Classification et Analyse des Causes de Justification en Droit Pénal

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Classification des Causes de Justification

Cury, reconnaissant la difficulté de classer les causes de justification, propose la distinction suivante :

  • Catégories basées sur un manque d'intérêt : (Consentement de la victime et consentement présumé)
  • Catégories fondées sur le principe d'intérêt supérieur : (Parmi lesquelles il faut subdiviser)
    • Celles qui tendent à la préservation d'un droit (Auto-défense et état de nécessité).
    • Celles qui tendent à la performance d'un droit (Exercice légitime d'un droit, autorité, fonction ou position, respect d'une obligation).

1. Causes Basées sur l'Absence d'Intérêt

Le Consentement de la Victime

L'action est justifiée lorsqu'elle dirige une action typique, avec le consentement, explicite ou implicite, du titulaire de l'intérêt protégé par la règle, lorsque cet intérêt est assujetti à la disposition.

  • La loi ne l'a pas réglementé, mais c'est une cause de justification. Une interprétation minutieuse des types de la partie spéciale, se référant au caractère et à la nature du bien protégé, nous permet d'affirmer l'efficacité de cette preuve.
  • Il s'agit de la disponibilité du bien juridiquement protégé.
  • Le droit est disponible et le consentement est efficace, si l'intérêt de sa conservation appartient au seul titulaire.

Ne pas confondre avec les situations dans lesquelles le consentement supprime la typicité, comme dans les cas où l'absence de consentement fait partie de la structure typique (par exemple, le viol, la violation de domicile, la violation de correspondance, l'enlèvement).

  • Dans les cas précédents, le consentement est dit supprimer la typicité.
  • Le consentement doit être libre, conscient et capable.
  • Cette capacité n'est pas régie par des règles générales précises, mais on entend par capable de donner son consentement celui qui a la libre disposition du cadre juridique et connaît l'importance de l'autorisation accordée.
  • Le consentement peut être explicite ou implicite.
  • Nous devons distinguer le consentement de l'intéressé, qui justifie (supprime l'illégalité), du pardon de la victime, qui ne fait qu'éteindre la responsabilité pénale qui existe déjà.

2. Causes Fondées sur l'Intérêt Supérieur : La Préservation d'un Droit

2.1. La Légitime Défense (Auto-Défense)

La légitime défense justifie une action typique, raisonnablement nécessaire pour repousser ou prévenir une agression illégale, non provoquée par l'auteur, et dirigée contre sa personne, ses droits ou ceux d'un tiers.

Nature Juridique de la Légitime Défense

Bien que ce point ait été longtemps discuté, il est constant qu'il s'agit d'une cause de justification. Elle est basée sur l'incapacité du droit à empêcher toute atteinte illégale. C'est pourquoi la loi autorise l'individu à défendre ses intérêts ou ceux de tiers, y compris par la mise en œuvre d'une action typique.

Exigences de la Légitime Défense

La légitime défense est fondée sur l'existence de :

  • Une agression illégale.
  • La nécessité rationnelle des moyens employés pour la prévenir ou la repousser.
  • L'absence de provocation suffisante de la part du défenseur.
L'Agression Illégale (Violence Illégale)

L'agression illégale doit être :

  • Réelle.
  • Actuelle ou imminente.
  • Non provoquée par le défenseur.

L'agression illégale est une action illicite qui tend à blesser ou nuire à un bien juridiquement protégé.

  • Seuls les humains peuvent être auteurs d'une agression (le cas de la défense contre un animal relève de l'état de nécessité).
  • L'agression peut être dirigée contre une personne négligente ou non imputable (par exemple, un fou).
  • Il n'y a pas de légitime défense contre les attaques légitimes (par exemple, la police arrêtant l'auteur).
  • Il n'y a pas de légitime défense contre les actions de l'autorité dans le cadre de leurs fonctions spécifiques.
  • Légitime défense contre une arrestation injustifiée ou l'exécution d'une sentence injuste ? Cury répond oui, parce que l'autorité doit non seulement agir dans la sphère formelle, mais aussi dans le champ d'application matériel de ses pouvoirs.
  • L'attaque doit être réelle, c'est-à-dire qu'elle ne peut être apparente (légitime défense putative).
  • Si l'auteur se défend contre une agression imaginaire ou apparente, il n'y aura pas de légitime défense, mais il peut y avoir une erreur d'interdiction, qui élimine la culpabilité.
  • L'attaque doit être actuelle ou imminente ; une réaction défensive face à des menaces lointaines n'est pas prise en charge (il y a la possibilité d'exercer un pouvoir de police préventive).
  • Il n'y a pas de légitime défense lorsque l'agression a atteint son objectif, blessant ou mettant en danger le bien juridique défendu. Dans cette situation, la réaction se transforme en vengeance ou en justice privée, qui ne sont pas autorisées par la loi (les pouvoirs de sanction ne sont pas délégués).
  • L'attaque ne doit pas être causée par le défenseur. (Production d'une humeur propice à l'attaque).
  • Toute provocation n'exclut pas la légitime défense ; elle nécessite une provocation suffisante, c'est-à-dire proportionnée à la gravité de l'agression.
  • Il n'est pas nécessaire que l'attaque soit sévère ; il est également possible de se défendre contre des attaques sans importance, à condition que la réaction soit raisonnablement nécessaire pour prévenir ou repousser.
  • Il n'est pas exigé que l'agression soit typique, il suffit qu'elle soit illégale.
  • Il y aura auto-défense quelle que soit la nature du droit attaqué ; la justification n'est pas limitée aux cas où l'on défend l'intégrité physique et la vie.
  • En général, il est admis que l'individu a le droit de défendre des intérêts juridiques privés ou appartenant à l'État.
La Réaction de Défense

