Le bonheur : définitions et débats philosophiques
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D. Définition
D : Le bonheur, c'est l'état de satisfaction de tous nos désirs que nous cherchons à atteindre par nos actions et selon l'idée personnelle que nous nous en faisons.
AMS
- Le Bonheur National Brut (BNB), reconnu en 2011 par l'ONU, révèle qu'en 2019 les pays scandinaves arrivent en tête du classement, selon des critères de bien-être et de santé. Cependant, ici on mesure davantage les conditions matérielles d'un bonheur possible que le bonheur lui-même.
- Dans une société obsédée par la performance et la consommation, le bonheur semble souvent réduit à un produit qu'il faudrait posséder.
I. Sait-on comment être heureux ?
A) La sagesse peut-elle être considérée comme l'art d'être heureux ?
- Épicure : pour être heureux, il faut rechercher les plaisirs simples, naturels et nécessaires, et éviter les douleurs. Ex. : boire quand on a soif, manger à sa faim = plaisirs naturels.
- Stoïciens : le bonheur consiste à vivre en accord avec la Nature, c'est-à-dire à accepter ce qu'on ne peut pas changer (la mort, la maladie, le malheur) et à ne pas être esclave de ses passions. Ex. : rester calme quand on perd un emploi ou face à une injustice → attitude stoïque.
- Grâce à la raison on devient maître de soi et on ne dépend plus du hasard.
- « La vie heureuse est au pouvoir de l'homme qui a le bien ultime en son pouvoir. De sorte que la vie du sage est toujours heureuse. » — Cicéron
B) Qu'est-ce qu'un homme accompli et quels sont ses plaisirs ?
- Aristote : le bonheur est le plus grand bien, celui qui est recherché pour lui-même. Il faut chercher ce bonheur dans ce qui fait la spécificité de l'homme : la raison. Ce n'est pas en satisfaisant ses besoins animaux (manger, dormir) qu'on est vraiment heureux.
- Le bonheur = vie active où l'homme développe ses capacités intellectuelles et morales en continu. Être heureux, c'est être comblé, plaisir total.
- Mais la joie et les plaisirs sont occasionnels et éphémères, ils dépendent de causes extérieures tandis que le bonheur est permanent et continu et dépend de nous. Car désirer ce qui ne dépend pas de nous rend forcément malheureux.
- Bentham : plus on obtient de plaisirs, plus on est heureux. L'individu et la société recherchent une « maximisation des plaisirs ».
C) Poursuivre le bonheur, est-ce réellement un but rationnel ?
- Kant : le bonheur est une idée vague, personnelle, variable. On ne peut pas démontrer rationnellement ce qu'est le bonheur pour tous. Il change selon les individus et dépend des circonstances (argent, santé, amour).
- « Le bonheur est un idéal, non pas de la raison, mais de l'imagination. » — Kant
- On ne sait pas vraiment comment être heureux, car le bonheur n'est pas une notion rationnelle. Il ne peut être défini de manière universelle. On ne peut que l'imaginer.
- Mais c'est une aspiration universelle, même si les hommes se séparent sur sa définition ainsi que sur les moyens pour y parvenir.
II. Faut-il rechercher le bonheur à n'importe quel prix ?
A) Est-ce au pouvoir politique d'assurer le bonheur des individus ?
- Hume : un bon État (avec liberté, justice, sécurité) favorise le bonheur, mais il ne doit pas le définir à la place des citoyens. Ex. : un État démocratique rend en général plus heureux qu'un État totalitaire.
- Bentham : le bonheur collectif est le but de l'État : une société est plus heureuse quand elle apporte davantage de plaisirs au plus grand nombre.
B) Le bonheur est-il à lui seul le souverain Bien ?
- Kant : le bonheur n'est pas la seule fin humaine. L'homme doit aussi être moral, libre et agir selon des principes justes, même si cela ne rend pas toujours heureux. Le vrai bonheur est celui que l'on mérite lorsqu'on vit de manière juste.
