Art tragique, dionysiaque et Nietzsche
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Art tragique et philosophes dionysiaques détestent la vie : ils tuent tout ce qu'ils touchent. Les artistes, avec leur fiction et leurs mensonges, parviennent à être fidèles à la réalité et expriment la vérité mieux que les philosophes, en particulier les artistes tragiques. De façon originale et profonde, Nietzsche voit l'art tragique comme l'antithèse de l'attitude décadente, à la fois pessimiste et nihiliste. Nietzsche soutient, contre l'opinion commune, que la conception tragique du monde n'est pas pessimiste, parce que le pessimisme est indicatif d'une attitude de résignation et de regret et, donc, est un signe de faiblesse spirituelle. La tragédie est, au contraire, une vigoureuse affirmation de la réalité, parce qu'elle enseigne qu'il faut toujours dire « oui » à la vie, même aux aspects les plus douloureux et terribles. Avec cette attitude, la vie cherche à se placer au‑delà du faux dualisme optimisme/pessimisme. Non identifiée à aucun d'eux, elle n'est-elle pas l'antithèse même. L'antithèse réelle se situe entre l'affirmation de la vie par les hommes, même avec toutes ses douleurs — sachant que cette douleur est la condition même — et les derniers nihilistes qui condamnent ultimement la vie. L'art tragique est l'expression de cette affirmation de la vie. Cet art tragique est l'essence de l'âme des Grecs, que Nietzsche a célébrée. Dans ses premiers travaux, La Naissance de la tragédie, il a proposé une interprétation de la culture grecque contre l'autre vision qui décrit les Grecs comme une cité sereine, heureuse, sage et intelligente.
Pour Nietzsche, les Grecs étaient un peuple hanté par le sentiment tragique de l'existence ; il fit également appel au dionysiaque, en l'honneur du dieu Dionysos, considéré comme le phénomène le plus important de la culture grecque. Ce dieu, qui selon la mythologie naît et meurt dans une vie continue et cyclique, symbolise à sa mort et à sa renaissance perpétuelles la fertilité, le printemps et le renouveau après la mort, en contraste avec la stérilité de l'hiver. Le « dionysiaque » incarne toujours l'affirmation tragique de l'existence, par opposition à la douleur et aux instincts dégénératifs de la vie. À titre d'exemple du dionysiaque grec, Nietzsche propose deux principaux héros de ses tragédies :
- Œdipe — figure confrontée à l'horreur de l'existence.
- Prométhée — puni par les dieux par un supplice éternel pour un crime commis contre eux; il porte sa peine avec fierté et sans conscience de péché : le crime ici, et la douleur qu'il provoque, apparaissent justifiés.
Le message de cette tragédie peut se résumer ainsi : « Tout ce qui existe — le bien et le mal — est justifié. » Comme exemple de ce que Nietzsche juge antidionysiaque, Socrate est jugé et condamné à mort au nom des plus hautes valeurs.