Explication linéaire — Queneau, Si tu t’imagines (1946)

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Explication linéaire — Queneau, « Si tu t’imagines » (1946)

Explication linéaire 4 — Raymond Queneau, « Si tu t’imagines », L’Instant fatal, 1946.

Introduction

Dans la poésie moderne, les auteurs revisitent souvent les classiques en les parodiant ou en les réécrivant. Raymond Queneau fait cela dans son poème « Si tu t’imagines », paru en 1946, tiré du recueil L’Instant fatal. Inspiré par l’« Ode à Cassandre » de Ronsard, il reprend le thème du carpe diem et du memento mori, en nous rappelant que la vie est éphémère. Dans ce poème, Queneau nous invite à profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard. Nous allons voir comment, à travers une réécriture de Ronsard, Queneau rend ce message de manière plus moderne et moqueuse.

Première strophe — Fugacité de l'amour et de la beauté

Dès le début, Queneau donne un avertissement avec des répétitions comme « si tu t’imagines » et « ce que tu te goures ». Ces phrases ont un effet de refrain, une forme d’avertissement adressé à la personne à qui le poème s’adresse. Il s’adresse à une « fillette », une manière de la diminuer et de la désacraliser, contrairement à Ronsard qui parle à « Mignonne », un terme bien plus valorisant. Ce choix montre que Queneau joue avec une tonalité moqueuse et moderne. Il se sert aussi d’un langage très oral, avec des contractions comme « ça va, ça va, ça » ou « la saison des za », ce qui donne un ton décontracté et presque enfantin.

Il se moque de l’idée que l’amour et la beauté durent éternellement, comme le prouve l’énumération de caractéristiques physiques idéalisées mais éphémères :

  • « teint de rose »
  • « taille de guêpe »
  • « cuisse de nymphe »

Cette image de la beauté féminine est liée au thème de la jeunesse, qui, comme dans l’« Ode à Cassandre », est vouée à disparaître. La répétition des phrases montre que cette idée doit être retenue.

Deuxième strophe — Profiter de la vie

Dans cette strophe, Queneau continue sur le ton de la mise en garde, mais il change son approche. Il fait référence à l’éphémérité de la vie en utilisant des expressions comme « les beaux jours s’en vont » et « les beaux jours de fête ». Le verbe « s’en vont » donne une idée de départ, de fin qui s’approche. L’image des « astres », comme les « soleils et planètes », est mise en contraste avec la vie humaine. Les astres paraissent éternels, ils semblent n’avoir ni début ni fin. En revanche, la personne à qui il parle vit une existence linéaire qui va vers une fin qu’elle ne voit pas encore.

Le poème fait ensuite une nouvelle énumération, mais cette fois des signes de la vieillesse, avec des images comme :

  • « la ride véloce »
  • « le menton triplé »

Ces éléments montrent l’inexorabilité du temps qui passe. C’est une manière de dire que la jeunesse et la beauté sont temporaires. Cette idée s’inscrit dans le memento mori : « souviens-toi que tu vas mourir », un rappel de la mortalité humaine.

La référence à la « rose » dans « allons cueille cueille les roses » reprend l’image de Ronsard, qui invite à profiter de la jeunesse et de l’amour tant que c’est possible. Queneau, en réécrivant cela, invite à vivre pleinement avant que tout ne se termine. Le poème se termine sur une répétition du refrain de l’avertissement « si tu le fais pas, ce que tu te goures », ce qui marque un retour à l’idée principale : il faut profiter du présent.

Conclusion

Raymond Queneau, à travers ce poème, revisite un thème classique du carpe diem avec une tonalité moderne et moqueuse. Il nous rappelle, de manière ludique, que la jeunesse et l’amour sont fugaces, et qu’il est essentiel de profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard. À travers l’utilisation de répétitions, de langage oral et de l’image de la rose, Queneau parvient à transformer une réflexion sérieuse en une invitation légère à vivre pleinement.

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