L'Évolution du DJ : De la Radio au Mixage Moderne
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Origines et étymologie du Disc Jockey
L'étymologie du terme reste obscure. L'expression « Disc jockey » semble aspirer à un premier article dans le magazine Variety en 1941 (mentionnant « disc jockey : Gilbert »). En 1942, Billboard utilise de plus en plus le terme « platter jockey » aux États-Unis, avant de revenir à « disc jockey » après 1943. L'acronyme DJ apparaît en 1948. Il n'existe pas de sources confirmant l'utilisation du terme avant 1940.
Hypothèse 1 : Le lien historique avec la radio
En 1906, Fessenden réalise la première émission radio avec de la musique, démontrant un lien fort entre le disc jockey et la radio bien avant 1940. À l'origine, le DJ est « celui qui fait les disques » pour la radio, et non pour la maison. Au début, la radio privilégiait la musique en direct ; l'animateur de disques était mal vu, et les gros réseaux américains montraient une certaine hostilité face à cette pratique. Cependant, à partir du milieu des années 30, l'importance du disc jockey s'accroît avec l'augmentation de la part de musique enregistrée diffusée sur les ondes. Contexte des années 1930 : les radios possédaient leurs propres groupes de musiciens jouant en direct dans les studios, et les musiciens luttaient contre la « musique en boîte ».
Hypothèse 2 : Chevaucher le disque vers le succès
L'origine du mot « jockey » désignerait un individu chargé de « chevaucher un disque pour le conduire au succès ». Le premier Disc Jockey célèbre est Martin Block, qui diffusait régulièrement des disques dans son émission. En 1935, son émission Make-believe Ballroom connaît un tel succès qu'en 1940, il devient le présentateur radio le mieux payé des États-Unis. Cela marque une évolution majeure de la radio et de l'importance de la musique enregistrée.
L'essor des discothèques : De Paris à Londres
À l'origine, la fonction de disc jockey est indissociable de la musique enregistrée en radio. Son essor est parallèle à celui de la radio : à la fin des années 1940, la plupart des ménages en possèdent une. Dans les années 1950, l'explosion du marché du disque fait du disc jockey l'un des personnages les plus médiatiques de l'industrie. Ce DJ correspond à ce que nous appelons aujourd'hui l'animateur radio. Les années 50 marquent une évolution sémantique avec l'apparition des premiers DJs de club.
Paris et la naissance des discothèques
À Paris, pour la première fois, le DJ sort des studios pour substituer les groupes et orchestres qui faisaient danser le public dans les bals et dancings à la mode jusqu'en 1950. Cette évolution prend ses racines dans la Seconde Guerre mondiale et le goût ancien des Parisiens pour le jazz. Des bars de jazz clandestins diffusaient des disques américains (interdits par les Allemands en raison de leur origine noire). Ces lieux se multiplient pour diffuser ces disques et adoptent le nom de « Discothèques ». En 1943, rue de la Huchette à Paris, le premier établissement adopte officiellement ce nom. Ces bars clandestins (où l'on ne faisait qu'écouter) inspirent, après la guerre, la création de lieux où les Parisiens peuvent danser sur des disques. Le premier établissement autorisé en 1947 est Le Whisky à Gogo, précurseur de la discothèque moderne.
L'influence britannique et les clubs
Le Royaume-Uni s'inspire de la France pour la naissance de ses discothèques. En 1960, le nom « discotheque » est utilisé. Les salles font appel à des DJs pour occuper le public entre deux morceaux de Rock & Roll. En 1961, le Lyceum engage Samwel pour faire patienter et danser le public. L'idée se développe dans toute l'Angleterre et les clubs spécialisés commencent à disposer de leur propre DJ. Après la France et le Royaume-Uni, l'évolution du DJ se poursuit aux États-Unis.
New York et l'avènement du DJing moderne
Au Royaume-Uni sont apparus les premiers DJs de club vedettes, reconnus pour leur savoir-faire. Contrairement au DJ radio qui se contente de choisir et programmer, le DJ de club britannique doit être capable de créer des atmosphères particulières et de tenir un public en haleine pendant plusieurs heures. À New York, l'évolution devient déterminante avec l'apparition du DJ au sens moderne, notamment avec l'ouverture d'une discothèque en 1959 par Coquelin.
Terry Noel et les prémices du mixage
Danseur et non musicien à la base, Terry Noel est le premier DJ de cette évolution. Il rejoint la discothèque « Chez Arthur » en 1965 et pose les bases de la technique du « mix » (mélange de disques). Il aborde son set comme un musicien interprète. Alors qu'auparavant les DJs radio n'étaient que des animateurs, le DJ devient ici un musicien interprète. Il met au point un système rudimentaire composé de deux platines tourne-disques qu'il adapte avec un tapis de feutre (entre le disque vinyle et le plateau). Il est le premier à créer des séquences musicales ininterrompues.
Francis Grasso et la technique du beat fixing
Deuxième DJ new-yorkais emblématique, Francis Grasso pose les bases du DJing moderne. Fréquentant les discothèques comme danseur (pour comprendre les attentes du public) et batteur (pour sa connaissance technique), il perfectionne la technique du mix. Il relève le tempo grâce à un métronome pour enchaîner les morceaux en créant l'illusion d'une pulsation continue. Il choisit les disques en fonction de leur tempo et rythme pour éviter tout décalage, incitant le public à rester sur la piste. En 1969, l'apparition des platines équipées pour le mixage (Thorens) impose la technique du BEAT FIXING (mixage à la pulsation).
La stabilité du tempo devient alors une nécessité. L'apparition, dans les années 70, de la musique Disco (conçue spécifiquement pour la discothèque) va représenter le DJ et ses goûts musicaux. Il s'adapte désormais au goût du public pour attirer les danseurs.