Criminologie Théorique : Facteurs de l'Action Criminelle

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Définition de la Criminologie Théorique

La criminologie théorique est une branche de la criminologie qui a pour objet l’explication de l’action criminelle ou l’étude des facteurs et des processus de l’action criminelle. On parle parfois de l’étiologie criminelle (étiologie : science des causes).

Les Facteurs Externes de la Criminalité

Les facteurs externes constituent l’ensemble des éléments extérieurs à l’individu qui influencent la constitution de sa personnalité et orientent son comportement.

Il faut noter que les facteurs externes ou environnementaux ne sont pas identiques pour toutes les personnes, mais diffèrent selon la relation qui unit chaque individu aux conditions extérieures et le degré de leur influence. De même, les facteurs externes au cours d’une période de temps déterminée et dans un pays donné peuvent être différents. Il est difficile de donner une explication générale du phénomène criminel identique à tous les pays et valable pour toutes les époques. C’est ce qui fait alors la relativité des facteurs externes de la criminalité. En effet, pour construire une théorie explicative générale, il faut utiliser les données empruntées à des échantillons représentatifs de diverses sociétés.

Quoiqu’il en soit, les auteurs s’accordent sur certains facteurs qui existent dans la majorité des sociétés et qui jouent un rôle significatif dans le comportement criminel. On peut classer ces facteurs en deux catégories :

  • Facteurs structurels
  • Facteurs culturels

Par facteurs structurels, il faut entendre ceux qui déterminent le cadre premier de la criminalité que l’on étudie. On dénombre ici les facteurs géographiques, économiques, démographiques et politiques. Les facteurs culturels sont quant à eux liés à l’éducation, à la famille, à la culture, etc.

Facteurs Structurels

A. Les Facteurs Géographiques

Parmi les facteurs géographiques, il est commode de distinguer les facteurs du milieu physique et les facteurs écologiques.

Les Facteurs du Milieu Physique

La situation géographique et le climat ont-ils une influence sur la criminalité ? Pour répondre à cette question, une étude géographique de la criminalité a été entreprise par Guerry et Quetelet, selon lesquels il existerait une variation de la criminalité dans le temps et dans l’espace.

Les Variations dans le Temps

Cela signifie que la criminalité varie selon les saisons :

  • En hiver, certaines infractions se multiplient (ex. : vols qualifiés liés à la longueur des nuits et à la multiplication des besoins).
  • En été, les infractions contre les personnes se multiplient.
Les Variations dans l'Espace

Quetelet a établi une loi thermique de la criminalité selon laquelle les crimes contre les personnes prédominent dans les pays chauds et les crimes contre les biens prédomineraient dans les pays froids.

Appréciation Climat et Criminalité

Certains criminologues ont considéré qu’il existe une relation directe entre le phénomène criminel et le degré de température d’un côté, de même qu'entre la longueur de la nuit ou de la journée de l’autre côté. Cependant, cette théorie a reçu un certain nombre de critiques.

Les Facteurs d’Ordre Écologique

Se pose la question suivante : Existe-t-il une corrélation entre les phénomènes de l’exode rural ou de l’urbanisation et l’organisation de la criminalité générale ? La croissance de la population urbaine est-elle un facteur de criminalité ?

C’est une idée banale selon laquelle la criminalité est plus élevée dans les villes que dans les campagnes et que la criminalité urbaine a une orientation différente de celle de la criminalité rurale. La question qui se pose est de savoir pourquoi et comment.

Explications de la Variation Urbaine/Rurale

L’explication de cette variation peut résider dans les différences de vie entre la ville et la campagne. D'autres explications incluent :

  • La théorie des aires de délinquance de McKay et de Shaw, selon laquelle il existerait des zones de détérioration matérielle et socio-morale qui constitueraient des sortes de réservoirs remplis de délinquants.
  • La densité de la population dans les villes, qui rendrait les individus plus agressifs parce qu’ils ne disposeraient pas de l’espace ou du territoire nécessaires à leur épanouissement.
Analyse Qualitative

L’analyse traditionnelle de la structure des criminalités urbaine et rurale comparées selon les infractions a conduit à dessiner un modèle de la criminalité rurale liée aux conditions particulières de la vie à la campagne : prédominance des délits sexuels, des empoisonnements et des incendies volontaires en particulier. En schématisant, cette analyse traditionnelle expliquait que la criminalité violente et musclée prédominerait dans les régions rurales et la délinquance acquisitive et astucieuse prédominerait dans les villes. Aujourd’hui, la transformation des conditions de la vie à la campagne, surtout dans les pays occidentaux, rend cette opposition entre la criminalité rurale et la criminalité urbaine de plus en plus inexacte.

