Changements dans l'Ancien Régime au XVIIIe siècle

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Point 2 — Changements dans l'Ancien Régime

L'Ancien Régime a commencé au XVe siècle et a pris fin dans le dernier tiers du XVIIIe siècle.

Caractéristiques générales

  • Démographiques. Le taux de natalité et de mortalité a été élevé ; l'accroissement naturel a été faible.
  • Économie. L'activité principale était l'agriculture traditionnelle dont la productivité était faible ; les métiers étaient contrôlés par les guildes. Le commerce intérieur était réduit et le développement du commerce international a été stimulé par la découverte et la colonisation de l'Amérique.
  • Société. La société survit à la division en ordres privilégiés (noblesse et clergé) et non privilégiés (tiers état : bourgeois, paysans et ouvriers).
  • Politique. Predominait la monarchie absolue, où le roi concentre tous les pouvoirs et l'autorité est illimitée.
  • Culture. Le triomphe d'une mentalité anthropocentrique favorise le développement de la pensée critique et de l'expérimentation.

Modifications sous l'Ancien Régime

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les modifications sont d'ordre économique, social, idéologique et politique et ont conduit à la fin de l'Ancien Régime. Elles auraient été impensables sans le siècle des Lumières.

L'économie

L'agriculture demeurait l'activité prédominante. Les céréales étaient la culture la plus répandue. Dans certains endroits, en raison de la diminution des rendements, on a augmenté les terres en jachère, introduit la rotation des cultures et élargi la culture du maïs et de la pomme de terre. Ces améliorations ont encouragé la croissance de la population.

La production artisanale a continué à être dominée par les corporations, mais elles sont devenues moins importantes face au développement de l'industrie et de la manufacture à grande échelle. Le commerce intérieur s'est accéléré en raison de l'amélioration des communications fluviales et terrestres. Le commerce extérieur a augmenté grâce au développement du transport maritime.

Population et société

Au cours du XVIIIe siècle, la population européenne a augmenté de manière significative, grâce à l'amélioration de la nutrition, de l'hygiène et de la médecine.

La société a conservé ses inégalités, mais avec quelques modifications :

  • La noblesse a perdu une partie de son influence politique.
  • Le clergé a été mis sous contrainte par les monarques et par les intellectuels favorables à une attitude plus laïque.
  • Dans le tiers état, la bourgeoisie a poursuivi son ascension : certaines familles nobles se sont enrichies, la petite bourgeoisie était composée de fonctionnaires dont la situation variait, tandis que les artisans et les paysans vivaient souvent dans la pauvreté.

Angleterre : révolutions et parlementarisme

1625–1649. Règne de Charles Ier : il voulut gouverner sans égard au Parlement.

  • 1642–1649. Première révolution anglaise, guerre civile et exécution de Charles Ier.
  • 1649–1660. République (Oliver Cromwell).
  • 1660–1688. Restauration de la monarchie (Charles II et Jacques II).
  • 1688–1689. Seconde révolution anglaise (The Glorious Revolution).
  • 1689. Déclaration des Droits (William et Mary) : monarchie parlementaire (la loi est au-dessus du roi).

Il y avait deux partis : les conservateurs (défense des droits traditionnels) et les whigs (défense de la suprématie du Parlement).

Parlement : assemblée composée de représentants des différents ordres. En Angleterre, il se divisait en Chambre des lords (aristocratie) et Chambre des communes (petite noblesse et bourgeoisie).

Le siècle des Lumières

Le siècle des Lumières est un mouvement intellectuel qui se propage dans toute l'Europe et en Amérique au XVIIIe siècle. Son idéologie se reflète notamment dans l'Encyclopédie, qui résume les connaissances de son temps.

Caractéristiques des Lumières :

  • Développement de l'anthropocentrisme, confiance dans la raison humaine et foi dans le progrès, optimisme quant à l'avenir et droit au bonheur dans ce monde.
  • La nature était considérée comme principe de l'ordre et de la connaissance.
  • Critique de la société immobile et inégale : les Lumières proposaient une société plus égalitaire et une participation publique accrue au gouvernement.
  • Remise en question des croyances religieuses traditionnelles, diffusion de l'idée d'une religion naturelle ou déisme.

