Autrui, reconnaissance et dialectique maître–esclave

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Optimisme et pessimisme anthropologique

C’est alors que, dans la tradition philosophique, apparaît l’optimisme anthropologique qui défend que l’homme est bon par nature.

Le pessimisme anthropologique défend, quant à lui, que l’homme est mauvais par nature, égoïste.

Aristote : l'entente harmonieuse

Aristote nous dit que la relation qu'entretient l’homme avec autrui est l’entente harmonieuse. L’homme traite autrui comme il se traite lui‑même, avec bienveillance, sous l’angle de la concorde. Il ne va pas nier les conflits mais il n’y a pas, selon lui, de lutte pour la reconnaissance.

Hegel et la rivalité

Hegel envisage le rapport de l’homme à autrui sous l’angle de la rivalité et du conflit. Autrui est une source d’affrontement et de querelle. La reconnaissance mutuelle entre maître et esclave n’existant pas, ce qui est en jeu est la reconnaissance d’une conscience par une autre : une conscience s’auto‑positionne comme supérieure. Le rapport du moi à autrui est conflictuel.

La dialectique du maître et de l'esclave

Ensuite, la dialectique du maître est une fiction rationnelle dans laquelle le philosophe modélise le rapport entre moi et autrui.

Trois étapes principales se succèdent :

  1. Le conflit originaire qui met en rapport deux consciences qui, ne se considérant pas égales, luttent pour le pouvoir. Éventuellement l’une finit par abandonner le conflit et se soumettre à l’autre conscience. C’est celle de l’esclave qui renonce à sa liberté pour garder sa vie, contrairement au maître qui s’impose.

  2. La relation de servitude : la conscience de l’esclave se dissout dans celle du maître ; l’esclave devient l’instrument de liberté du maître. L’esclave n’est que le moyen de survie du maître, il n’est pas considéré comme une fin en soi, digne de respect, un égal.

  3. Cependant, l’esclave va, grâce au travail, soutirer des profits pour satisfaire ses besoins. Le maître délègue à l’esclave le fait de travailler ; de cette façon la conscience du maître cesse de se développer. Ceci s’explique par le fait que lorsqu’on travaille on développe des aptitudes : le fait de transformer la nature implique un travail sur soi. Pendant ce temps, l’esclave développe ses facultés, devient le maître de la nature qu’il transforme, mais aussi maître de lui‑même.

L’inversion a lieu : le maître devient l’esclave de l’esclave, qui est devenu le maître de la nature.

L’émancipation de l’esclave : celui‑ci se rend compte que le maître vit à ses dépens. L’esclave finit par se révolter et exiger de son maître la reconnaissance et le respect qu’il mérite — contrairement à la reconnaissance en tant que père que l’esclave attendait de lui.

[Marx substituera ensuite l’esclave par le prolétariat, et le maître par la bourgeoisie capitaliste]

Que le rapport soit amical ou conflictuel, il n’en demeure pas moins qu’autrui est un médiateur indispensable pour se connaître soi‑même.

Autrui : ami ou ennemi ?

Les rapports à autrui sont multiples : on peut parler de relations conjugales, familiales, amoureuses. Pour s’orienter dans ce vaste océan de possibilités, on peut les regrouper en deux catégories : rapports harmonieux et rapports conflictuels (haine, défiance). Deux points de vue distincts répondent à la question : est‑ce qu’autrui se présente comme un ami ou un ennemi ?

Selon Hobbes : « L’homme est un loup pour l’homme » ; il défend le pessimisme anthropologique : l’homme satisfait ses intérêts en manipulant les autres et agit en fonction de son égoïsme.

Selon Spinoza : « L’homme est un dieu pour l’homme » dans le cas d’une société démocratique ; le rapport de l’homme à l’autre est alors basé sur la conciliation.

Risques d’autrui

Autrui est nécessaire mais à la fois nuisible : la question est donc, dans le rapport à l’autre, quelle est la bonne distance à maintenir pour ne pas se fondre en autrui ?

  • Refuser l’image qu’autrui me renvoie : c’est la première chose à éviter. Cette image permet la remise en question. Si l’on n’assume pas les critiques de l’autre, on peut tomber dans la mauvaise foi.

  • Accepter sans filtre les critiques d’autrui : c’est l’autre erreur à éviter. Se laisser enfermer dans l’image renvoyée de nous et l’accepter aveuglément conduit au risque de s’aliéner : l’homme est alors phagocyté par les autres.

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