Économie Mixte : Définition, Doctrines et Typologie des Biens

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Définition de l'Économie Mixte

L'économie mixte est une économie qui intègre les sphères familiale, associative, marchande et publique. Cela signifie que la production et la répartition des richesses obéissent à différentes autorités selon le secteur :

  • Aux ordres du chef de famille dans le cadre de l’économie domestique.
  • Aux conseils d’administration dans les coopératives.
  • Aux patrons (actionnaires et directeurs salariés) dans les entreprises.
  • Au Président, aux maires, aux présidents de conseils départementaux et régionaux, aux parlementaires et aux managers publics dans la sphère publique.

Les Modèles Économiques Pures

i) L'Économie Purement Familiale

Une économie purement familiale correspondrait à une économie où tous les besoins humains sont produits par la famille. 100 % de la production y est d’origine domestique et les parents (père, mère ou les deux) sont les seuls à pouvoir désigner les bénéficiaires de cette production. La production et la répartition des richesses sont sous l’autorité des chefs de famille.

ii) L'Économie de Marché

Dans une économie de marché, les relations sont marchandes. 100 % de la production est produite par les entreprises. Les contrats répartissent la valeur entre le capital et le travail. L’affectation du travail et du capital est gouvernée par les prix qui contraignent les choix des décideurs.

iii) L'Économie Publique

Dans une économie publique, l’État serait la seule instance de décision. Il déciderait du volume de la production, de sa composition, de la quantité de facteurs nécessaires, de la répartition des biens entre les différents membres de la population et des charges que chacun devra payer pour financer cette production. L’affectation des ressources rares se fait sans prix. Elle repose sur les principes de gratuité et l'impôt.

Rôles et Contributions des Segments de l'Économie Mixte

L'analyse des différents segments de l'économie mixte, tels que le secteur familial, le secteur associatif, le secteur marchand, et le secteur public, montre que chaque composante a un rôle distinct à jouer.

  • Le secteur familial contribue à la stabilité sociale et à la formation de capital humain.
  • Les associations jouent souvent un rôle dans la promotion de causes sociales, environnementales ou culturelles qui ne sont pas nécessairement rentables mais qui sont vitales pour le tissu social.
  • Le secteur marchand, guidé par les forces du marché et les signaux de prix, est crucial pour l'innovation et l'efficience économique.
  • Le secteur public intervient pour fournir des biens et services que le marché ne peut pas offrir efficacement (comme la défense, la justice, ou l'éducation publique), et pour réguler ou corriger les défaillances du marché.

Le Rôle de l'État dans l'Économie Mixte

Le rôle de l'État dans une économie mixte inclut des investissements directs dans certains secteurs clés pour stimuler l'économie ou pour garantir la sécurité nationale et le bien-être social. La politique fiscale et les dépenses publiques sont des outils utilisés par l'État pour redistribuer les ressources et pour influencer la croissance économique. Les politiques de redistribution, par exemple, visent à réduire les disparités de revenus et à stimuler la demande globale, ce qui est particulièrement important dans les périodes de récession.

En période de crise économique, l'importance de l'État comme stabilisateur économique devient encore plus évidente. Les interventions gouvernementales, telles que les plans de relance fiscale ou les mesures de soutien aux entreprises et aux ménages, peuvent aider à maintenir la demande globale et à prévenir une spirale déflationniste.

Il est également crucial de noter que l'économie mixte nécessite une gestion prudente et une régulation efficace pour éviter les inefficacités et les distorsions économiques que pourrait causer une trop grande intervention de l'État. L'équilibre entre les divers secteurs et la manière dont ils sont intégrés et régulés sont essentiels pour le succès à long terme de l'économie mixte.

Ainsi, une économie mixte, par sa capacité à intégrer divers éléments des systèmes économiques familiaux, associatifs, marchands et publics, offre une plateforme flexible et adaptable pour répondre aux défis économiques et sociaux contemporains, tout en cherchant à maximiser le bien-être social et économique global.

Mesurer le Degré de Mixité d'une Économie

Le degré de mixité d’une économie, comme l’économie française, varie dans le temps et dépend de l’indicateur que l’on utilise pour le mesurer.