- L'eudémonisme soutient que le souverain Bien réside dans l'union du bonheur, de la vertu et de la connaissance. Aristote : le bonheur et le souverain Bien doivent être recherchés. Cependant, des circonstances extérieures (santé, aisance matérielle, liberté politique) y contribuent. Ce sont des conditions nécessaires mais insuffisantes pour l'obtenir.
C) Pourquoi ne pas désirer être imbécile afin d'être heureux ? — Mill
- Il vaut mieux être un homme malheureux mais intelligent qu'un animal heureux mais limité. L'homme possède des capacités supérieures (intelligence, morale, culture) qui donnent un sens plus noble à sa vie que le bonheur simple.
- Même si cela le fait souffrir, il préfère rester humain plutôt que de régresser à un état « animal ».
- « Il vaut mieux être un homme insatisfait qu'un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait. » — Mill
- Le bonheur sans dignité, sans intelligence, sans conscience morale n'est pas désirable. Les humains préfèrent souffrir en restant humains plutôt que de vivre un bonheur vide et bas.
D) Le bonheur, une illusion de l'imagination ?
- Le bonheur oblige l'homme à trouver un but à sa vie, d'où l'invention du bonheur comme illusion vitale. Sans cette illusion, la vie humaine serait absurde.
- Kant dit que le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l'imagination.
- Imaginer son bonheur, c'est projeter la satisfaction de ses désirs dans le futur. Cela nourrit l'espoir mais révèle une insatisfaction de la vie présente.
Faut-il renoncer au bonheur pour être libre ?
I. Oui : chercher le bonheur limite notre liberté
- 1. Nous devenons esclaves de nos désirs ou dépendants de conditions extérieures.
- 2. Le bonheur recherché à tout prix peut conduire à la soumission ou à l'évitement du risque.
II. Non : la liberté est une condition du bonheur
- 1. Être libre, c'est pouvoir choisir sa vie, ce qui est essentiel pour être heureux.
- 2. Un bonheur imposé ou contraint n'est pas un véritable bonheur.
III. Liberté et bonheur : équilibre et lucidité
- 1. Il faut apprendre à exercer sa liberté de manière éclairée pour viser un bonheur authentique.
- 2. Le bonheur peut être un effet de la liberté bien comprise, non de son renoncement.
Le bonheur est-il le but de l'existence ?
I. Oui : tous les hommes recherchent le bonheur
- 1. Aristote affirme que le bonheur est la fin ultime de nos actions.
- 2. Le bonheur donne sens à la vie : vivre heureux, c'est vivre pleinement.
II. Non : il y a d'autres buts que le bonheur
- 1. Le devoir moral, la vérité ou la justice peuvent passer avant notre bien-être.
- 2. Certains choisissent des vies difficiles mais engagées, par sens du sacrifice ou de la mission.
III. Le bonheur comme but légitime, mais lié à d'autres valeurs
- 1. Une vie bonne ne se réduit pas à être agréable : elle est aussi conforme à la morale ou à la vérité.
- 2. Le bonheur le plus profond est souvent celui qui naît de l'accomplissement d'un idéal.
Peut-on apprendre à être heureux ?
I. Oui : le bonheur est une sagesse qu'on peut cultiver
- 1. Les philosophes antiques (Épicure, stoïciens) proposent des méthodes pour atteindre la sérénité.
- 2. Par l'éducation, la réflexion et l'expérience, on peut apprendre à mieux vivre et donc à être heureux.
II. Non : le bonheur ne s'enseigne pas comme une technique
- 1. Il n'y a pas de recette universelle du bonheur : chacun a sa sensibilité et ses aspirations.
- 2. L'émotion du bonheur reste imprévisible, liée à des événements non contrôlables.
III. On ne peut pas transmettre le bonheur, mais on peut apprendre à y être réceptif
- 1. L'éducation peut nous apprendre à vivre avec lucidité, modération et discernement.
- 2. Ce n'est pas le bonheur qu'on apprend, mais les conditions pour le rendre possible.