Les Décrets de Nueva Planta : Réforme et Centralisation de l'Espagne Bourbonienne

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Les Décrets de la *Nueva Planta* : Réorganisation Territoriale et Droit Public

Les Décrets de la Nouvelle Planta (en abrégé DNP) constituent un ensemble de décrets qui ont profondément modifié l'organisation territoriale des royaumes hispaniques et le droit public. Ils ont aboli les royaumes de la Couronne d'Aragon, qui avaient combattu contre Philippe V d'Espagne lors de la Guerre de Succession, de la même manière que l'organisation territoriale des royaumes de la Couronne de Castille fut dissoute, révoquant les privilèges et les libertés de leurs municipalités. Officiellement, il s'agit d'une série d'arrêts royaux visant à établir la nouvelle structure de l'« Audience Royale des territoires de la Couronne d'Aragon et de Castille ». Ils sont précédés par une suppression des institutions antérieures.

Les Décrets de la *Nueva Planta* à la Couronne d'Aragon

Ils furent émis par Philippe V, après sa victoire dans la Guerre de Succession contre l'archiduc Charles, prétendant de la Maison d'Autriche. Ils imposèrent l'organisation politique et administrative de Castille sur les territoires de l'ancienne Couronne d'Aragon. Leur texte, loin d'être une mesure novatrice issue des articulations de la guerre, est l'évolution de projets antérieurs qui avaient échoué, comme ceux du Conde Duque de Olivares, en raison de la guerre de 1640. [1]

Presque tous les territoires de la Couronne d'Aragon avaient été partisans du prétendant Charles. Les décrets de *Nueva Planta* avaient pour but et pour effet de punir ceux qui s'étaient alignés contre le roi Felipe V, se référant au « droit de conquête » tel que cité dans le premier des décrets. Ils abolirent presque toutes les anciennes chartes propres aux royaumes et comtés de la Couronne d'Aragon (sauf dans le Val d'Aran) et accordèrent une nouvelle organisation politico-administrative fondée sur celle de Castille [1] pour tous les domaines, forçant l'utilisation du castillan comme langue officielle dans les établissements qui ne l'utilisaient pas, suivant le modèle centraliste de la monarchie absolutiste que les Français avaient adopté depuis le règne de François Ier.

À la suite d'un changement sur la scène politique internationale, Charles d'Autriche reçut l'empire suite à la mort de son frère et héritier Joseph. Les puissances européennes convinrent que Philippe V resterait sur le trône en échange d'une série de compensations territoriales, ce qui aboutit finalement à la liquidation des territoires européens de l'Empire hispanique, y compris Gibraltar.

Application par Décret

Parmi les avancées et les reculs de la guerre, furent promulgués le 29 juin 1707 les décrets pour l'Aragon et Valence, entraînant la suppression de tout [2] le système législatif et institutionnel des deux royaumes.

Le 3 avril 1711, un second décret fut publié, rétablissant une organisation nouvelle de l'usine d'Aragon à l'Audiencia de Saragosse. Dans le cas de l'Aragon, l'assimilation à Castille fut moins traumatisante, puisque la langue propre de l'Aragon fut remplacée par le castillan dans l'administration, grâce à l'influence des Trastamare qui occupaient le trône d'Aragon. [3]

Le troisième, concernant Majorque, fut publié le 28 novembre 1715, étant plus conciliant et le résultat d'une négociation plus poussée.

Le quatrième décret, qui ne toucha que la Catalogne, fut rendu le 9 octobre 1715, envoyé par décret royal daté du 16 janvier 1716.

Conséquences en Catalogne
  • Abolition du *Consell de Cent* et du Conseil.
  • Le vice-roi fut remplacé par un capitaine général, comme dans le reste des royaumes de la Couronne d'Aragon. La Catalogne fut divisée en douze *Corregidurías*, à l'image de Castille, et non selon les traditionnelles *vegueries*, bien que les *batlles* subsistassent.
  • Interdiction des *somatenes* (milices populaires de Catalogne).
  • Établissement d'un registre foncier pour les impôts sur les propriétés urbaines et rurales, ainsi que sur les bénéfices du travail, du commerce et de l'industrie.
  • De même, la langue officielle de l'administration cessa d'être le latin et fut remplacée par le castillan, rendu obligatoire dans les écoles et les tribunaux.
  • Fermeture des universités catalanes qui avaient soutenu l'archiduc Charles ; elles furent transférées à Cervera, qui était restée fidèle à Philippe V.

Le décret maintint le droit civil, pénal et de procédure, comme le Consulat de la Mer et la compétence qu'il exerçait. Il n'affecta pas le système politique et administratif de la Vallée d'Aran, tant qu'elle n'était pas incorporée dans l'une des nouvelles divisions en cantons de la Principauté de Catalogne.