  1. Le ratio dépenses publiques sur Produit Intérieur Brut (PIB) est un premier indicateur de mesure de la taille du secteur public dans une économie. De 10 % en 1870, il est passé à plus de 60 % en 2020 (Figure 3).
  2. La pression fiscale est une autre manière de mesurer le degré de mixité de l’économie. Elle est mesurée par le ratio prélèvements publics obligatoires sur Produit Intérieur Brut (PPO/PIB).
  3. Une économie mixte est associée à un État stratège. Les vagues de nationalisation des années 1981-1982 marquent cette confiance dans l’État pour gérer et animer les grandes entreprises françaises. Le poids des entreprises contrôlées majoritairement par l’État dans l’emploi salarié passe de 19,3 % en 1985 à 4,9 % en 2016. Par ce biais, il contrôle au total 1702 sociétés françaises qui emploient 778 100 salariés en 2016.

Les Fondements Théoriques de l'Économie Mixte

L’économie mixte est défendue par les doctrines de l’école Keynésienne. Ces doctrines partagent avec l’école institutionnaliste l'idée que la social-démocratie est souhaitable et peut améliorer le bien-être social d’un peuple. Le marché produit la majeure partie des biens, mais l’État vient corriger ses carences. Il gère l’instabilité des marchés par la politique économique. Il traite de son injustice par des politiques fiscales et sociales. Il améliore l’efficience de l’impôt par la mise en œuvre d’une fiscalité optimale.

Tableau : L’Économie Publique sur la Question de l’Efficience de l’Économie de Marché

L’Économie Publique Normative et l’École Keynésienne

L’économie publique normative et l’école Keynésienne développent un important corpus de connaissances pour soutenir l’inefficience des marchés et élaborer un certain nombre de mesures de politiques publiques capables de les corriger. L’économie publique est une science au service de la bonne gestion des ressources rares.

Ces doctrines défendent l’économie mixte. Elles partagent avec l’école institutionnaliste, dont l’une de ses grandes figures est Galbraith, l’idée que la social-démocratie est souhaitable et peut améliorer le bien-être social d’un peuple. Le marché produit la majeure partie des biens, mais l’État vient corriger ses carences. Il gère l’instabilité des marchés par la politique économique. Il traite de son injustice par des politiques fiscales et sociales appropriées. Il améliore l’efficience de l’impôt par la mise en œuvre d’une fiscalité optimale.

La Fonction de Stabilisation et les Instruments de l'État

La fonction de stabilisation conduit l'État à mettre en place une politique économique. L’État doit réaffecter les ressources rares mal affectées par le système des prix, redistribuer les richesses pour limiter les inégalités et assurer la stabilité de la croissance économique afin d’éviter de trop fortes fluctuations. Les instruments de la politique économique sont les politiques monétaires, budgétaires, de change, des prix et des revenus. L’économie normative propose ici à l’État de mettre en œuvre une politique fiscale correctrice ou incitative. L’impôt est construit pour traiter des externalités négatives par des taxes sur les intrants (Pigou) ou les extrants (Viner) et les externalités positives par des subventions.

On retrouve ici les trois fonctions de l’État selon l’économiste néo-keynésien Richard Musgrave. La règle de Tinbergen énonce, dans ce cadre « mélioriste », que pour toute politique économique ayant des objectifs fixés, le nombre d’instruments doit être égal au nombre d’objectifs visés. Les objectifs sont quantifiés et l’impact des mesures prises mesuré.

L’École Radicale : Critique de l'État et du Capitalisme

L’école radicale développe une position différente. L’État et le marché sont les deux éléments d’un même régime : le capitalisme. L’État est une condition indispensable à la régulation marchande. Il fournit ses conditions politiques d’existence. Il protège la propriété capitaliste. Il pacifie les rapports sociaux qui sont par nature conflictuels. Il produit les services publics indispensables à la reproduction du capitalisme comme système. L’État, comme l’indique Lénine, rend l’affranchissement de la classe opprimée impossible, non seulement sans une révolution violente, mais aussi sans la suppression de l’appareil du pouvoir d’État créé par la classe dominante.

L’expérience de la Commune de Paris a montré que l'État pouvait être oppressif. Il est l’organisation de la violence de classe. Cette position, exprimée par Marx dans sa Critique de l’économie politique et quelques passages du Capital, conduit à l’idée que la démocratie libérale est un leurre. Elle aliène politiquement les masses pour défendre les propriétaires du capital. Aliéner signifie déposséder. L’aliénation politique participe de l’aliénation économique et religieuse. L’homme se dépossède à tort pour le profit des hommes de l’État, des patrons et de Dieu. C’est parce que l’État est un État de classe que la démocratie, le gouvernement du peuple, n’est qu’une illusion. L’État ici est au service du capital. Il est un instrument de la classe dominante.

