Baudelaire : Du Spleen de Paris aux Fleurs du Mal
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La mort et l'érotisme chez Baudelaire
Et pourtant, la mort devient, dans la dernière partie, un espoir et un salut, car elle termine avec la souffrance et la douleur. On trouve aussi un érotisme funèbre qui transfigure l’expérience maudite de l’amour pour imaginer dans la mort une résurrection lumineuse. La mort donne accès à la terre promise des correspondances. Ce vocabulaire ambivalent signale l’amour et la mort, les confondant pour créer l’amour absolu (« La mort des amants »). La mort aboutit à la survie idéale.
Poétique et modernité
Dans les poèmes Les hallucinations, les sons ont des couleurs et les couleurs contiennent une musique. Nous trouvons dans cet enfer des poèmes nocturnes, qui transforment la poésie en promenade dans une ville. La parole poétique permet d’exprimer le sujet moderne, par exemple dans le poème « Le Crépuscule du soir » où il y a correspondance entre la tombée du jour et la nuit de l’esprit.
Le dernier texte du Spleen de Paris apparaît sous le titre de « Petits poèmes lycanthropes ». L’obsession du poète angoissé : le soir est changé en bête fauve.
Le Spleen de Paris (1869)
Le Spleen de Paris (1869) est la première publication posthume composée de 50 poèmes en prose. Les thèmes migrent des Fleurs du Mal vers le Spleen de Paris. Cette double écriture manifeste l’obsession de Baudelaire et la difficulté du poète qui remanie sans fin ses poésies.
- « L’Invitation au voyage », « La Chevelure » et « Les Petites Vieilles » des Fleurs du Mal deviennent des titres en prose.
- En prose, nous trouvons « Un hémisphère dans une chevelure » et « Les Veuves ».
Le Spleen de Paris est inachevé. Il prolonge le tableau parisien des Fleurs du Mal, mais ajoute un ton plus comique, plus grinçant, mêlant l’insolite de l’urbain et le fantastique au cœur du quotidien. Nous trouvons une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme. Le poème du XIXe siècle est alors un genre mineur. Baudelaire est conscient que la description de la vie moderne avait besoin d’une forme nouvelle ; il cherche la modernité comme Constantin Guys.
L'héritage et la vision baudelairienne
Les Fleurs du Mal expriment le lyrisme tragique de la condition humaine et l’esthétique de la laideur. Pour Baudelaire, il existe plusieurs moyens pour échapper au temps et au spleen, notamment l’ivresse de l’art. La seule issue de l’être humain est la mort.
Le Spleen de Paris, publié après sa mort, entre dans une logique détraquée : une poétique de l’absurde quotidien. Les personnages sont des « misérables ». Le poème « Mademoiselle Bistouri » laisse transparaître douloureusement la hantise de la maladie mentale. Nous pénétrons dans l’univers de la folie, une hantise déjà présente chez Nerval.
L’écriture du Spleen de Paris manifeste un contact entre Baudelaire et les forces obscures. Pierre-Jean Jouve voit dans la recherche de l’inconscient le moteur de la poésie. Baudelaire y remet en question la vision traditionnelle du monde et le dérèglement entre le permis et l’interdit. Ce recueil a été condamné comme un outrage à la morale de l’époque. Cette sortie hors du social et cette subversion des normes furent un héritage pour les symbolistes comme Rimbaud, qui donna aux poètes la mission de se faire voyant par un « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ».
La théorie des correspondances
La portée poétique des Fleurs du Mal est due à la théorie des correspondances qui influence de manière décisive l’histoire de la poésie. En cherchant un sens caché derrière les apparences sensibles, Baudelaire ouvre la voie à la poésie symboliste qui voit dans le réel le reflet d’une réalité supérieure : le principe et les causes qui régissent le monde.
Cette théorie permet également au poète de mettre en place une correspondance esthétique, picturale et verbale. Le poème « Les Phares », hommage aux grands peintres, transpose en image poétique l’émotion que le tableau procure. Baudelaire, en tant que critique musical, fait se répondre les images de son texte et les sons des opéras de Wagner.