Argot, jargon et procédés linguistiques
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Argot et jargon
L'argot est attesté de façon ancienne. À l'origine, on a utilisé le mot « jargon ». Le terme connaît deux acceptions : au singulier, il désigne le lexique propre à une profession ; au pluriel, on l'emploie pour préciser le lexique d'un groupe de personnes exerçant une même activité. C'est à la fois un langage secret et un langage technique. L'essentiel du lexique argotique est constitué de termes spécialisés désignant des activités soit déviantes ou illicites, soit n'ayant pas de terme en langue courante. Les « argots de métiers » manifestent les mêmes traits de langage technique qui servent de reconnaissance à un groupe : l'argot militaire, lycéen, d'atelier, etc. Le terme « jargon » est réservé à un certain niveau professionnel. Le langage spécialisé se caractérise par un vocabulaire et des expressions techniques liées à une profession ou à une spécialité : le jargon scientifique, médiéval, etc.
Procédés sémantiques de formation
La métaphore : exemples cités dans le texte : le battant, une cassée, un domine, un bombax, la bavarde.
La métonymie : exemples : un feu (un revolver), manger le morceau (faire une révolution), Bonaparte (billet), Delacroix (100 francs).
Antiphrases et euphémismes
- Antiphrases : la villa (la prison), sucrer (maltraiter), ces messieurs (les policiers).
- Euphémismes : endormir ( être tué), le château (l'hôpital), des valdas (des balles).
Emprunts et néologismes
Exemples d'emprunts : dealer (trafiquant), un kawa (un café), cash (l'argent en liquide), job (travail), looker (regarder).
Vocabulaire du vieil argot français
Exemples : saper (vêtements), valoche (valise), poupes (chaussures).
Procédés formels de création
Principes généraux : l'argot utilise deux grands procédés : l'élimination d'une partie du mot ou l'ajout d'un élément à ce mot (suffixation). La transformation du mot selon des règles fixes constitue, fondamentalement, ce qu'on appelle les argots à clef ou à code.
La troncation
La troncation est due à l'un des principes directeurs de l'évolution des langues en général et des modifications du lexique en particulier : la loi du moindre effort. La troncation peut avoir lieu en fin de mot, c'est‑à‑dire qu'on élimine un phonème ou une syllabe se trouvant à la fin du mot ; c'est le procédé d'apocope. Aussi il y a une troncation en début de mot où disparait une syllabe ou un phonème en position initiale du mot : c'est l'aphérèse.
Apocope : bourge (bourgeois), accro (accrocher), biz (business).
Aphérèse : troquet (mastroquet), pitaine (capitaine).
Suffixation
Exemples de suffixation : formes en -o, -os, -ou, -ot : alcolo (alcoolique), clodo (clochard). Autres suffixes : -oche : bastoche (Bastille) ; -ard : connard (conard) ; crévard (personne radine ou moribonde selon les emplois).
Les argots à clef : loucherbem, javanais et verlan
Loucherbem
Le loucherbem, longtemps répandu chez les bouchers, consiste à retirer la consonne initiale d'un mot, à la remplacer par un « l » et à la replacer en finale, assortie ou non d'un suffixe : louf (fou), loucherbem (boucher).
Javanais
Le javanais consiste tout simplement à insérer l'infixe -av- après le groupe consonantique initial de chaque syllabe. L'attestation la plus ancienne remonte à 1856. Le javanais a joui d'une grande popularité dans les années 1850‑1875. C'était l'argot du monde des coulisses. Aujourd'hui il est pratiquement limité aux écoliers qui s'en servent pour crypter leur message entre eux.
La langue de feu
La langue de feu est un amusement d'enfants : elle consiste à remplacer toute consonne par f en conservant les voyelles.
Le verlan
Le verlan est méprisé par certains, exploité par d'autres ; il est ambigu, parfois violent, parfois amusant et surtout très vivant. Il se parle depuis le début du XXe siècle. Les règles du verlan sont prévisibles pour les mots de deux syllabes, mais souvent complexes pour les autres.
- Le verlan est actuellement en vogue parmi les jeunes des banlieues, où il répond davantage à une reconnaissance de groupe et à un plaisir du jeu sur la langue qu'à des objectifs de secret.
- Certains jeunes n'emploient que des termes répandus et figés, d'autres, au contraire, utilisent le verlan avec créativité.
- L'orthographe du verlan est très instable, car il s'agit d'un code avant tout oral. Les marques morphologiques du français ne sont pas toujours respectées : exemples oraux cités dans le texte (j'ai pécho).
- Comme tous les lexiques populaires, il se modifie rapidement, et on peut reverlaniser des mots en verlan.
- Il n'est typique que de la région parisienne ; on le rencontre très peu à Marseille. On n'a pas, pour le moment, assez de recul quant à son avenir, mais il semble déjà en perte de vitesse.