Esperpento de Valle-Inclán : Caractéristiques et Impact Littéraire
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L'Esperpento a été créé par Ramón María Valle-Inclán (1866-1936) dans son œuvre majeure, «Luces de Bohemia». Publiée en 1920 dans la revue «España» et sous forme de livre quatre ans plus tard, cette esthétique se caractérise par une distorsion grotesque de la réalité à des fins expressives. Comme l'a souligné Valle-Inclán lui-même dans Luces de Bohemia : «Le sentiment tragique de la vie espagnole ne peut être rendu qu'avec un regard systématiquement déformé.»
L'inspiration de l'Esperpento semble avoir émergé dans un célèbre bar que Valle-Inclán fréquentait près de la Puerta del Sol de Madrid. Sa façade était décorée de divers miroirs concaves et convexes qui déformaient l'image. Cette défiguration, d'abord amusante et divertissante, est utilisée par l'auteur pour décrire le laid et le ridicule dans les sphères sociale et morale. L'Esperpento agit comme un miroir déformant de la réalité, offrant ainsi une critique acerbe de celle-ci. Valle-Inclán percevait la réalité espagnole comme une déformation grotesque.
Principales Caractéristiques de l'Esperpento
De cette déformation grotesque découlent plusieurs caractéristiques fondamentales :
- La dégradation des personnages : Ils sont réduits à l'état de marionnettes, comme le montre le personnage de Max Estrella (le «bacon» dans le texte original, une référence à sa déchéance).
- L'animalisation ou la fusion d'éléments animaux et humains : Par exemple, Don Latino est décrit avec une «teinte de chien lâche».
- La littérarisation de la langue familière : Le langage est investi de tous types d'intertextualité, de citations et de références littéraires qui apparaissent dans le discours des personnages.
- L'incorporation d'auteurs littéraires contemporains : Des figures réelles, avec une personnalité authentique (comme Rubén Darío), sont intégrées en tant que personnages.
- L'incorporation d'autres personnages des œuvres de Valle-Inclán : Des figures comme le Marquis de Bradomín réapparaissent.
- Le mélange du cauchemar et du monde réel.
- L'abus de contraste lumineux : La lumière est l'élément scénique principal (les «lumières de Bohème» originales, la «bohème d'or», etc.). Cependant, plutôt que la lumière, Valle-Inclán insiste sur la caractérisation des ombres qui président à la scène et à l'action dramatique. Le contraste clair-obscur domine la scène à différents moments.
- La fusion de l'histoire réelle et de la fiction.
- L'attitude anti-bourgeoise des bohèmes : Exprimée dans la critique de la politique contemporaine (critique de Maura, d'Alfonso XIII).
- L'utilisation narrative des didascalies.
- L'apparition du ridicule et de la caricature de la réalité.
- Le sens profond, critique et satirique : La véritable leçon morale est la protestation de l'artiste bohème, dirigée contre le capitalisme, la médiocrité, la vulgarité et la bureaucratisation de la société bourgeoise.
- Le mélange de différents niveaux de langue : Langue soutenue, populaire, etc.
- La présence de la mort comme un personnage fondamental.
La dégradation inhérente à l'Esperpento affecte non seulement les lieux (tripots, bordels...) mais aussi les personnages (ivrognes, prostituées...). Plus qu'un simple style ou une technique théâtrale, l'Esperpento est une forme artistique qui façonne la création d'événements et de personnages mis en scène d'une manière particulière, reflétant une vision du monde profondément critique et déformée.