Champ d'Application Territorial du Droit Pénal Espagnol : Principes et Exceptions

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Leçon 15 : Champ d'Application Territorial du Droit Pénal

Principe de Territoire

L'article 23 de la Loi sur le Pouvoir Judiciaire (LOPJ) affirme que les actes commis sur le territoire espagnol sont régis par la loi espagnole, indépendamment de l'identité de leurs auteurs ou de leurs victimes. En principe, et de manière exclusive, le droit espagnol ne s'étend pas au-delà de ses frontières, car l'État espagnol n'a pas intérêt à exercer sa souveraineté au-delà de ses limites territoriales.

L'application dans l'espace affecte plusieurs domaines : droits politiques, droit international... Il doit s'agir d'une règle générale, sauf exceptions.

Dans le cas espagnol, les exceptions à ce principe de territorialité sont prévues à l'article 23 de la LOPJ. Elles permettent l'application de la loi espagnole à des faits commis hors du territoire national, selon trois scénarios : le principe de protection ou réel, le principe de personnalité ou de nationalité, et le principe de justice universelle ou globale.

Concept de Territoire (Thème 15)

Le territoire national comprend les terres (continentales ou insulaires) et les eaux intérieures (à l'intérieur des frontières), ainsi que le siège des missions diplomatiques en Espagne. Une autre question est le principe d'inviolabilité (lié à la personne) qui s'applique à certaines enceintes dans tout le pays, où les personnes seraient jugées selon la loi de leur pays d'origine. Aux fins de la compétence, un crime commis à l'ambassade de France à Madrid relève de la législation espagnole.

Le territoire est également composé de la mer territoriale (environ douze milles nautiques), de l'espace aérien au-dessus des terres et de la mer continentale. Sont également considérés comme territoire espagnol les contrôles douaniers, même s'ils sont physiquement construits sur un sol étranger.

Sont considérés comme territoire espagnol les navires espagnols et les aéronefs militaires, quel que soit l'endroit où ils se trouvent. Les avions militaires sont toujours rattachés au territoire national espagnol lorsqu'ils sont en vol. Le problème se pose pour les avions commerciaux : ils suivent normalement la territorialité, mais dans des cas spécifiques, leur rattachement est remis en question (lorsqu'ils sont en eaux ou espace aérien internationaux, ils ont la nationalité du pavillon ; lorsqu'ils sont sur le territoire d'un autre pays, ils sont normalement soumis à la législation de ce pays).

Détermination du Lieu de Commission du Crime

Une question préliminaire est de déterminer le lieu de commission du crime, car il peut y avoir des infractions qui commencent dans un pays et s'exécutent dans un autre. La compétence attribuée dépend de trois principes :

  • 1. Principe de l'activité : L'infraction est située sur le site d'initiation de l'infraction.
  • 2. Principe du résultat : L'infraction est située à l'endroit où le résultat s'est produit.
  • 3. Principe de l'ubiquité : L'infraction a lieu dans tous les lieux où se sont déroulés à la fois l'initiation et le résultat.

L'application de la logique est essentielle. Par exemple, dans les cas de fraude, la conclusion varie selon que l'on considère le lieu de la tromperie ou celui de l'échange de patrimoine. Il y aura toujours lieu de juger chaque cas individuellement, en fonction des circonstances spécifiques. Certaines lois indiquent expressément le principe directeur (comme dans le cas du blanchiment d'argent qui privilégie le principe de l'ubiquité).

Exceptions Générales à la Règle du Territoire (Thème 15)

Ces exceptions sont visées à l'article 23 de la LOPJ et permettent qu'un crime soit poursuivi en Espagne même s'il a été commis hors du territoire national.

1. Principe Réel de Protection ou de Défense

Ce principe est réservé aux cas qui portent atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État espagnol. Il est inclus, indépendamment du fait qu'ils soient commis par des nationaux ou des étrangers, au paragraphe 3 de l'article 23 de la LOPJ. Selon ce principe, la juridiction espagnole est compétente pour les infractions suivantes :

  • Trahison et atteinte à la paix ou à l'indépendance de l'État.
  • Atteintes contre le titulaire de la Couronne, son conjoint, son successeur ou le régent.
  • Rébellion et sédition.
  • Contrefaçon de la signature royale ou du sceau de l'État, des signatures et sceaux des ministres ou des fonctionnaires publics espagnols.
  • Toute autre contrefaçon et falsification préjudiciable directement ou indirectement aux intérêts de l'État, ainsi que l'introduction ou l'expédition de monnaie falsifiée.
  • Attaques contre des fonctionnaires ou des autorités espagnoles commises à l'étranger dans l'exercice de leurs fonctions, et crimes contre l'administration publique en Espagne.
  • Crimes relatifs au contrôle des changes.

2. Principe de la Nationalité ou de la Personnalité

Énoncé au paragraphe 2 de l'article 23 de la LOPJ, il consacre la dimension personnelle de l'État. Selon ce principe, la loi pénale d'un pays s'applique à ses propres citoyens, quel que soit le lieu où les faits ont été commis. Il s'agit d'une personnalité active, c'est-à-dire concernant les actes commis par des citoyens espagnols, et non contre des citoyens espagnols.

Pour l'application de ce principe, les conditions suivantes sont nécessaires :

  1. Que l'acte soit punissable dans le lieu d'exécution.
  2. Que la victime ou le procureur dépose un rapport ou une plainte devant les tribunaux espagnols.
  3. Que le délinquant n'ait pas été acquitté, absous ou puni à l'étranger (si une peine a été partiellement exécutée à l'étranger, elle sera prise en compte pour une réduction proportionnelle de la peine applicable en Espagne).

3. Principe de la Justice Universelle ou Mondiale

Ce principe est reconnu en droit pénal comparé et est recueilli par presque tous les pays. C'est une règle fondamentale qui exige la double incrimination (que les faits soient considérés comme criminels à la fois sur le lieu des actes et en Espagne).

Il est mentionné au numéro 4 de l'article 23 de la LOPJ. Conformément à ce principe, tout État est compétent (et l'Espagne l'est) pour juger tout délinquant, quelle que soit sa nationalité, pour des atteintes aux intérêts de la communauté internationale :

  • Génocide.
  • Terrorisme.
  • Piraterie et détournement d'aéronefs étrangers.
  • Contrefaçon de monnaie.
  • Crimes liés à la prostitution et à la corruption de mineurs ou d'incapables.
  • Trafic illégal de drogues psychotropes, de stupéfiants et de substances toxiques.
  • Mutilations génitales féminines, si les responsables se trouvent en Espagne.
  • Tout autre délit qui, selon les traités ou accords internationaux, doit être poursuivi en Espagne.

Ces délits sont considérés comme des crimes internationaux portant atteinte aux intérêts de la concurrence internationale et nécessitent souvent une infrastructure internationale.

4. Principe de Justice Extra (Non retenu)

Ce principe n'est pas l'un des trois précédents. Il est mentionné ici pour préciser qu'il s'agit d'un principe qui a été proposé pour que la loi espagnole soit présentée, mais qui n'a pas été accepté. Selon ce principe, l'Espagne serait compétente pour juger des faits qui, logiquement, devraient être jugés en Espagne, mais qui n'auraient bénéficié de la compétence d'aucun des principes ci-dessus, et le ou les pays où ils auraient dû être jugés n'auraient pas eu la compétence nécessaire.

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