L’Économie Politique de l’École de Chicago : La Polyarchie

L’économie politique de l’École de Chicago est une défense de la démocratie polyarchique ou du pluralisme. La théorie de la polyarchie démocratique est à la fois une réponse à la théorie marxiste et un moyen de redonner aux citoyens une place dans la décision politique.

La démocratie ne peut pas se résumer aux élections. Sa principale caractéristique est d’organiser la concurrence politique et d’ouvrir ainsi les privilèges à la délibération. La démocratie est un régime où la concurrence politique désigne régulièrement le souverain, mais aucun gagnant ne l’est définitivement et de manière globale. Les victoires politiques des groupes qui font vivre la démocratie sont temporaires. Il n’y a pas deux classes, mais autant de groupes en concurrence que d’intérêts. Le dualisme de la lutte des classes est remplacé par une concurrence pacifique entre des catégories dirigeantes (élite).

La démocratie est une polyarchie où des groupes se mobilisent dans le but d’influencer les décisions politiques dans le sens de leurs intérêts. Ce qui caractérise une polyarchie, c’est la prégnance de la négociation, du compromis et de la délibération sur la violence et la coercition. C’est comme si la démocratie avait effacé la violence qui a donné naissance à l'État moderne. Ce goût pour l’équilibre va inspirer l’économie politique qui y voit la preuve que la coordination par le marché et par la négociation politique n’est pas si éloignée.

L’un des auteurs les plus féconds en ce domaine fut Mancur Olson, à qui l’on doit le paradoxe de l’action collective et cette théorie de la formation des groupes d’intérêts. Il ne suffit pas, en effet, d’avoir un intérêt commun avec quelqu’un pour agir collectivement pour le défendre.

Les Écoles Autrichiennes et de Virginie : Limiter l'État

L’économie politique des écoles autrichiennes et de Virginie développe une alternative à l’économie publique normative et à ses alliés keynésiens et institutionnalistes, car elle propose à travers sa théorie des droits de propriété une théorie de la justice et de l’efficience. Elle est historiquement opposée à la macroéconomie keynésienne via le débat entre Keynes et Hayek dans les années trente sur l’origine des crises et des fluctuations économiques.

Elle développe ensuite un ensemble de théories et de travaux empiriques qui évaluent les coûts de l’action publique, autrement dit les coûts de transaction politique. Elle substitue ainsi à l’efficience de l’économie publique normative l’efficacité politique. Les décideurs publics sont motivés par un gain personnel qui les éloigne des choix de politiques économiques optimaux. L’éthique de la propriété explique le développement d’une alternative normative à l’économie publique normative.

L'Économie Politique Constitutionnelle (EPC)

Elle croit dans les vertus d’une démocratie limitée. Le peuple ne peut pas tout, car le peuple ne peut pas violer les droits de propriété de chacun sur lui-même et les fruits de son travail. La volonté du peuple en démocratie doit par conséquent être limitée par une constitution forte et capable de limiter les risques d’expropriation légaux que fait courir une augmentation trop importante des dépenses publiques et de l’impôt.

L’Économie Politique Constitutionnelle (EPC) développe ce projet d’un renforcement de l’État de droit. Il s’agit de renouveler la théorie de l’État régalien. L’EPC est le programme de recherche ouvert par Buchanan qui cherche à modifier les règles du jeu démocratique pour que ce dernier incite les agents à proposer des échanges politiques à gain mutuel et à écarter de la délibération politique les échanges à somme négative (où Jacques s’enrichit en prenant les revenus gagnés par Paul).

Les deux écoles s'accordent sur l'importance de limiter le pouvoir de l'État à travers des règles constitutionnelles rigides. Elles mettent l'accent sur la nécessité de concevoir des règles constitutionnelles qui encouragent la liberté individuelle, la responsabilité et l'efficacité économique tout en limitant le pouvoir des gouvernements et des acteurs politiques.

La Typologie Économique des Biens

Les Biens Collectifs Purs

Un bien collectif pur est un bien à consommation indivisible (non-rivalité) et non-exclusif. Il est donc entièrement consommé de manière automatique par chacun des agents économiques membres de la collectivité, même si ces derniers n’ont pas payé sa production.

La non-rivalité est probablement la caractéristique la plus essentielle. Elle suppose que le groupe doit être défini. Les bénéfices des biens collectifs nationaux sont répartis parmi tous les habitants de la nation. Les bénéfices des routes départementales ou communales sont uniquement répartis parmi les habitants de chacune de ces juridictions.

