L'Espagne des Habsbourg aux Bourbons (XVIIe-XVIIIe siècles)
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L'Espagne sous les derniers Habsbourg (XVIIe siècle)
Les Habsbourg mineurs : Le rôle des *validos*
Après la mort de Philippe II, son règne fut suivi par trois monarques appelés les *Austrias mineurs*. Ces monarques déléguèrent les questions de gouvernance aux mains des *validos* (favoris).
Le *favori* est un personnage qui exerçait le rôle de gouvernement avec la confiance du roi.
- Le *favori* de Philippe III fut Francisco de Sandoval, duc de Lerma, qui resta en fonction, mais perdit son pouvoir et fut succédé par son fils, le duc d'Uceda.
- Philippe IV laissa la plupart de son règne aux mains du *valido* Gaspar de Guzmán, comte-duc d'Olivares, dont l'action politique fut pleine d'échecs.
- La dynastie prit fin avec le règne de Charles II, un monarque malade et faible, qui mourut sans postérité. Durant son enfance, la Reine Mère Marianne d'Autriche, qui agissait en tant que régente, reçut les pouvoirs. Mais la reine mit sa confiance dans un *valido*, le père jésuite Nithard. Pendant le règne de Charles II, il y eut beaucoup de *validos*, créant un climat d'instabilité politique.
Les Habsbourg mineurs : Conflits internes
Philippe III poursuivit la politique d'intolérance religieuse et décréta en 1609 l'expulsion des Morisques. Cette mesure eut des conséquences négatives : le dépeuplement et la perte d'une communauté industrieuse de paysans et d'artisans.
Plus tard, le *favori* de Philippe IV, le comte-duc d'Olivares, tenta de réformer la monarchie. Olivares tenta de récupérer le prestige de la monarchie à l'extérieur, provoquant des guerres avec d'autres puissances. Il chercha également à promouvoir la centralisation pour faciliter la solidarité régionale, mais son action politique fut pleine d'échecs et causa une grande agitation sociale.
Quand Philippe IV mourut, Charles II lui succéda. Son règne fut marqué par un sentiment de non-droit en raison des luttes de pouvoir, de la perte de prestige international au profit de la France et de l'inquiétude concernant la question de la succession.
L'avènement des Bourbons et les réformes (XVIIIe siècle)
La Guerre de Succession et le système d'Utrecht
En 1700, le dernier monarque de la maison d'Autriche, Charles II, mourut sans descendance directe. Les candidats au trône étaient :
- Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV de France.
- L'archiduc Charles de Habsbourg, fils de l'empereur d'Autriche.
Le testament de Charles II désigna comme son successeur le candidat Bourbon, qui fut proclamé roi sous le nom de Philippe V. La nomination du nouveau monarque causa un grave conflit en raison du déséquilibre entre les différentes puissances européennes. Par conséquent, l'Angleterre, la Hollande et le Portugal appuyèrent le candidat autrichien dans leur lutte pour le trône d'Espagne, provoquant la Guerre de Succession.
Ce fut à la fois une guerre européenne et une guerre civile espagnole, car la Couronne d'Aragon était en faveur du candidat autrichien, tandis que la Couronne de Castille soutenait le candidat français.
Les Bourbons furent incapables de vaincre les forces alliées qui soutenaient Charles de Habsbourg. Cependant, un fait changea le cours des événements : en 1711, l'empereur d'Autriche décéda et l'archiduc Charles monta sur le trône impérial. Alors, les Anglais et les Néerlandais indiquèrent qu'ils souhaitaient la fin de la guerre et la reconnaissance de Philippe V comme roi d'Espagne.
Dans le Traité d'Utrecht (1713), la paix fut signée en échange d'importantes concessions :
- L'Autriche reçut le Milanais, la Flandre, Naples et la Sardaigne.
- L'Angleterre reçut Gibraltar et Minorque à titre de compensation, ainsi que des privilèges commerciaux en Amérique espagnole.
Le changement dynastique : Les réformes intérieures
La dynastie des Bourbons marqua l'introduction de l'absolutisme en Espagne. Les premiers Bourbons espagnols entreprirent la réorganisation politique et administrative du pays et formèrent une monarchie centralisée et unifiée.
