mêmes que ceux utilisés en 1789. C’est une manière de dire : « Les femmes aussi ont ces droits-là, et vous ne pouvez plus les nier. »

III. Une revalorisation forte du rôle des femmes

Enfin, dans la dernière phrase, elle conclut ce préambule par une formule solennelle : « En conséquence, le sexe supérieur… ».

C’est une provocation volontaire : elle inverse les rôles, et appelle les femmes le “sexe supérieur”, non seulement pour leur beauté, mais aussi pour leur courage dans les souffrances maternelles.

Cette phrase est très forte, car elle fait entrer la femme dans le registre héroïque : on parle ici de courage, de souffrance, de grandeur.

Et ce courage féminin est même reconnu “en présence de l’Être suprême”, ce qui donne une dimension sacrée, presque religieuse, à cette déclaration. C’est aussi un clin d’œil au style de la Révolution : elle utilise le même ton pour rappeler aux hommes leurs propres principes, qu’ils n’ont pas appliqués aux femmes.

Conclusion

Pour conclure, ce préambule est bien plus qu’une introduction : c’est un manifeste féministe fort et audacieux, dans lequel Olympe de Gouges affirme que les droits des femmes sont universels, naturels, et donc légitimes.

Elle critique une société injuste et corrompue, qui exclut les femmes tout en prétendant défendre l’égalité.

À travers un style juridique, structuré et engagé, elle réclame l’égalité politique, morale et sociale. Elle s’inscrit ainsi pleinement dans l’esprit des Lumières, tout en dénonçant ses limites.

Dans le reste de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges reprend, article par article, la Déclaration de 1789, mais en la reformulant pour les femmes. On retrouve cette même volonté de justice et d’universalité, mais aussi une forte ironie, notamment quand elle parle du mariage comme le tombeau de la confiance et de l’amour.

Son engagement lui vaudra d’être rejetée, moquée, puis exécutée… mais son combat restera un texte fondateur du féminisme moderne.

Entrées associées :