La Crise de 1898 et la Fin de l'Empire Colonial Espagnol
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La Crise de 1898 et la Fin de l'Empire Espagnol
Le Contexte Historique et la Paix de Zanjón
Peu de temps après la chute d'Isabelle II, en octobre 1868, le « Grito de Yara » marque le début de la « Guerre de Dix Ans » à Cuba. Sous le règne d'Alphonse XII, après la défaite des carlistes, le régime s'efforce de résoudre la question cubaine. Cela aboutit à la Paix de Zanjón (1878), par laquelle le général Martínez Campos accorda une amnistie et promit une autonomie gouvernementale qui ne se concrétisa jamais.
Le Parti Libéral Cubain, composé d'indigènes luttant pour l'autonomie, fut alors formé. En 1893, le projet d'autonomie pour Cuba proposé par Maura fut rejeté, les conservateurs restant partisans du centralisme. Des positions plus radicales émergèrent, notamment avec le Parti Révolutionnaire Cubain de José Martí, qui prônait l'indépendance totale de l'île.
Le Conflit Armé et l'Intervention Américaine
En 1895, alors qu'un statut d'autonomie venait d'être approuvé à la hâte, le « Grito de Baire » déclencha la guerre. Le général Martínez Campos fut de nouveau envoyé sur place, mais il dut faire face à des conditions de combat difficiles (maladies, pénuries alimentaires) et au harcèlement constant des tactiques de guérilla.
Dès le début du conflit, les États-Unis soutiennent les rebelles, affichant clairement un intérêt commercial pour l'île. En 1897, le général Valeriano Weyler prit la direction des opérations. Il comprit rapidement qu'il ne pourrait contrôler l'île sans isoler les rebelles de la population civile. Weyler décida de diviser Cuba en compartiments étanches afin de neutraliser les insurgés zone par zone.
Pour empêcher tout soutien au soulèvement, les civils furent forcés de se déplacer vers des zones contrôlées par les Espagnols. Ces Cubains furent entassés dans des « camps de concentration » (reconcentración), entraînant une forte mortalité due aux épidémies et au manque de ravitaillement. Bien que Weyler ait ainsi obtenu un contrôle quasi total de l'île, l'intervention américaine changea la donne.
L'Escalade vers la Guerre Hispano-Américaine
Le président Cleveland avait proposé d'acheter l'île, mais son successeur, McKinley, plus agressif, décida d'expulser les Espagnols. Après l'assassinat de Cánovas en 1897, Sagasta prit le pouvoir. Désireux d'éviter l'intervention américaine, il accorda une pleine autonomie à Cuba. Cependant, les Cubains exigèrent le départ du détesté Weyler. Son remplaçant, le général Blanco, perdit en quelques semaines le contrôle acquis durant l'année précédente, affaiblissant la position espagnole.
En février 1898, le cuirassé USS Maine, arrivé au port de La Havane pour « protéger les intérêts commerciaux » américains, fut mystérieusement coulé. Les Américains imputèrent la responsabilité de l'explosion à l'Espagne, utilisant cet incident comme prétexte à la guerre. La presse déchaîna les passions : en Espagne, un « nationalisme irresponsable » entretenait la conviction d'une supériorité militaire, tandis qu'aux États-Unis, l'opinion réclamait vengeance.
Après le rejet d'une offre d'achat de 300 millions de dollars, les États-Unis lancèrent un ultimatum exigeant l'abandon de la souveraineté espagnole sur Cuba. La guerre fut officiellement déclarée le 20 avril.
Le Désastre Militaire et le Traité de Paris
Aux Philippines, la situation était également critique. Le général Polavieja avait réprimé des soulèvements et exécuté José Rizal, fondateur de la Ligue Philippine. Le 1er mai, la flotte espagnole fut détruite par la marine américaine lors du désastre de Cavite. Manille fut occupée le 14 août.
Parallèlement, la flotte de l'amiral Cervera, bloquée à Santiago de Cuba, fut anéantie en tentant une sortie désespérée. Ce succès permit aux Américains d'occuper Porto Rico en juillet. L'Espagne, isolée par sa « politique de repli » (neutralité), ne reçut aucun soutien international.
Vaincu, le gouvernement espagnol signa le Traité de Paris (10 décembre 1898). L'Espagne reconnut l'indépendance de Cuba et céda aux États-Unis les Philippines, Guam et Porto Rico. Le reste de l'empire colonial dans le Pacifique fut vendu à l'Allemagne l'année suivante.
Les Conséquences de la Catastrophe de 1898
- Réorientation diplomatique : La politique étrangère se tourna vers l'Afrique, une ligne qui se développera sous Alphonse XIII.
- Crise morale : Le pays fut plongé dans un profond pessimisme, l'ancienne gloire laissant place à un avenir incertain.
- Le Régénérationnisme : Les critiques contre la Restauration firent germer des idées de régénération. De nouvelles figures comme Joaquín Costa et Francisco Silvela émergèrent pour réformer le pays.
- Montée des nationalismes : La perte des colonies affecta durement l'économie, notamment en Catalogne, favorisant l'essor des mouvements nationalistes régionaux.