Dimensions de la Théorie des Biens Collectifs

L’un des apports de la théorie des biens collectifs contemporaine est d’avoir introduit différentes dimensions :

  • Temporelles : Biens intragénérationnels et intergénérationnels. Les bénéfices des biens collectifs sont situés dans le temps. Par exemple, la gestion des attentats terroristes ne touche que les générations actuelles (intragénérationnelle). Lutter contre les pollutions durables est un engagement intergénérationnel, alors que lutter contre les pollutions temporaires relève des biens intragénérationnels. La distinction entre inter et intragénérationnel n'est pas non plus évidente, car elle dépend de la durabilité des phénomènes.
  • Spatiales : Locaux, nationaux et mondiaux. Cette dimension est une source d'exclusion et territorialise la théorie des biens collectifs. Il s’agit de distinguer les biens collectifs selon l’étendue des bénéfices qu’ils procurent. Par exemple, le lampadaire est un bien collectif local. La lumière de la place du Panthéon n’est consommée régulièrement que par les noctambules parisiens. Ces biens sont non-rivaux, mais une forme d'exclusivité spatiale les caractérise.

Biens Collectifs Mondiaux (Globaux)

Au regard des biens collectifs mondiaux, transnationaux ou globaux, le global se veut inclusif. Il inclut le local, le national, le régional et l'international. Le global est une dimension du public. Le collectif global inclut les États et accepte que le caractère public ou privé puisse changer dans le temps. Kindleberger (1986) définit les biens collectifs mondiaux comme l'ensemble des biens accessibles à tous les États qui n'ont pas nécessairement un intérêt individuel à les produire (Exemples : terrorisme, épidémies ou couche d’ozone). Ils bénéficient à tous (non-rivalité) et sont naturels ou artificiels.

  • Les biens collectifs globaux naturels : Le climat et la couche d'ozone. Les conséquences du réchauffement dépassent les frontières des États-nations (international) et des générations présentes (intergénérationnel).
  • Les biens collectifs artificiels sont intentionnels ou émergents :
    • Intentionnels : la paix, la santé et la stabilité financière mondiale.
    • Émergents : produits par les êtres humains, mais ne relevant pas de leurs intentions : la science et la culture en seraient de bons exemples (Kaul, Grunberg et Stern, 1999).

Les coûts de transaction permettent de préciser les conditions de la prise en charge par l’État de ces biens.

Les Biens de Club

Les biens de club sont des biens privés, car le public n’y a pas accès, mais leur consommation et les coûts de leur production sont partagés. L’intérêt pour un individu de participer au financement de la production de ces biens est de réduire ses frais. La production collective réduit les coûts de production et de consommation d’un bien qui aurait pu être produit de manière privée sur le marché. Un club est un groupe qui se forme volontairement pour tirer un avantage mutuel de son association. Cet avantage est exclusif. Il n'est accessible qu’aux membres du club.

Les biens du club peuvent être privés ou publics (État), intergénérationnels ou intragénérationnels, naturels ou artificiels. Les biens de club privés sont associatifs ; les biens de club publics sont aussi associatifs, mais entre Nations ou administrations publiques locales. Les États peuvent produire des biens de club sans organisation internationale. Ils partagent les coûts de production du bien collectif interétatique. Seuls les membres du club ou seuls les États qui ont signé l’accord peuvent bénéficier des bénéfices du club.

Les biens de club sont exposés aux effets d’encombrement ou de congestion. Chaque nouveau membre contribue à baisser la somme à payer pour la consommation du bien et la qualité du service rendu. Sandler (2003) en conclut que la taille optimale d’un club dépend de plusieurs conditions :

  1. Le club produit un bien privé à moindre coût. Les membres du club partagent une installation qu’ils auraient pu construire seuls, mais cela aurait été beaucoup plus coûteux pour eux.
  2. Le club produit aussi des effets de réseau, du prestige dans certains cas, et des effets de notoriété. Appartenir à un club sélect est une source de bien-être.
  3. La cotisation des membres, le péage ou le droit d’usage des biens produits par le club, pour être optimale, doit être égal au bénéfice marginal que chaque membre retire de la consommation du bien du club. Le droit d’usage ou prix traduit les préférences des membres en matière d’encombrement.
  4. La taille du club augmente tant que l’avantage marginal d’un membre supplémentaire est supérieur aux coûts induits par l’effet d’encombrement qu’il suscite.

