La Constitution de Cadix de 1812 : Fondements et Héritage
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La Constitution de 1812 : Un Texte Fondateur
La Constitution de 1812 est un texte de nature juridique abordant des thèmes historiques, politiques et juridiques. Lancée le 19 mars 1812 dans la ville de Cadix, elle émane du parlement espagnol installé dans cette ville depuis 1810. Le bénéficiaire est la nation espagnole tout entière. C'est la première constitution de notre pays. Une constitution est le texte juridique de base de tout État libéral. Elle établit le cadre qui régira l'État, mettant l'accent sur ses normes de fonctionnement minimum, et sert de point de départ pour toutes les autres lois.
La Souveraineté Nationale
Les articles 1, 2 et 3 indiquent que la nation espagnole (se référant aux territoires des deux hémisphères, y compris l'Amérique) est le sujet de la souveraineté. Autrement dit, la Constitution de Cadix établit le principe de la souveraineté nationale. Cela signifie que le pouvoir réside dans la nation, qui l'accorde librement aux gouvernants. La souveraineté est l'autorité suprême de la puissance publique. La question de sa résidence a été l'une des clés de l'histoire contemporaine de l'Espagne.
Évolution de la Souveraineté
Au cours des XVIe et XVIIe siècles, la souveraineté résidait dans le monarque, qui détenait, en termes absolus, tous les pouvoirs en sa personne. Lorsque le libéralisme trouve son chemin aux Cortès de Cadix, deux positions distinctes émergent parmi les députés libéraux : la souveraineté nationale et la souveraineté partagée.
- Les partisans de la souveraineté nationale croient que le pouvoir réside dans la nation, c'est-à-dire tous les citoyens sans distinction d'états, et s'exprime à travers les Cortès, composées de leurs représentants.
- Pour les partisans de la souveraineté partagée, celle-ci réside dans la conjonction du Parlement avec le roi.
Il est clair que c'est la première position qui a été victorieuse dans le texte constitutionnel.
Séparation des Pouvoirs et Suffrage
Les articles 15, 16 et 17 traitent des relations entre les différents pouvoirs. Le principe de la séparation des pouvoirs, établi par Montesquieu au XVIIIe siècle, se réfère à l'indépendance des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) et au contrôle que chacun exerce sur les deux autres, afin qu'aucun ne puisse s'imposer aux autres, assurant ainsi l'auto-limitation et empêchant la tyrannie.
Les articles 27, 34 et 92 se réfèrent au suffrage universel indirect et aux conditions requises pour être élu aux Cortès. L'article 142 fait référence aux pouvoirs spéciaux du roi, notamment le droit d'opposer son veto à deux reprises.
Droits Fondamentaux et Religion
Les articles 4, 8, 303, 366 et 371 listent et garantissent les droits fondamentaux : droit à la propriété, suppression des privilèges dans le paiement des impôts, disparition de la torture, droit à l'éducation, et droit à la liberté de la presse et d'opinion.
Enfin, l'article 12 mentionne l'Église catholique comme religion confessionnelle de l'État espagnol. Il s'agit d'une concession faite aux absolutistes présents dans les Cortès de Cadix.
Contexte Historique et Portée
Le contexte historique de la préparation de la Constitution de 1812 est celui des Cortès de Cadix. La Junta Central Suprême, qui avait repris le pouvoir sur les Français en 1808, lui a cédé sa place et a convoqué les Cortès de Cadix, seul refuge face à l'occupation française.
Débats et Rédaction
Le premier débat a porté sur la nature que devaient avoir ces assemblées : un régime de type ancien ou des Cortès libérales. L'atmosphère bourgeoise de la ville de Cadix a favorisé le succès du second choix dès la première session des Cortès. Un autre point fort de cette première journée fut l'adoption du principe de la souveraineté nationale. Dès mars 1811, un comité fut chargé de rédiger la constitution. Le résultat est un texte long, comportant 384 articles répartis en 10 titres, dont le caractère fut affecté par la situation de guerre et les divergences entre absolutistes et libéraux.
En outre, la Constitution comprenait des aspects concernant l'organisation de l'armée, la création d'une milice, et le découpage territorial en provinces.
Héritage Symbolique
La tâche législative des Cortès de Cadix s'est limitée à la rédaction de la Constitution et à l'adoption d'une série de décrets impliquant le démantèlement de l'Ancien Régime dans le pays. Ses effets pratiques ne furent pas immédiats, puisque Ferdinand VII annula toutes les lois votées par elles, mais sa valeur symbolique fut immense. La Constitution de Cadix, bien que sans précédent, est devenue une référence pour tous les mouvements constitutionnels en Espagne au cours du XIXe siècle.
Pour ceux qui sont nés sous le gouvernement modéré (1845), elle fut un cadre trop libéral ; pour ceux qui adhéraient aux progressistes (1837), un modèle de démocratie ; et pour ceux de 1869, un point de départ.
En conclusion, la Constitution de 1812 marque le début du constitutionnalisme espagnol et fut le bélier qui démolit les fondements de l'Ancien Régime en Espagne.