Cycle du sucre aux Canaries (1480–1550)
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Contexte et zones de culture
CYCLE DE SUCRE 1480-1550
Les zones privilégiées pour la mise en œuvre de la canne à sucre sont les altitudes inférieures à 500 m. C'est pourquoi Gran Canaria, Tenerife et La Palma gagnent en importance. Ces îles offrent des terres favorables à la culture en climat chaud et des régimes climatiques plutôt secs. Dans tous les cas, la culture de la canne à sucre permet de tirer parti des meilleures ressources du sol, de l'eau et des forêts. Les aménagements hydrauliques sont associés à cette première récolte et à l'exportation.
Économie de plantation et diffusion
On se trouve donc face à une économie de plantation : d'abord l'Atlantique agit comme laboratoire expérimental dans les îles Canaries, avant le transfert vers les enclaves africaines et les Indes. L'économie est une structure complexe qui impose des exigences aux investisseurs, parce que :
Principaux facteurs et contraintes
- Transferts d'expérience : L'expérience vient de l'incorporation par les Génois en Andalousie et à Madère.
- Investissements lourds : Les investissements nécessaires pour préparer le sol et construire des raffineries sont importants, notamment pour les canalisations et l'adduction d'eau.
- Problèmes de main-d'œuvre : Il y a une disponibilité insuffisante de main-d'œuvre en raison de la faible condition physique des esclaves indiens et des difficultés initiales à attirer des ouvriers et des manœuvres. Ainsi naît une option double : faire appel à une main-d'œuvre qualifiée (enseignants, laveurs, drainiers, cuisinières, meuniers, ...) et importer du travail pour les tâches pénibles (ouvriers, serviteurs, manœuvres, etc.).
- Origine des approvisionnements : La première catégorie de main-d'œuvre provient du sud de Madère et du Portugal ; la seconde provient des marchés d'esclaves sous contrôle portugais.
- Sensibilité aux prix : Tout changement dans le niveau des prix modifie en profondeur les équilibres et affecte la compétitivité sur les marchés étrangers.
- Nature de la demande : Le sucre est un produit nouveau dont la demande principale est concentrée parmi les familles nobles et la classe marchande. L'accès de la population au sucre est lent, inégal et très différent selon les catégories. On estime que la récolte (période comprise entre la culture et la transformation) atteindra un pic de production de 200 000 arrobas.
- Compétitivité croissante : La seconde moitié du siècle met en lumière les graves problèmes de compétitivité des prix.
La crise à partir de 1550
Depuis 1550, la crise se fait sentir dans le secteur du sucre des Canaries, à travers un processus en cascade :
- D'abord : la production de Madère ruine le marché méditerranéen.
- Puis : la production canarienne et les plantations africaines (São Tomé-et-Príncipe) sont soumises à de fortes tensions et à des crises en raison de la pression concurrentielle de Madère.
- Enfin : le prix moyen du sucre blanc des Canaries ne peut rivaliser avec la production antillaise (concurrence des West Indies). Il devient beaucoup moins coûteux d'exporter le sucre de Cuba ou du Brésil, où la main-d'œuvre est beaucoup moins chère. Cette rude concurrence épuise le cycle du sucre, tout en laissant une activité de production et d'exportation résiduelle à Gran Canaria et Tenerife, et des niveaux plus compétitifs à La Palma.
Conclusion : la dynamique du cycle du sucre (1480–1550) illustre la combinaison d'atouts géographiques et d'investissements lourds, mais aussi la vulnérabilité aux variations de prix et à la concurrence internationale qui, à partir du milieu du XVIe siècle, affaiblissent progressivement la filière dans les îles Canaries.