Face à une agression illégale, la réaction défensive doit être rationnellement nécessaire pour être justifiée.

  • La nécessité rationnelle des moyens employés pour prévenir ou repousser peut suggérer l'idée d'équilibre instrumental, mais ce n'est pas l'interprétation correcte.
  • La nécessité rationnelle s'applique non seulement aux instruments utilisés pour réagir à l'attaque, mais à l'ensemble de la réaction.
  • Il est possible que, dans des cas particuliers, des moyens qui seraient excessifs dans des circonstances ordinaires soient justifiés (par exemple, un vieil homme chétif attaqué à coups de poing par un jeune homme en bonne forme physique peut avoir recours à une arme à feu).
  • La nécessité n'est pas mathématique ; elle doit être jugée au cas par cas.
  • La réaction est nécessaire si le sujet ne disposait d'aucun autre moyen moins agressif pour se défendre avec succès dans les circonstances.
  • Pour déterminer le caractère rationnel, seule la situation objective et réelle doit être prise en compte.
  • Il faut exclure les états altérés de l'esprit de l'offensé et les situations imaginaires.
  • Si, en conséquence de situations imaginaires ou d'une perturbation de l'humeur, la nécessité rationnelle de la réaction disparaît, le comportement n'est pas justifié et constitue un excès de défense.
  • L'excès de défense peut conduire à l'exclusion de la culpabilité ou à l'atténuation de la faute.
  • La légitime défense n'est pas subsidiaire (contrairement à l'état de nécessité) ; la victime n'est pas obligée d'attendre une autre manière de réagir, ni forcée de fuir.
  • L'atteinte aux droits de tiers causée par la réaction de défense n'est pas couverte par l'auto-défense.
  • Dans certains cas, cela peut être dû à une erreur de base, où il peut exister une erreur de type.
  • Dans d'autres cas, cela peut être un état de nécessité.
Classification de la Légitime Défense

La loi distingue entre :

  1. La légitime défense personnelle (Art. 10 N° 4).
  2. La légitime défense des proches (Art. 10 N° 5).
  3. La légitime défense des tiers étrangers (Art. 10 N° 6).
  4. La légitime défense privilégiée (Art. 10 N° 6, alinéa final).
La Légitime Défense Personnelle

Les exigences sont :

  1. L'existence d'une agression illégale.
  2. La nécessité rationnelle des moyens employés pour prévenir ou repousser.
  3. L'absence de provocation suffisante de la part de celui qui se défend.
La Défense des Proches (Famille)

Les deux premières exigences de la légitime défense personnelle sont identiques.

  • L'exigence de l'absence de provocation suffisante est liée à l'attaqué et non à la personne qui défend.
  • Il peut y avoir provocation de la part du proche, mais le défenseur ne doit pas y avoir participé.
  • Le terme inclut les parents par le sang (jusqu'au 4e degré) et les alliés (jusqu'au 2e degré), ainsi que le conjoint.
  • Il n'inclut pas le partenaire, ce qui est contradictoire avec la modification de l'Art. 390 de la Loi N° 20.066 sur la violence familiale, qui l'inclut comme sujet d'un parricide.
La Défense Légitime de Tiers Étrangers

Les exigences sont les mêmes que celles vues précédemment, mais une condition supplémentaire, débattue et critiquée par la doctrine, est ajoutée :

  • Que l'acte de défense ne soit pas motivé par la vengeance, le ressentiment ou tout autre motif illégitime.
La Légitime Défense Privilégiée

La nature de cette cause est controversée.

Les modifications de l'Art. 40 de la Loi N° 11.625 de 1954 prévoyaient que les trois exigences de la légitime défense étaient présumées réunies si l'acte était commis pour repousser l'escalade ou le bris de clôtures, de murs ou l'entrée dans une maison, un appartement ou une unité habitée pendant la nuit, ou pour empêcher la consommation d'un vol avec violence ou intimidation, quels que soient les dommages causés à l'agresseur.

  • Pour Novoa, l'expression signifie simplement qu'il s'agissait d'une présomption légale de concours des circonstances de légitime défense.
  • Pour Etcheberry, c'est une présomption de droit.
  • Pour Cury, c'est une présomption de droit, mais seulement sur la rationalité des moyens employés.

