L'engrenage du destin : Analyse de l'acte meurtrier de Meursault
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I. Une mécanique dramatique en marche
A. La dramatisation du destin de Meursault
La dramatisation du destin de Meursault est liée à sa progression dans le récit. Il revient sur la plage car il a trop chaud. Une fois de plus, un élément extérieur, ici la personnification de la chaleur, montre à quel point elle est devenue atroce ("son grand souffle chaud").
Il voit l'Arabe et s'immobilise : « j'étais assez loin de lui, à une dizaine de mètres ». Il avance ensuite de façon assez innocente : « L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. » Enfin, une action est soulignée avec insistance et comme prolongée, montrant ainsi le drame qui risque de se produire : « A cause de cette brûlure que je ne pouvais supporter, j'ai fait un mouvement en avant. » ... « mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant ».
B. Le rôle du hasard
Le retour de Meursault est montré dans sa banalité. Il se trouve face à l'Arabe, son adversaire, et en même temps, il est surpris de le voir à cet endroit : « (j'ai été surpris un temps) ».
L'Arabe, tel qu'il est représenté dans le récit, est déjà la préfiguration d'une victime : « il reposait sur le dos, les mains sous la nuque, le front dans les ombres du rocher, tout le corps au soleil ». Il n'est donc pas en position d'agresseur; c'est le hasard qui va conduire au dérapage final.
C. Le temps suspendu
Le drame est lié à l'altercation qui a précédé et qui n'impliquait pas directement Meursault : « C'était le même soleil, la même lumière sur le même sable qui se prolongeait ici. » La répétition de l'adverbe « même » signale que l'affrontement va se réitérer. De plus, le rythme ternaire de la phrase ajoute une profondeur dramatique à la scène.
Le temps semble s'être immobilisé : « il y avait deux heures que la journée n'avançait plus, deux heures qu'elle avait jeté l'ancre dans un océan de métal bouillant ».
Meursault lui-même renvoie cette journée à une autre ayant eu lieu au début du roman : « C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman. », comme si le temps n'avait pas avancé.
Le hasard et l'immobilité du temps renforcent l'aspect dramatique de cette scène. Cependant, la pesanteur de cette présence incarne peut-être une signification plus cruciale : le personnage serait le jouet du destin et le dénouement de la scène relèverait de l'absurde.
II. La fatalité
A. Omnipotence des éléments : un monde hostile
Un décor immobile (la plage) semble pourtant en mouvement, impression donnée par les nombreuses métaphores et personnifications de la mer : ("océan de métal bouillant", "la mer haletait de toute la respiration rapide et étouffée de ses petites vagues", "vibrante de soleil", "murmure de son eau"). Le décor est ainsi presque un personnage à part entière de la scène.
La lumière joue un rôle important puisqu'elle trouble la vision de Meursault. L'aveuglement tient une place importante dans la scène. Les verbes employés témoignent de l'imprécision de sa vision : (je devinais son regard, son image dansait devant mes yeux, mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel). La luminosité n'éclaire pas, au contraire, elle est source de confusion : « il avait l'air de rire ». Ce qui conduit le couteau à devenir une « épée » et un « glaive », ce qui fait croire à Meursault qu'il est agressé. Le mot « soleil » est d'ailleurs répété huit fois dans le passage, comme pour l'accuser de la responsabilité des faits.