B. Les Facteurs Économiques

La relation entre les conditions économiques et la criminalité suscite beaucoup de problématiques. Les marxistes considèrent que la criminalité résulte uniquement du facteur économique, notamment lié au régime capitaliste. Cette relation entre la criminalité et le système économique est envisagée de manière différente en criminologie contemporaine : l’évolution profonde de l’économie des pays à système capitaliste et les progrès considérables de la science économique ont conduit à approcher le problème par d’autres biais, en étudiant notamment les rapports de la croissance économique et la criminalité ainsi que ceux des crises économiques et la criminalité. L’influence des facteurs économiques serait ainsi variable selon la constance et les fluctuations économiques.

Constance de l’Évolution Économique et Criminalité

La criminalité diffère selon le degré plus ou moins élevé de la croissance économique. Le passage d’une production agricole à une production industrielle ou le développement considérable de cette dernière, notamment en Europe, a entraîné une hausse du niveau de vie général des citoyens. À cet égard, on aboutit à cette constatation paradoxale : lorsque le niveau de vie s’améliore grâce au développement de l’activité économique, la délinquance, notamment contre les biens, augmente parallèlement. Il est évident que la délinquance acquisitive se rencontre dans les zones où le niveau de vie est satisfaisant. Le fait de vivre dans un milieu où le niveau de vie est correct, contrairement à son propre niveau de vie insatisfaisant, constitue un stimulus supplémentaire à la criminalité.

Fluctuations Économiques et Criminalité

Les balancements de l’économie influent directement sur la criminalité. Lorsque ces fluctuations se traduisent par des phases de prospérité, elles peuvent déboucher sur la délinquance d’affaires. Cependant, ces fluctuations peuvent également se concrétiser par des crises, dont il est intéressant d’étudier l’impact sur la criminalité.

C. Les Facteurs Démographiques

L’étude des relations entre les aspects démographiques et la violence soulève la question de savoir s’il existe une corrélation entre les variations démographiques et les variations de la délinquance. Deux séries d’observations résultent des études criminologiques, notamment :

  • Le rapport entre l’immigration et l’évolution de la criminalité.

Des études étrangères, notamment provenant des États-Unis, ont montré qu’il y a peu de différences dans la délinquance des immigrés définitifs et des autochtones. À l’inverse, elles ont montré qu’il y a des différences entre les immigrants temporaires et les natifs d’un pays.

D. Les Facteurs Politiques

Les facteurs politiques qui influencent les variations de la criminalité sont relatifs, d’une part, à la politique intérieure et extérieure, et d’autre part, à la politique pénale et de prévention sociale.

Politique Intérieure et Extérieure

Ici, la question qui se pose est la suivante : y a-t-il une corrélation entre les variations de la criminalité et la survenance d’événements extérieurs ou intérieurs ? Par facteurs de politique extérieure, il faut entendre le cas de la guerre, et ceux de politique intérieure se résument dans la révolution.

Guerre et Criminalité

Ferri soutenait qu’en période de guerre, la criminalité atteint son taux de sursaturation. Au début des hostilités, il n’y a pas immédiatement augmentation ; on constate même un abaissement du taux de la criminalité, expliqué par :

  • Le sentiment de solidarité.
  • L’afflux d’offres d’emploi à salaire élevé dans l’industrie de l’armement.
  • La mobilisation des délinquants.
Révolution et Criminalité

Les révolutions, en tant que mouvements sociaux importants, s’accompagnent souvent d’une recrudescence de la criminalité en raison de la désorganisation sociale qu’elles entraînent. Les études menées en France sur les révolutions au cours des XVIIIe et XIXe siècles concluent à une augmentation de la délinquance en général.

Politique Criminelle et Criminalité

La politique criminelle est l’ensemble des procédés employés par l’État pour lutter contre la délinquance. Elle peut recourir au mode répressif comme au mode préventif.

