Autrui : conscience, altérité et connaissance de soi
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Autrui — Introduction
Le mot français autrui vient du latin alter qui signifie « l’autre ».
Sens courant (rarement utilisé)
Le terme « les autres » fait référence au « on » impersonnel de l’anonymat, c’est‑à‑dire à la masse d’individus.
Sens philosophique
L’autre être humain doué de conscience que je retrouve en face de moi : je n’ai pas accès à son esprit, ni à ses états d’âme, ni à ses sentiments ; on ne connaît que l’extérieur. Autrui est une autre conscience qui n’est pas moi. Autrui renvoie à un autre moi qui n’est pas moi. Autrui est un moi pour lui‑même, car cet autre être, différent de moi, possède lui aussi une conscience. On peut le mettre en relation avec la notion de conscience.
On peut voir l’ambiguïté existante : autrui, étant un alter‑ego, me semble semblable du point de vue extérieur (ressemblance au sein de la corporalité et, au même titre que moi, porteur d’une conscience). Cependant, autrui m’est également étranger, car il est un individu singulier avec ses propres traits de personnalité.
S’interroger sur soi‑même implique de s’interroger sur autrui ; c’est pourquoi le fait de se connaître soi‑même implique autrui en tant qu’intermédiaire indispensable pour parvenir à une connaissance complète.
Questions fondamentales
Faut‑il être seul pour être soi‑même / se connaître soi‑même ?
a) Socrate
Socrate, dans sa méthode, avance l’idée de l’introspection : rechercher en soi‑même pour déterminer qui nous sommes véritablement. Il faut se plonger au fond de nos pensées. Cependant, le problème est qu’on s’éloigne d’autrui, de cette altérité qui risque de me détourner de moi‑même, de qui l’on est. Le risque existe toujours dans le regard ou le jugement qu’autrui jette sur nous, car celui‑ci nous amène à vivre en dehors de nous‑mêmes, en fuite perpétuelle. Si l’on vit sa vie en fonction du regard des autres, le péril est d’être l’esclave de leur opinion.
Il faut prendre de la distance par rapport à autrui. Le moi ne peut être lui‑même que dans une certaine distance à l’égard d’autrui ; on pourrait parler de solitude. Cette thèse est commune à Socrate — depuis sa formule « Connais‑toi toi‑même et tu connaîtras l’univers et les dieux » — jusqu’à Kant avec son « Sapere aude » (« Ose savoir ! »), en passant également par Descartes.
b) Descartes
Lorsque Descartes met en œuvre le doute cartésien afin d’atteindre la première vérité, c’est‑à‑dire le cogito, dans cette quête philosophique de connaissance il s’éloigne petit à petit du monde et donc aussi d’autrui ; tout ceci par le biais de l’introspection.
Nonobstant, la démarche cartésienne implique un risque : le solipsisme (mot formé à partir de solus [= seul] et ipse [= soi‑même]). Ce modèle fait que nous déréalisons le monde ainsi qu’autrui et son existence. Si l’homme, ayant une perception cartésienne, réduit et envisage autrui et le monde comme une simple représentation que se fait le sujet, on se rend compte qu’autrui n’a plus d’existence au‑delà de la connaissance. On nie à autrui une existence propre. Il est important de nuancer que le monde n’existe pas indépendamment de moi. Donc si l’on considère autrui comme appartenant à ce monde qui n’est qu’une idée de mon esprit, on le déréalise.
c) Autrui comme médiateur indispensable ?
Il n’est pas possible de se connaître totalement sans être en contact avec l’autre ; c’est pourquoi le solipsisme est un obstacle pour l’individu, ne tenant pas compte de cet « autre moi » qui favorise la quête d’identité. Notre identité singulière ne s’affirme pas si nous ne sommes pas confrontés à cette altérité qu’est autrui. Le moi ne peut être lui‑même qu’en se confrontant à autrui, et la meilleure façon de le faire est à travers la parole, par le biais du débat et du dialogue.
« Autrui est un médiateur entre moi et moi‑même. » — Jean‑Paul Sartre
L’homme ne peut pas vivre seul car l’homme n’est humain que dans le rapport aux autres. La relation avec autrui est assez particulière :
- Relation d’amitié
- Relation de rivalité