Système économique : la physiocratie (l'agriculture est considérée comme la véritable source de richesse ; l'industrie et le commerce sont subordonnés ; l'économie doit fonctionner librement et les lois protectionnistes doivent être réduites).

Les Lumières affirmaient que la culture ne doit plus être l'apanage des seuls privilégiés et promouvaient la création d'écoles pour l'instruction du plus grand nombre et pour rehausser la dignité humaine.

Le despotisme éclairé

Au XVIIIe siècle, les monarques absolus ont promu le despotisme éclairé, qui consistait en une série de réformes visant le bien-être du peuple, fondées sur la maxime : «Tout pour le peuple, mais sans le peuple» (gouverner pour le peuple, mais sans sa participation politique).

Modifications :

  • Politique : organisation centralisée, avec des lois communes à tous.
  • Société : abolition progressive du servage et diminution des privilèges de la noblesse.
  • Économie : diffusion de nouvelles cultures, expansion de l'irrigation.
  • Culture : création d'académies (regroupant les principaux acteurs d'une discipline scientifique, littéraire ou artistique, dédiées à son étude).
  • Religion : tolérance religieuse prônée par certains monarques, tout en limitant le pouvoir du clergé.

Représentants exceptionnels du despotisme éclairé : Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie, Charles III d'Espagne et Joseph II d'Autriche.

Relations internationales au XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle a été caractérisé par un équilibre des forces entre les puissances européennes, notamment la Grande-Bretagne, la France, la Prusse et l'Autriche. Cet équilibre a donné lieu à plusieurs conflits :

  • La Guerre de Succession d'Autriche, qui opposa la France à l'Autriche et à la Prusse ; la paix fut signée en 1748.
  • La Guerre de Sept Ans, qui opposa la Grande-Bretagne et la France pour le contrôle du commerce colonial. La Paix de Paris (1763) mit un terme à ce conflit : la France dut céder le Canada et la plupart de ses comptoirs en Inde, marquant le déclin relatif de la France et l'expansion de la Grande-Bretagne.

Les Bourbons en Espagne

Modification de la dynastie

Lorsque Charles II mourut sans enfant, éclata la guerre de Succession d'Espagne, opposant les partisans d'un Bourbon (Philippe d'Anjou) et d'un Habsbourg. Cela signifiait :

  • Une guerre internationale, par l'affrontement entre la France et la coalition formée par la Grande-Bretagne, l'Autriche, la Hollande, la Prusse, la Savoie et le Portugal, qui ne voulaient pas d'une hégémonie bourbonienne excessive.
  • Une guerre civile, entre les partisans de Philippe d'Anjou qui conduisirent la couronne d'Espagne et les partisans de la maison d'Autriche dans certaines régions (la Couronne d'Aragon).

La guerre se termina avec le traité d'Utrecht (1713) : Philippe d'Anjou fut reconnu roi d'Espagne (Philippe V). La Grande-Bretagne obtint Gibraltar, Minorque et des concessions coloniales en Amérique. L'Autriche reçut les Pays-Bas et des territoires italiens de l'Espagne ; la Sicile fut cédée à la Savoie.

Le siècle des Lumières en Espagne

Les intellectuels des Lumières en Espagne appartenaient généralement à la noblesse et à la bourgeoisie. Ils cherchèrent à concilier la critique et la raison avec la tradition chrétienne. L'idée centrale était que le déclin espagnol était causé par le retard économique du pays et la survie d'une organisation sociale archaïque ; ils étaient partisans d'une rénovation complète de l'enseignement.

Ces idées se heurtèrent à diverses résistances :

  • Une large part de la population était réticente au changement.
  • Une partie importante de la noblesse et du clergé craignait de perdre ses anciens privilèges.
  • Le Tribunal de l'Inquisition poursuivait tout écart par rapport à l'orthodoxie catholique.

Le despotisme éclairé en Espagne

Politique étrangère : l'Espagne s'alliait parfois à la France contre la Grande-Bretagne et participa à des conflits comme la Guerre de Succession d'Autriche, la Guerre de Sept Ans et la guerre d'indépendance des Treize Colonies américaines.