Réformes administratives et territoriales :
- Centralisation : Philippe V imposa l'organisation politique et administrative de Castille aux territoires de l'ancienne Couronne d'Aragon par les Décrets de Nueva Planta. Ainsi, à l'exception de la Navarre et du Pays Basque, toute la structure devint unique et uniforme.
- Gouvernement : Les monarques absolus supprimèrent les Conseils (à l'exception du Conseil de Castille), qui furent remplacés par les Secrétariats.
- Administration provinciale : Les Bourbons tentèrent d'organiser une administration uniforme pour tout le royaume, éliminant les anciens vice-rois et créant des frontières provinciales. À la tête de chacune d'elles, ils nommèrent un Capitaine-Général doté de pouvoirs militaires et administratifs. Les *Audiencias Royales* furent également introduites et l'institution des magistrats castillans fut étendue à l'ensemble du territoire.
Réforme du Trésor :
En outre, les Bourbons cherchèrent à réformer le Trésor afin de rationaliser et d'unifier le régime fiscal. Pour ce faire, ils éliminèrent les nombreux types de taxes et les remplacèrent par un impôt unique que tous devaient payer, y compris les privilégiés. Toutefois, les protestations des privilégiés firent échouer le projet, maintenant ainsi l'ancien système fiscal.
Le Despotisme Éclairé : Charles III
La politique réformiste du Despotisme Éclairé fut suivie par les monarchies absolues d'Europe occidentale sous l'Ancien Régime durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. La monarchie absolue se légitimait en tant que promotrice de réformes économiques, administratives et culturelles, grâce à l'intervention de l'État dans tous les domaines de la vie sociale.
En Espagne, le monarque qui impulsa ces réformes avec le plus d'intensité fut Charles III. Après la mort de Ferdinand VI, en 1759, Charles III prit la couronne d'Espagne.
Au début de son règne, Charles III rencontra une forte opposition des groupes privilégiés à son programme de réforme. Parmi ces émeutes, on note la célèbre Mutinerie d'Esquilache. Étant donné l'ampleur de la révolte, Charles III ralentit certaines des réformes. Mais après un moment, il poursuivit son programme de réformes, visant à mettre en œuvre une série de mesures juridiques destinées à la suppression de certains privilèges de l'Ancien Régime.
Dans le domaine religieux, Charles III revendiqua le droit de nommer des fonctionnaires d'église, de contrôler l'Inquisition et de fonder des monastères. Il lutta avec acharnement contre la tentative de l'Église d'établir un pouvoir au sein de l'État.
La politique extérieure de l'Espagne au XVIIIe siècle
Le règne des Bourbons commença par une importante perte de puissance et d'influence de la Couronne espagnole sur la scène internationale. Le XVIIIe siècle fut un siècle de paix relative et de stabilité, mais non sans affrontements auxquels l'Espagne participa.
La défense des intérêts espagnols en Italie conduisit à des conflits avec certaines puissances européennes. À la recherche d'alliés, Philippe V signa une série de pactes avec la France (les *Pactes de Famille*) qui lièrent les intérêts des deux monarchies tout au long du XVIIIe siècle.
L'arrivée de Ferdinand VI inaugura l'ère de la neutralité dans la politique extérieure espagnole. Ses efforts aboutirent à la restructuration de l'armée et à la reconstruction de la flotte afin de maintenir de bonnes voies de communication avec les territoires américains.
Avec Charles III, l'Espagne intervint dans la Guerre de Sept Ans aux côtés de la France contre l'Angleterre.
Le Siècle des Lumières en Espagne
Les Lumières sont une école de pensée qui a pris naissance en France et qui se caractérise par la confiance en la raison. Le Siècle des Lumières critiqua le modèle socio-économique et politique de l'Ancien Régime.
L'introduction et la propagation de ces nouvelles idées en Espagne furent lentes et difficiles en raison de l'absence de grands groupes bourgeois, du poids énorme de l'Église, etc.
Isolés par l'indifférence de l'aristocratie et du clergé, et par l'ignorance des masses, les penseurs éclairés espagnols firent de l'éducation une priorité. À cette fin, ils luttèrent contre les ordres religieux et contre les classes privilégiées, et défendirent la nécessité d'imposer une formation obligatoire pour tous aux premiers niveaux.
L'autre préoccupation des Lumières espagnoles fut la question financière. Pour résoudre ce problème, ils s'efforcèrent d'étudier la situation réelle et de proposer une série de réformes.