Le décret-loi (art. 86) : procédure, validité et conversion
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Décret-loi (art. 86)
Valeur normative de la loi émise par le gouvernement en cas d'urgence.
On ne peut recourir au décret-loi que s'il existe une «nécessité impérieuse et extraordinaire», conformément à la doctrine jurisprudentielle favorable.
La Cour constitutionnelle a admis la dérogation lorsque le «besoin extraordinaire» existe et que la compétence législative se trouve habituellement au Parlement. Si l'on considère que la situation est «urgente» et qu'elle doit être réglementée, il doit y avoir un contrôle dans un délai plus court : le Parlement peut alors approuver des décrets-lois.
Si un décret-loi est adopté alors que l'habilitation nécessaire n'a pas été accordée, il est nul.
Le pouvoir de légiférer par décret-loi est extraordinaire et est accordé par la Constitution. Le décret-loi produit un effet législatif provisoire et complet ; il est positif (il crée des droits et des obligations). Quant à sa disparition, deux théories sont traditionnellement évoquées :
- La première théorie considère que, dans certains cas, le décret abroge les règles antérieures incompatibles.
- La seconde théorie, plus protectrice des droits, estime que l'abrogation peut être suspendue dans l'hypothèse où le décret serait déclaré inconstitutionnel.
Questions que le décret-loi ne peut réglementer
Le décret-loi ne peut pas intervenir sur certaines matières :
- Il ne peut porter atteinte à l'organisation fondamentale des institutions de l'État.
- Les droits, libertés et devoirs figurant au Titre I de la Constitution espagnole ne peuvent être développés par décret-loi : le décret-loi ne peut pas entrer dans le détail ni réglementer la matière en général.
- Le système des communautés autonomes.
- Le droit électoral en général.
Dans le mois qui suit sa promulgation, le décret doit être envoyé au Congrès pour être validé ou rejeté. Le Congrès doit en débattre et voter. Si les députés sont en congé, il faut convoquer une session extraordinaire. Lorsque les députés sont absents ou en attente d'inscription, le Bureau permanent prendra acte. La discussion porte sur l'acceptation ou le rejet du décret dans son intégralité : les amendements ne sont pas recevables.
Validation du décret
Le Congrès décide s'il convient d'accorder au décret une valeur juridique définitive ou de le rejeter.
Il examine l'existence de la nécessité impérieuse et extraordinaire et vérifie si la réglementation est appropriée et proportionnée.
S'il est validé, le décret acquiert force de loi définitive et abroge, le cas échéant, toutes les dispositions de rang égal ou inférieur contraires.
Si le décret n'est pas validé, il cesse d'exister juridiquement.
Conversion en loi (art. 86.3)
La conversion est la transformation par laquelle le décret-loi devient une loi.
L'article 86.3 prévoit que, dans les trente jours suivant la promulgation, le décret peut être traité comme des projets de loi. Le terme «projet de loi» est approprié (les projets sont présentés par le gouvernement), et ils bénéficient d'un traitement prioritaire.
Le traitement s'effectue sur la base du décret validé : il ne s'agit pas toujours d'un remplacement intégral du texte par amendement, mais d'une adaptation partielle qui permet de lancer le débat en commission.
La Cour constitutionnelle a précisé que la loi approuvée remplace rétroactivement le décret-loi : non seulement elle le remplace dans le temps, mais elle confère à la validation un effet rétroactif à la date de l'entrée en vigueur du décret.
Ce caractère rétroactif peut permettre de remédier à certains vices du décret-loi (par exemple, défauts de motivation ou intervention sur matières réservées). Toutefois, la loi est une loi ordinaire : si le décret est intervenu sur une matière expressément réservée à la loi organique ou à une procédure différente, il restera inconstitutionnel pour cette matière.