En bref, à la suite des décrets, les anciens royaumes de la Couronne d'Aragon perdirent leurs institutions politiques et administratives, mais, à l'exception de Valence, ils maintinrent leur propre droit privé. Il y eut une adaptation totale aux lois de Castille ; ainsi, ils eurent un régime fiscal castillan, bien que les Catalans continuèrent de bénéficier de l'exemption de la conscription. [1] L'absolutisme fut introduit. Les Cortes furent dissoutes [1] et dans certaines villes, on obtint le droit d'assister aux Cortes de Castille, qui devinrent communes à toutes les juridictions, sauf pour la Navarre espagnole, qui maintint sa découpe royale jusqu'en 1841. En 1709, des représentants assistèrent aux Cortes d'Aragon et de Valence, et en 1724, des représentants de Catalogne y assistèrent également. [1] Les mécanismes d'élection des administrations municipales furent modifiés selon les normes de Castille. [1] Les grandes villes devinrent gouvernées par un maire, des conseils locaux et une règle [1], qui devint héréditaire en Aragon, de sorte qu'à la fin du XVIIIe siècle, presque tous les postes furent pourvus par des membres de la noblesse. [1] Les batailles locales qui aidaient les membres du Conseil étaient nommées chaque année par la Cour.

Les Décrets de la *Nueva Planta* dans la Couronne de Castille [4]

Des documents semblables, également connus sous le nom de décrets de *Nueva Planta*, [5] furent publiés pour le réaménagement de l'Audience Royale et de la Chancellerie Royale dans la Couronne de Castille et ses territoires, désormais organisés en provinces et en mairies, et les royaumes traditionnels disparurent à jamais. [6] Ces actes marquent une touche de grâce au système de polisinodie hispanique, [7] système de gouvernement de l'Espagne à l'époque des Rois Catholiques et basé sur le respect des traditions juridiques de chaque domaine de la Couronne, caractérisé par la création des Conseils, mais qui ne disparaîtra pas avant la Constitution de 1812.

Le 10 novembre 1713 fut publié l'arrêt royal sur la réforme du Conseil et de ses tribunaux, des chambres d'État de Castille, des Finances et des Porcs, et un autre semblable en 1714 s'appliqua au Conseil de Guerre. Suite à cette politique, le Conseil d'État fut privé de toutes ses fonctions au profit du Conseil de Castille, institution qui intégra également l'ex-Conseil d'Aragon, dans le décret d'Aragon. Avec ces décrets de *nueva planta*, ou nouvelle organisation, une réforme fut opérée au Conseil de Castille pour qu'il devienne l'organe suprême de la structure monarchique, agissant comme un conseil d'administration, tandis que les autres conseils (Guerre, des Indes, des Finances, de l'Inquisition) virent leurs fonctions très diminuées. Le Conseil de Castille perdit ainsi sa nature spécifique au territoire. [8]

Par arrêt royal du 4 août 1715, l'arrêt royal du 10 novembre 1713 sur le Trésor fut annulé. [9]

Le 9 juin 1715, il fut reconnu que la nueva planta avait causé de la confusion, ce qui entraîna la réinitialisation du modèle traditionnel du Conseil Royal et Suprême de Castille, qui conserva toujours le rôle central qu'il avait toujours eu dans le public. Le président, en tant que président de Castille, est le deuxième juge après le roi, préside le Parlement et le Conseil de l'Ordre, et, jusqu'à Charles III, la charge est à vie. [1]

Un des effets de la mise en œuvre du nouveau modèle sur la Couronne d'Aragon fut la suppression des tribunaux d'exception des royaumes de Navarre. Depuis lors, les représentants des royaumes de la Couronne d'Aragon se réunirent en une seule cour, commune à tous, sauf la Navarre espagnole. Les réunions tenues au XVIIIe siècle par le royaume étaient les Cortes générales, où seules les requêtes adressées au roi étaient faites, et où l'héritier du royaume prêtait serment. Les Cortes de droit disparurent et le droit fut créé uniquement par l'intermédiaire des arrêts royaux et des décrets, les pragmatiques disparaissant progressivement.

Pour les royaumes de Castille, ces lois entraînèrent l'annulation des particularités individuelles [10] et des privilèges et libertés des communes, et la conversion du castillan en *corpus* doctrinal de droit commun à tous les territoires de la Couronne, à l'exception de la Navarre, qui conserva ses privilèges découlant de son statut impérial avant 1841. Le *privilège étranger* disparut avec le décret imposé en Aragon, qui empêchait, par exemple, qu'un Castillan occupe une position en Aragon, ou un Aragonais en Castille.

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