Évolution des Constitutions Espagnoles (1808-1869)

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Les Constitutions Espagnoles du XIXe Siècle

Statut de Bayonne (1808)

En 1808, Napoléon mit son frère Joseph Bonaparte comme roi d'Espagne (1808-1814). Celle-ci établit la Constitution, qui se compose de 146 articles. C'est un texte qui fait autorité, mais qui établit également les principes du libéralisme avec un conseil des droits et libertés. Il s'agit clairement d'une monarchie constitutionnelle et monocamérale (la Cour), mais divisée en domaines. Sa mise en vigueur en Espagne a coïncidé avec la Guerre d'Indépendance.

Constitution de Cadix (1812) : La Pepa

Promulguée à Cadix, où les *Cortes* se réunissaient. Bien que sa légitimité fût douteuse, elle respectait les principes constitutionnels libéraux. Le texte a été publié le 19 mars, jour de la Saint-Joseph (d'où son surnom : La Pepa). Elle se compose de 384 articles. Elle définit la division des pouvoirs :

  • L'exécutif au roi.
  • Le législatif aux *Cortes* (tribunaux) et au roi.
  • Le judiciaire aux juges et tribunaux.

Elle maintient la loi fondamentale de l'unité catholique. Elle définit l'unité des codes et des juridictions, et établit un Parlement monocaméral élu par suffrage universel masculin indirect. Elle a duré de 1812 à 1814, abrogée par Fernando VII. Elle fut rétablie de 1820 à 1823 et à nouveau de 1836 à 1837. Elle eut une très courte durée, était à peine pratique et trop rigide, mais conserva un grand symbole de prestige.

Statut Royal de 1834 (Charte Royale)

La guerre civile ayant éclaté, les libéraux voulurent offrir une Constitution plus tempérée pour satisfaire les Carlistes. L'architecte en fut Martínez de la Rosa, un libéral très modéré. Ce n'est pas vraiment une constitution, mais un texte qui traite de la création de l'organe parlementaire. Il établit, pour la première fois, le bicamérisme :

  • La Chambre des *Proceres* (Héros nationaux) : Représentait la noblesse, l'Église, les propriétaires terriens, les hauts fonctionnaires et les personnalités éminentes.
  • La Chambre des *Procuradores* (Avocats) : Élus au suffrage restreint, il fallait jouir d'une certaine position pour être choisi.

Cependant, cela ne satisfit pas tous les Carlistes. La guerre civile continua et le gouvernement fut remplacé par un libéralisme plus progressiste. En 1836, un soulèvement eut lieu à La Granja et contraint la reine à jurer fidélité à la Constitution de 1812. La Reine-Gouvernante, Maria Cristina de Borbón, ne put l'éviter. Cette constitution était inapplicable, ce qui nécessita une nouvelle Constitution.

Constitution de 1837 (Libéralisme Progressiste)

Texte progressiste résultant de concessions libérales aux modérés. Il se compose de 77 articles. Il définit la division des pouvoirs, la souveraineté nationale, l'unité des codes et des juridictions, une liste de droits individuels et un parlement bicaméral avec le Congrès et le Sénat. C'est la Constitution du libéralisme progressiste, mais elle ne satisfait pas les libéraux modérés, qui établiront un nouveau texte.

Constitution de 1845 (Souveraineté Partagée)

Elle se compose de 80 articles. Elle établit une souveraineté partagée entre le roi et le Parlement. Elle renforce l'autorité du monarque. Elle établit un ensemble de droits et libertés encore plus restreint que celui de 1837 et un système bicaméral, avec le Congrès, élu au suffrage restreint, et le Sénat, nommé par le roi. Elle fut en vigueur jusqu'en 1868, malgré des tentatives de réforme.

Constitution Non Nata de 1856 (Projet)

Rédigée par les *Cortes*, mais jamais promulguée. Cette Constitution était destinée à être un texte de centre et de conciliation. Elle se compose de 92 articles. Elle définit clairement la souveraineté nationale. Elle renforce la liste des droits individuels. Elle définit la division des pouvoirs, la liberté de culte privé, un parlement bicaméral, le Bureau permanent des *Cortes*, un pouvoir plus limité du roi et l'unité des codes.

Constitution Démocratique de 1869

C'est une conséquence de la Révolution de l'année précédente (1868), cherchant un État démocratique qui prévoit le suffrage universel masculin. Elle se compose de 111 articles. Elle comprend une large liste des droits et libertés. Elle prévoit la liberté de culte, mais aussi l'obligation de l'État de soutenir l'Église catholique (suite à la désaffectation des biens saisis). Elle définit la division des pouvoirs :

  • L'exécutif : le roi par ses ministres.
  • Le législatif : le roi par les *Cortes*, qui sont bicamérales (Congrès et Sénat élus).
  • Le judiciaire : les juges et tribunaux.

Pour la première fois, elle met en place une monarchie constitutionnelle non substantielle. Il s'agit d'une constitution rigide, systématique et ordonnée. C'est cette constitution qui a servi sous le règne d'Amadeo, mais sa durée fut courte, en raison de la proclamation de la République.

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