Les Facteurs Culturels

Existe-t-il des facteurs culturels capables d’influencer la délinquance ? Pour appréhender cette étude, nous allons successivement étudier le facteur éducatif, le facteur familial, le facteur médiatique et le facteur religieux.

Facteur Éducatif et Criminalité

Une question longuement débattue fut celle de savoir si la criminalité est influencée quantitativement et qualitativement par le développement de l’instruction. Au XIXe siècle, on croyait volontiers que l’analphabétisme était un facteur important de la criminalité, et Victor Hugo avait résumé cette opinion dans sa phrase célèbre : « Ouvrez une école, vous fermerez une prison. »

Lombroso a effectué une comparaison du nombre des écoliers par 100 habitants et de celui des homicides et des vols par 100 000 habitants dans différents pays de l’Europe aux alentours de 1895. Il en a conclu que les homicides diminuent avec l’accroissement des écoliers et que les vols suivent une marche inverse.

Facteur Familial et Criminalité

Il est incontestable que la famille joue un rôle dans la construction de la personnalité de l’individu ainsi que dans l’orientation de son comportement, la famille étant le premier environnement de tout individu et son influence étant certaine. Le facteur familial, plus précisément la dissociation familiale ou le mauvais traitement des parents à l’égard des enfants, joue un rôle surtout dans l’étiologie de la délinquance juvénile.

Facteur Médiatique et Criminalité

Le problème des médias, aussi bien traditionnels (presse, radio, télévision, cinéma) que modernes (Internet), concerne incontestablement la criminologie. Les médias sont l’ensemble des techniques qui permettent la diffusion à grande échelle d’informations, d’opinions, de messages, etc. Il s’agit de la presse, de la littérature, du cinéma, de la radio, de la télévision, ainsi qu’Internet et les téléphones portables. La question qui se pose est de savoir s’il existe une corrélation entre ces moyens de communication et la criminalité.

En réponse à la question, Lombroso avait stigmatisé la presse, notamment en écrivant : « Ces excitations morbides sont maintenant centuplées par l’accroissement prodigieux de ces journaux vraiment criminels qui trempent leur plume dans la pourriture la plus fétide des plaies sociales et, dans le seul objectif de gain, excitent les appétits malsains et la plus malsaine curiosité des basses classes sociales… »

La Religion et la Criminalité

Les relations entre la religion et la criminalité ont été étudiées par les premiers criminologues (Tarde, Garofalo, Ferri, Lombroso) qui ont exprimé sur ce sujet des opinions diverses, reflétant moins la réalité objective que leurs conceptions personnelles. Aujourd’hui, les données avancées ne permettent pas d’éclairer le débat. Elles portent souvent sur des comparaisons de l’importance et de la spécificité de la criminalité suivant les religions.

Facteurs Internes ou Endogènes

Les facteurs internes ou endogènes sont relatifs à l’individu du point de vue de sa construction biologique (âge, sexe) ainsi que de certaines données héréditaires. La question est de savoir si ces facteurs ont un rôle dans la constitution de la personnalité de l’individu et dans la commission des infractions.

L’Âge et la Criminalité

L’importance de la criminalité et sa nature varient selon l’âge. Cela est dû à la différence de l’effet des facteurs personnels et sociaux sur l’individu selon son âge, ainsi qu’à la différence des infractions commises selon une période de vie déterminée. Non seulement le volume, mais également la structure de la criminalité peut varier selon l’âge. Les statistiques criminelles montrent que le taux de la délinquance juvénile est plus important que celui de la délinquance en fin de vie.

Le Sexe et la Criminalité

La relation entre le sexe et la criminalité a suscité un grand intérêt chez les criminologues, notamment à partir de la fin des années 60 avec le mouvement de libération de la femme. Le problème essentiel était celui de la criminalité féminine. Pour appréhender la relation entre le sexe et la criminalité, il convient de se poser la question des différences de volume et de structure entre la criminalité masculine et la criminalité féminine.

L’Hérédité et la Criminalité

Lombroso et ses disciples avaient conclu à l’existence d’une disposition héréditaire à la criminalité. Les supports de cette transmission héréditaire sont les gènes, éléments du chromosome disposés en série linéaire sur toute la longueur de celui-ci. Il y aurait ainsi une transmission de certains comportements délictueux d’une génération à une autre.

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