Droit Pénal et Droit Public : Les Nouvelles Formes de Privatisation

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Le Droit Pénal et ses Liens avec le Droit Public

Le droit pénal appartient au domaine public, car il régit les relations entre les individus et l'État, qui est le seul habilité à créer et à appliquer le droit criminel. Le pouvoir judiciaire est chargé de l'application des lois. L'administration pénale suppose une obligation : l'exécution de la peine. Le juge supervise les établissements pénitentiaires que l'administration gère. Ces derniers temps, un certain nombre d'institutions ont été incorporées dans le droit pénal, soulevant la question de savoir si nous sommes encore dans le domaine public ou si une privatisation du droit public est en cours.

1. La Semi-Privatisation : Crimes et Délits Semi-Publics

L'une des manifestations de cette semi-privatisation est l'existence des crimes ou délits semi-publics (ou semi-privés).

  • Les délits publics sont ceux qui sont poursuivis d'office.
  • Les crimes privés sont ceux qui exigent une plainte préalable de la victime pour démarrer la procédure. Sans réclamation préalable, les tribunaux ne peuvent même pas commencer à enquêter. Dans le cas des crimes privés, le pardon de la victime met fin à la procédure.
  • Dans le cas des crimes semi-publics (ou semi-privés), la plainte de la victime est nécessaire au préalable, mais le pardon de la victime ne met pas fin au processus. Une fois démarré, le pouvoir judiciaire poursuit l'affaire jusqu'à la fin, peu importe le pardon de l'offensé.

Différences Procédurales Fondamentales

a. La Plainte Simple

Dans les crimes publics et semi-publics, seule la plainte est nécessaire. Elle peut être déposée dans n'importe quel bureau du tribunal ou du procureur pour prise de note. La plainte ne signifie pas que le plaignant sera automatiquement partie à l'enquête policière ou au processus judiciaire, même si elle déclenche l'ouverture d'un processus.

b. La Plainte avec Constitution de Partie Civile

C'est la forme d'initiation qui a lieu dans les crimes privés. Elle permet aux individus de se constituer partie dans un processus de poursuites privées. La plainte doit être déposée devant le tribunal compétent et implique que le plaignant souhaite faire partie du processus automatiquement.

Le Processus Pénal Traditionnel

Le processus pénal continu découle de la loi de procédure pénale du XIXe siècle. Bien qu'il ait subi des modifications, ses institutions de base proviennent toujours de ce droit. Le processus ordinaire par lequel ces infractions sont jugées conserve plusieurs caractéristiques :

  1. Dans la procédure pénale, les parties ne peuvent pas convenir des règles qui régissent le processus (principe de légalité).
  2. Une fois le processus commencé, il ne peut pas être arrêté (principe de l'indisponibilité de l'action publique).

2. Le Système de Médiation et de Conciliation

Une alternative parallèle au processus traditionnel est le système de médiation et de conciliation. Bien que la Loi de procédure pénale ne prévoie pas directement ce système alternatif de règlement des différends, il apparaît dans d'autres législations (comme au Canada, en Afrique du Sud ou en Australie) et s'applique uniquement aux infractions mineures ou aux omissions.

Cette forme de résolution implique que les juges, avocats et procureurs sont impliqués différemment, voire pas du tout, dans le processus. Ce sont des médiateurs (souvent des professionnels engagés par l'administration) qui interviennent entre les parties pour trouver une solution possible. La personne qui a commis l'infraction reconnaît sa faute, demande pardon, et le processus se termine lorsque l'autre partie accepte ce pardon (fonctionnant comme un accord ou une transaction).

Dans le système de justice pénale espagnol, ce principe est accepté et se reflète notamment dans l'article 19 de la Loi sur la responsabilité pénale des mineurs de 2000. Il est important de noter que si l'affaire est soumise au système de médiation et de conciliation, elle ne peut pas suivre le processus normal. Dans ces cas, le juge ne peut pas s'y opposer ; il doit accepter la décision des parties (bien que son opinion personnelle ne la soutienne pas).

3. La Procédure de Conformité (Plaider Coupable)

Les accords de médiation s'intègrent progressivement dans le cadre du processus traditionnel pour les adultes, notamment par la procédure de conformité (ou accord de peine). Dans cet accord, qui n'est pas toujours régi par une loi nationale spécifique, la réparation des dommages à la victime est souvent privilégiée.

Pour le défendeur, il s'agit d'une reconnaissance et d'une acceptation de la peine requise par le procureur. L'avocat et le procureur s'entendent sur une solution qui est ensuite présentée au juge. Contrairement au système de médiation pour mineurs, ici, le juge peut accepter ou non la décision des parties.

La conformité implique un transfert du droit à un procès équitable. Le juge, en prononçant la sentence, valide l'accord conclu par les parties. Dans ces systèmes, le procureur détient le plus grand pouvoir.

Principes Directeurs

  • Aux États-Unis, le principe directeur est le principe d'opportunité (poursuivre ou non selon l'opportunité de parvenir à un accord préalable).
  • En Espagne, c'est le principe de la culpabilité qui régit.

La médiation, la conciliation et la conformité sont des institutions qui se situent en dehors du système continental classique, fondé sur le principe de la légalité. Elles sont néanmoins mises en place dans notre environnement juridique pour des raisons de rapidité, d'efficacité et d'économie de moyens. Le principal problème soulevé est la perte des droits et garanties du détenu.

L'accord de conformité est un processus réglementé pour les adultes, applicable aux crimes dont la peine globale ne dépasse jamais neuf ans. Si la peine est supérieure, il faut recourir à la procédure ordinaire. Il ne s'agit pas d'un aveu de culpabilité, mais d'une acceptation de la peine.

4. L'Émergence de la Sécurité et des Prisons Privées

La quatrième institution est l'émergence de la sécurité privée (ou police privée) et des prisons privées. En Espagne, le besoin de sécurité privée a connu une augmentation importante en raison d'un risque accru. De plus, l'augmentation considérable de l'activité (banques, bijouteries, etc.) exige un meilleur niveau de sécurité que l'État ne peut pas toujours fournir.

Il est par conséquent moins coûteux pour l'État de confier à des sociétés de sécurité privées le soin de couvrir certains de ces déficits. Les prisons privées fonctionnent comme des sous-traitants de l'administration pénitentiaire.

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