La Loi 19.164 modifiée en 1992 étend l'auto-défense à l'intérieur, couvrant toutes les hypothèses de ce motif de justification et non seulement la légitime défense comme auparavant. Dans sa formulation actuelle, elle a tranché la discussion précédente en indiquant expressément qu'il s'agit d'une présomption légale. Cela introduit une clarté qui n'existait pas auparavant.

  • Elle étend le champ des crimes pour lesquels l'auto-défense est applicable (maintenant, en plus du vol dans un lieu non habité ou non affecté à l'habitation, l'enlèvement, le rapt, le viol, l'homicide involontaire et qualifié).
  • Elle maintient la présomption de ne pas exiger de proportionnalité quant au préjudice causé à l'agresseur.
  • Elle étend la portée spatiale et temporelle du privilège, que la doctrine considère comme excessive (Bullemore et MacKinnon).
  • La longue liste des crimes qui la rendent appropriée est également remise en question.

2.2. L'État de Nécessité

C'est la situation de danger pour un droit qui ne peut être sauvé que par le sacrifice d'un autre droit légal (SOLER). La base de ce motif de justification est considérée comme similaire à la légitime défense en ce que la causalité est à la fois menacée et légale.

La différence avec la légitime défense est que l'état de nécessité tend à protéger les intérêts juridiques de la plus grande valeur, ce qui n'est possible que s'il existe d'autres intérêts qui répondent aux mêmes fins.

  • L'état de nécessité est subsidiaire et non principal, en ce sens que le sujet est obligé de choisir, parmi les moyens possibles, le moins nocif.
  • Concernant l'élément subjectif, il doit toujours être présent, car les motifs de justification doivent comporter deux éléments (objectif et subjectif).
  • Concernant les biens défendus, la loi stipule que seuls les biens peuvent être sacrifiés (y compris le caractère sacré du domicile).
  • En outre, la loi exige que le préjudice causé soit inférieur à celui évité, de sorte que seuls les droits légaux de plus grande valeur que le bien sacrifié sont sauvés.
Classification de l'État de Nécessité
  • Si les biens juridiques en cause sont de même hiérarchie, mais que le bien sacrifié est différent de la propriété, il ne peut s'agir que d'un état de nécessité EXCULPANT (collision de droits).
  • S'ils sont de valeurs différentes et que le droit sacrifié est de valeur inférieure, il y a un état de nécessité JUSTIFIANT (conflit d'intérêts).
Exigences de l'État de Nécessité

Les exigences sont les suivantes :

  1. La réalité ou le danger imminent du mal que l'on cherche à éviter.
  2. Le mal qui menace est plus grand que celui causé pour l'éviter.
  3. Ne pas disposer d'autres moyens pratiques et moins nocifs pour prévenir le mal.
Réalité ou Danger Imminent du Mal

Le danger désigne tout acte qui constitue un mal imminent, sans être limité aux seules actions humaines comme dans la légitime défense.

  • Le mal est le danger ou la blessure d'un droit légal, qu'il soit détruit ou endommagé.
  • Dans notre droit, la menace ne peut concerner que la propriété.
  • Si le mal à craindre n'est pas réel, mais apparent, on est face à un état de nécessité putatif. Solution : Comme dans le cas de la légitime défense putative, il pourrait y avoir erreur sur l'illégalité (erreur d'interdiction).
  • Le mal doit être actuel (en cours) ou imminent (qui se produira dans un avenir proche ou immédiat).
  • Le mal doit être illégitime (il n'y a aucune obligation de le supporter).
Le Mal Évité Doit Être Majeur

Il s'agit d'un critère fixé par le législateur : il faut des intérêts juridiques de valeurs différentes et sacrifier celui de valeur inférieure pour sauver celui de valeur supérieure.

Pour évaluer la valeur des biens juridiques, la thèse qui prévaut est d'appliquer des critères généraux, mais concrets.

Zaffaroni indique les critères suivants :

  • La hiérarchie au sein du système juridique en général.
  • L'intensité du mal à éviter et de celui qui sera causé.
  • Le degré de danger imminent.
  • Diverses circonstances personnelles.
Absence d'Autre Moyen Pratique et Moins Dommageable

C'est pourquoi l'état de nécessité est subsidiaire, contrairement à la légitime défense.

  • Le sujet est obligé de choisir un moyen particulier : celui qui est pratique et le moins nocif.
  • En matière de responsabilité civile pour les dommages, la doctrine majoritaire rejette cette possibilité car il s'agit d'un acte licite.
Cas de Jurisprudence
  • Vols par nécessité (faim) : La jurisprudence nie en général qu'il existe une preuve de nécessité (et peut-être de force irrésistible).
  • Affaire du bon juge en France : État de nécessité justifiant.
  • Jugement Rafael Retamal à Parral en 1948 : Nécessité exculpante.
  • Affaire des rugbymen uruguayens dans les Andes : État de nécessité exculpant.

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