Sous ces conditions, le droit d’entrée est composé de deux parties. La première correspond aux frais d’adhésion au club, qui sont fixes. La seconde partie du prix renvoie à la gestion optimale de la congestion. Le club peut alors discriminer entre ses membres, afin de limiter les effets de congestion pour ceux qui sont prêts à payer plus cher. Le prix d’entrée dans un club peut être libre ou réglementé. Si la concurrence est limitée, la taille du club ne sera plus optimale.

Les Biens Sous Tutelle (Biens de Mérite)

La théorie des biens sous tutelle repose sur une théorie transcendante de l’intérêt général et a trouvé dans l’économie comportementale de nouveaux fondements.

Les biens sous tutelle sont des biens privés. Ils sont rivaux et exclusifs. Ils sont sous tutelle parce que l’État définit ces biens comme publics. Les biens sous tutelle dotent l’État d’une fonction d’utilité propre indépendante de celle des individus.

Dans une conception d’intérêt transcendante, l’État met un bien sous tutelle, car il estime qu’il doit protéger la nation contre un risque. La tutelle peut, aussi, être l’expression d’une philosophie paternaliste. Pigou (1932) considérait que les hommes sont en général myopes. Ils sous-estiment leurs besoins futurs.

Le Paternalisme Doux (Soft Paternalism)

L’économie comportementale généralise l’idée qu’il ne faudrait pas faire trop confiance aux jugements que les hommes portent sur les choses. Elle est associée aux travaux de psychologie économique d’Amos Tversky et Richard Thaler (entre autres). Elle renouvelle la théorie des biens sous tutelle. Elle apporte le paternalisme soft.

Elle trouve ses origines dans la critique de l'instrumentalisme friedmanien et estimait qu'il était inutile de tester l'hypothèse de rationalité ou de maximisation et qu’il fallait se contenter de tester les prédictions issues de cette hypothèse de comportement. Le cœur de l’argument se trouve dans la distinction faite entre deux systèmes de pensée. Le système 1 est rapide, instinctif et émotionnel, alors que le système 2 est lent, réfléchi et logique. Le système 1 conduit souvent à l’erreur, alors que le système 2 est le seul à pouvoir prendre de la distance et à corriger ses erreurs de jugement.

La théorie des biens sous tutelle relève d’un paternalisme qui n'a aucune ambition de respecter la liberté de choix de chacun. Le paternalisme soft, en revanche, se veut compatible avec les libertés de chacun. Il donne à l'État la mission d'aider les individus à réaliser les objectifs qu'ils se sont eux-mêmes fixés. Il s’agit d'améliorer le niveau de rationalité.

Le Nudge (Coup de Pouce)

  • Le nudge est une méthode douce pour inspirer les bonnes décisions. C'est aussi un aspect de l’architecture du choix qui modifie de façon prévisible le comportement des individus sans interdire aucune option, ou modifier de façon significative les incitations financières.
  • L'architecture du choix est omniprésente et inévitable. Il est impossible de ne pas influencer le choix. Si l'État doit réglementer certains aspects de la vie des gens, il doit utiliser les nudges, car ils aident à vivre plus longtemps, mieux et en meilleure santé.
  • Le nudge n'est pas contraignant. Il ne cherche pas à inciter les individus par l'interdiction, l'impôt ou la récompense. Il s'agit de proposer une nouvelle manière de faire des politiques publiques.

Les individus ont donc besoin d’être mis sur la bonne voie lorsqu'ils doivent prendre des décisions difficiles auxquelles ils sont rarement confrontés, dont ils ne connaîtront pas les effets avant longtemps, ou lorsqu'ils ont du mal à traduire certains aspects de la situation en termes compréhensibles. Face à la myopie des agents, ni impôt ni interdiction, mais un nudge approprié.

Le paternalisme soft, comme la théorie des biens sous tutelle, se fonde donc sur l’idée que les élites politiques, les savants, les experts peuvent aider les ignorants à vivre mieux.

Les Biens Communs

Les biens communs sont des biens qui ont des coûts d’exclusion élevés et une consommation plutôt rivale. La non-exclusivité suppose qu’il n’y a pas de régulation par les prix. La rivalité fait que la consommation des uns prive les autres.

Ces caractéristiques des biens communs (non-exclusifs, mais rivaux) expliquent qu’ils soient surexploités. C’est la « tragédie des communs ». Chaque personne est enfermée dans un système qui la contraint à augmenter les effectifs de son troupeau de manière illimitée, dans un monde qui l’est. La ruine est la destination vers laquelle tous les êtres humains se ruent, chacun poursuivant son meilleur intérêt dans une société qui croit en la liberté d’accès aux biens communs.

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