Politique intérieure et administration : les réformes bourbons visèrent à moderniser l'administration : des décrets furent promulgués pour unifier le droit et supprimer certains privilèges de la Couronne d'Aragon ; on créa des bureaux de commissaires, le territoire fut redécoupé en intendances (municipalités administratives au lieu de l'ancien système), et certaines juridictions propres à la Couronne d'Aragon furent abolies.

Relations État–Église : en 1753, un concordat fut signé avec le Saint-Siège pour régir les relations entre l'État espagnol et l'Église ; les membres de la Compagnie de Jésus (les Jésuites) furent expulsés en 1767 et le pouvoir de l'Inquisition fut limité.

Économie et finances : des travaux d'irrigation importants furent entrepris ; des terres de la Sierra Morena furent repeuplées ; des dépôts furent créés ; on supprimait certains privilèges de la Mesta (association médiévale des propriétaires de troupeaux) ; les douanes intérieures furent progressivement supprimées, l'industrie locale fut protégée et encouragée, et on parrainait la création de manufactures. Dans les finances, on procéda à des rationalisations fiscales et à la première mise en place d'un cadastre.

On créa également des collèges et institutions, des écoles d'ingénierie et de médecine, des jardins botaniques, ainsi que des sociétés d'amateurs d'économie dirigées vers des réformes pratiques.

Société : la noblesse ne perdit pas totalement ses privilèges ; le clergé conserva une grande part de son pouvoir et de son influence. Dans le tiers état, la bourgeoisie augmenta en richesse et en pouvoir politique.

Problèmes politiques

Les Bourbons durent faire face à plusieurs problèmes :

  • Politique intérieure : pendant le règne de Charles III éclatèrent des troubles, comme l'émeute d'Esquilache. Le déclencheur fut une décision visant à transformer certains vêtements traditionnels espagnols, arguant que les tenues traditionnelles permettaient à des malfaiteurs de se dissimuler. Les mutins demandèrent le renvoi des ministres, la réduction des prix des denrées alimentaires, et d'autres changements ; en fin de compte, le roi dut céder sur certains points.
  • Politique étrangère : Charles III soutint parfois la révolte des colonies anglaises en Amérique du Nord ; ce soutien eut des répercussions et dans l'Amérique espagnole commença à émerger l'idée d'indépendance à l'instar des États-Unis.

Amérique espagnole au XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle fut une ère de prospérité relative pour l'Empire espagnol. En Amérique, les créoles (descendants d'Espagnols nés en Amérique) souffraient de discriminations. Les réformes des Bourbons visaient à organiser le territoire américain pour mieux le contrôler. Les principales mesures furent :

  • La création de nouvelles vice-royautés : la vice-royauté de Nouvelle-Grenade et la vice-royauté du Río de la Plata.
  • Le réexamen du monopole du commerce avec l'Amérique : des compagnies agréées furent créées (des sociétés commerciales ayant le droit exclusif de commercer un produit ou une région particulière). Carlos III ordonna cependant l'ouverture progressive du commerce avec l'Amérique à tous les ports relevant de la couronne.
  • Le travail missionnaire se développa dans certains territoires nord-américains ; l'action jésuite fut particulièrement remarquable avant leur expulsion.
  • La vie culturelle fut stimulée par la création d'universités, l'essor de l'imprimerie et de la presse, ainsi que par des expéditions scientifiques.

Art : le rococo

L'art rococo est né en France vers 1715 et s'est développé de façon spectaculaire en Allemagne, en Autriche, en Italie et, dans une moindre mesure, en Espagne.

  • Architecture. Caractérisée par une décoration abondante et un goût prononcé pour l'ornement intérieur. Exemples remarquables : certains palais allemands et autrichiens ; en Espagne, de belles décorations se trouvent dans quelques salons du Palais Royal et au Palais d'Aranjuez.
  • Peinture. Les thèmes galants et élégants sont représentés avec une prédominance de couleurs douces : pastels et aquarelles.
  • Sculpture. Les sculptures traitent de thèmes religieux et mythologiques, mais cherchent à exprimer grâce et finesse. Le sculpteur le plus important mentionné est Francisco Salzillo.

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