Déterminants de la mobilité sociale en France

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Quels sont les déterminants de la mobilité sociale en France ?

Si l’égalité des droits est pour l’essentiel acquise dans les sociétés démocratiques, il subsiste des inégalités de situations économiques et sociales qui ne sont compatibles avec l’idéal égalitaire que s’il y a égalité des chances.

Cette égalité des chances est, par ailleurs, nécessaire à l’efficacité de l’économie de marché : les individus ne donnent le meilleur d’eux‑mêmes dans leurs activités économiques que si la concurrence entre eux n’est pas faussée par leurs origines sociales.

L’égalité des chances est donc nécessaire tant d’un point de vue social que d’un point de vue économique : les individus doivent pouvoir ne pas occuper la même position sociale que leurs parents ; autrement dit, il doit y avoir de la mobilité sociale.

Comment les sociétés démocratiques donnent‑elles aux individus des chances d’accès aux différentes positions sociales indépendantes de leurs origines sociales ? Autrement dit, quels sont les déterminants de la mobilité sociale ?

Si une part importante de la mobilité sociale s’explique par l’évolution de la structure sociale (I), l’école doit favoriser la mobilité sociale (II), mais son action est limitée par le rôle de la famille (III).

I. Mobilité liée à l'évolution de la structure sociale

Une part de la mobilité sociale s’explique par l’évolution de la structure sociale entre la génération des pères et celle des fils.

A) Une mobilité structurelle ascendante

La part de certaines catégories sociales a diminué entre la génération des pères et celle des fils (doc. 2). Ainsi, les agriculteurs, qui représentaient 18 % des emplois en 1962, n’en représentent plus que 2 ou 3 % en 2007. Sur la même période, la part des ACCE est passée de 10 à 5 % et celle des ouvriers de 40 à moins de 30 %. Une part importante des fils issus de ces catégories se trouve donc forcément dans une CSP différente de celle de leurs pères. Ainsi (document 1), sur 100 fils d’agriculteurs, seuls 36 étaient devenus agriculteurs en 1977 et 22 en 2003.

De même, alors que sur 100 fils d’ouvriers, 60 étaient devenus ouvriers en 1977, seuls 46 le sont devenus en 2003.

À l’inverse, la part des CPIS, passant de 2 à 12 %, et celle des PI, passant de 10 à 20 %, ont augmenté entre la génération des pères et celle des fils. Une part des membres de ces catégories a donc forcément été recrutée parmi des fils issus d’autres catégories. Ainsi, par exemple, en 2003, 10 fils d’ouvriers sur 100 étaient devenus cadres, contre seulement 4 sur 100 en 1977 (doc. 1).

Cette part de la mobilité sociale, qui est due à la transformation de la structure sociale, s’appelle la mobilité structurelle ou mobilité forcée.

Les catégories dont la part a augmenté sont situées plus haut dans la hiérarchie sociale que celles dont la part a diminué. Les fils ont donc plus de chances que leurs pères d’être CPIS ou membres des PI et moins de chances que leurs pères d’être agriculteurs, ouvriers ou ACCE. La mobilité structurelle est donc globalement ascendante.

La mobilité structurelle ne vient pas de la fluidité de la société, c’est‑à‑dire de l’égalité des chances. En effet, grâce à l’évolution de la structure sociale, les fils d’ouvriers ont plus de chances que leurs pères de devenir CPIS ou membres des PI et moins de chances de devenir ouvriers ; mais il en est de même pour les fils de cadres.

B) Mais aussi : le déclassement social

Les tables de mobilité ne permettent pas de faire ressortir toutes les conséquences de l’évolution de la structure de la population active.

Il y a certes plus de CPIS et de membres des PI parmi les fils que parmi les pères, mais il y a également plus de chômage et d’emplois précaires. Or les fils devenus chômeurs n’apparaissent pas dans les tables de mobilité. Quant aux emplois précaires, ils sont inclus sans distinction dans les différentes CSP.

Par ailleurs, pour des raisons méthodologiques, les tables de mobilité sont construites à partir d’enquêtes au cours desquelles on interroge les hommes âgés de 40 à 59 ans. Elles ne permettent donc pas de mettre en évidence les tendances récentes qui concernent les générations entrées récemment sur le marché du travail : ralentissement de l’augmentation des emplois de CPIS et de PI, accès de plus en plus tardif à un emploi stable, baisse du pouvoir d’achat relatif (par comparaison avec les autres générations).

Points clés et exemples
  • Transformation de la structure sociale : diminution des emplois agricoles et ouvriers ; augmentation des emplois de cadres et professions intermédiaires.
  • Mobilité structurelle : mobilité ascendante induite par le changement de structure, indépendamment de l’égalité des chances.
  • Déclassement et précarité : chômage et emplois précaires masquent une part de la mobilité effective non visible dans les tables classiques.
  • Limites méthodologiques : enquêtes portant sur 40–59 ans ne rendent pas compte des tendances récentes pour les jeunes générations.

Sources et documents cités : documents 1 et 2 (références statistiques mentionnées dans le texte).

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