Écoles présocratiques : Ioniens, Pythagoriciens, Pluralistes
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École ionienne (Milet)
La première école de la philosophie est l'école ionienne. On l'appelle ionienne car elle est originaire de la région de l'Ionie ; sa capitale intellectuelle fut Milet. Les Ioniens comptent parmi les premiers philosophes de la Grèce antique.
- Thalès de Milet. Il est considéré comme un grand sage et l'on attribue à Thalès des découvertes géométriques (le théorème de Thalès). L'école ionienne a recherché l'archê — ce qui signifie «commencement» ou «principe». Pour Thalès, le principe de la nature (physis) est l'eau : là où il y a de l'eau, il y a la vie. Cette pensée est un monisme car elle réduit la diversité des êtres à un seul principe.
- Anaximandre. Il propose l'apeiron, une substance indéterminée, infinie et matérielle qui sert de principe premier. L'apeiron est une notion vague mais fondamentale dans sa réflexion sur l'archê.
- Anaximène. Pour lui, l'archê est l'air. Les anciens distinguaient souvent quatre éléments (air, eau, terre, feu) comme principes de base mais les Ioniens cherchent un principe unique.
Pythagoriciens et ascétisme
Ils se trouvèrent en Sicile et en Italie du Sud. Le fondateur spirituel était Pythagore. Sa «religion» philosophique était particulière et, pour certains, dérangeante : les pythagoriciens furent parfois persécutés, voire exécutés. Leur mouvement reçoit de nombreuses influences orientales et prend la forme d'une secte favorable à l'ascétisme — maîtrise du corps pour élever l'âme. Par exemple : jeûne, privation, abstention partielle de sommeil, etc.
Idées pythagoriciennes :
- L'âme : conception d'une âme immortelle qui habite les êtres. Ils croyaient en la réincarnation (métensomatoses) : une bonne vie permettrait une réincarnation favorable, une mauvaise action conduirait à renaître dans un être inférieur.
- Dualisme : croyance en deux principes ou polarités (bien/mal, jour/nuit). Une dualité essentielle est celle du corps et de l'âme — le corps comme principe matériel, l'âme comme principe spirituel.
- Rationalisme et nombres : les pythagoriciens sont rationalistes. Pour eux l'archê est le nombre : le principe et le fondement des choses sont les relations numériques et les rapports mathématiques. Ils valorisent la mathématisation de la nature et l'usage des nombres (entiers et rapports rationnels) pour comprendre les phénomènes.
- Musique et harmonie : ils appliquent les mathématiques à l'étude de la musique et de l'acoustique. La consonance est expliquée par des rapports numériques simples (proportions entre intervalles).
- Découverte des irrationnels : la mise en évidence, dans le cadre des rapports numériques et du théorème de Pythagore, de la racine de 2 comme nombre non rationnel fut un moment troublant pour la doctrine pythagoricienne axée sur les nombres rationnels.
Héraclite : le flux (panta rhei) et le Logos
Héraclite est souvent qualifié de moniste. Sa maxime la plus célèbre est composée de deux mots grecs : panta rhei («tout coule»). «Panta» désigne toutes les choses, et «rhei» l'écoulement. Pour Héraclite, tout change, tout est en flux constant. On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, car l'eau qui coule est toujours différente.
Héraclite affirme que rien n'est immobile ni permanent ; tout est en mouvement permanent. Il écrit que le monde (le mot grec kosmos) n'a été ni créé par un dieu ni par un homme, mais qu'il est et sera toujours un feu éternel qui se régénère selon une mesure.
Un terme central est le logos : il signifie «raison», «parole», «loi». Le logos est la raison universelle, la loi de la nature. Le feu est à la fois image et principe du logos : il apparaît comme symbole de la vie, de la vitalité, de la création et de la destruction. Ainsi le feu accomplit simultanément création et destruction : naître, mourir, transformer.
Parménide : vérité, doxa et l'être
Parménide distingue nettement la voie de la vérité et la voie de l'opinion (doxa). Ce que nous connaissons par les sens relève de la doxa : ce n'est pas la vérité ultime. Pour Parménide, la vérité doit être éternelle, immuable et universelle ; elle ne peut dépendre de l'expérience sensible, changeante et trompeuse. La vérité est accessible par la raison pure et doit être vraie ici, partout et toujours.
Parménide adopte une démarche logique et presque axiomatique : il part d'énoncés nécessaires et tautologiques. Il soutient que l'Être est unique, homogène, plein et parfait — l'idée d'un être complet et immuable s'oppose à l'image du monde en devenir. Sa pensée influence ses disciples, par exemple Zénon d'Élée, qui développa des paradoxes pour défendre la thèse de son maître.
Empédocle, pluralistes et atomistes
Empédocle est un pluraliste : il affirme que tout est composé de quatre éléments — la terre, l'eau, l'air et le feu. La diversité des choses provient des combinaisons de ces éléments. Deux forces primordiales expliquent la formation et la séparation des combinaisons : l'amour (qui unit, mêle) et la haine (qui sépare, dissocie).
Du côté des atomistes (parfois qualifiés de kosmik), la nature est formée par des atomes : atomos signifie «insécable», une partie sans parties. L'atome est une petite particule matérielle, élément de base de toutes les choses du monde. Ces particules possèdent des propriétés qui permettent d'expliquer la variété des phénomènes. Pour eux, l'atome explique le mouvement et constitue la base matérielle de tout.