Façades et portails gothiques : Burgos, Paris, Las Palmas
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Sarmental — Burgos
Sarmental, Burgos. Il s'agit d'une façade gothique décorée de sculptures en haut-relief ou en ronde-bosse, organisées selon un programme iconographique élaboré. Elle est réalisée en pierre et comprend des groupes de sculptures qui s'adaptent à un cadre architectural prédéfini : l'avant-porte évasée d'une cathédrale gothique. La texture de la surface est travaillée, mais toutes les sculptures ne se tournent pas vers le spectateur ; la composition est très détendue et l'accueil est hiérarchique. La Sarmental appartient à la façade sud de la cathédrale de Burgos et date d'environ 1230–1240.
Le programme iconographique
Le programme iconographique, dont la composition est unique, est dédié à la Domini Maiestas et transmet un message apocalyptique qui peut être comparé au modèle dérivé du portail royal (Real) de Chartres. Au centre du tympan, le Christ en majesté apparaît en train de bénir de la main droite tandis que la main gauche tient le livre des Évangiles, posé sur son genou. À sa gauche et à sa droite, en escorte et disposés par paires, se trouvent les quatre évangélistes et leurs symboles, formant le tétramorphe.
Deux d'entre eux, saint Marc, à côté du lion, et saint Luc, à côté du taureau, sont assis sur de larges sièges, s'appuyant sur des pupitres individuels et écrivant les préceptes du Nouveau Testament ; les deux autres sont placés à un niveau supérieur : saint Jean, symbole de l'aigle, et plus haut l'ange de saint Matthieu, tous deux également assis et écrivant sur des pupitres. La taille des évangélistes est inférieure à celle de Jésus, selon le principe du point de vue hiérarchique. On les présente comme des scribes appliqués, le stylet entre les doigts et les reposes-encriers à droite.
L'apostolat et les archivoltes
Sous le tympan se trouve l'apostolat, protégé par une course de baldaquins composée d'arcades trilobées. L'ensemble est encastré dans le mur pour trois archivoltes. Le premier est décoré d'une rangée d'anges et de séraphins portant des cierges, en adoration devant le Créateur, tandis que les deux autres présentent les 24 vieillards de l'Apocalypse, les rois bibliques et des saints. Toutes ces sculptures reposent sur des socles qui, à la fois, jouent le rôle de petites coupoles inférieures.
Les montants qui surmontent immédiatement la canopée sont composés d'une base et de deux galeries d'arches chevauchantes. Le fond, sans décoration sculpturale, est parcouru de doubles colonnes adjacentes, tandis que la partie haute est simple et ornée de sculptures représentant Moïse et Aaron, saint Pierre, saint Paul et deux autres personnages non identifiés. Dans le meneau, figure un évêque mitré étoilé, généralement identifié comme saint Maurice, sous le règne duquel la construction de la cathédrale de Burgos a commencé. L'image originale se trouve maintenant dans le cloître ; elle a été remplacée à son emplacement d'origine par une copie.
Au-dessus de la canopée se trouve l'Agneau mystique, élément iconographique extrait de l'Apocalypse et donc en parfaite conformité avec le thème de l'exaltation divine. L'axe de symétrie divise l'ensemble et souligne l'importance de deux figures : le Christ du tympan et l'évêque du parteluz. Autour du Christ, qui préside le tympan, sont répartis les autres personnages, contraints de s'adapter à l'architecture. L'arc du tympan oblige à plier leurs corps, forçant les archivoltes à chevaucher les figures pour suivre la courbure de la voûte, selon la pratique gothique (et romane) d'aligner les figures sur les clés de voûte des arcs.
Style et naturalisme
Les figures, bien que conservant souvent le frontal et la rigidité du roman, présentent une interaction humaine et développent des activités concrètes. On note des différences dans les traits du visage et les costumes, ce qui renforce la corporalité des évangélistes. L'écriture et les apôtres sont traités de manière plus naturaliste. Ces derniers, en contraste avec le mouvement de leur tête, s'assoient et tiennent les livres ; certains parlent à leurs pairs, d'autres, perdus dans leurs pensées, semblent méditer.
Les sculptures sont pratiquement libres et intégrées à l'architecture par des éléments seuils et de fenêtre. Entre le tympan et le linteau, une verrière sert de fond à la scène et forme la frise supérieure des apôtres ; la décoration en réseau évoque la paroi divine ou la Jérusalem céleste. Un exercice dynamique sépare les vagues de la mer des scribes qui couronnent le tympan, en contraste avec l'immobilité des figures.
Cet ensemble évolue vers le naturalisme et s'éloigne de l'art roman, tout en respectant le régime de composition traditionnel roman. Le processus d'humanisation propre au gothique n'a pas pour but une analyse psychologique approfondie des personnages ni une recherche d'une beauté domestique ; il vise une humanisation expressive intégrée au programme iconographique. La Sarmental est considérée comme gothique, mais elle présente encore des traces de son récent passé roman. En raison de son archaïsme iconographique, elle a été mise en relation avec le portail royal de Chartres. Toutefois, le naturalisme de certaines figures est typique de la sculpture gothique et montre que les artistes connaissaient les portails gothiques d'Amiens et de Reims. Ces références se caractérisent par la proportionnalité des corps, un sens narratif plus développé, un intérêt esthétique accru et une plus grande expression individuelle, tout en gardant la disposition conventionnelle des figures.
Un contexte artistique indigène apparaît également, quoique timidement.
Cathédrale Notre-Dame de Paris
Cathédrale Notre-Dame. Il s'agit d'une œuvre appartenant au gothique classique, en pierre de taille, qui est située sur une île de la Seine à Paris, France. L'évêque Maurice de Sully posa la première pierre en 1163 ; la cathédrale fut achevée en 1258. Les architectes Pierre de Montreuil et Jean de Chelles intégrèrent les façades sud et nord de la cathédrale. Le plan est presque en croix grecque et la croisée du transept s'avance à peine. Elle se compose de cinq nefs et d'un double déambulatoire divisé en sections triangulaires, entouré d'une série de chapelles carrées qui forment un immense sanctuaire.
La nef centrale est plus haute que les bas-côtés, et l'on note la présence d'éléments de colonnes au lieu de piliers, ce qui se produit habituellement dans le premier gothique. Les supports portent des arcades très ouvertes et des voûtes sexpartites dans la nef ; le transept est séparé par des éléments transversaux. Les bas-côtés et la galerie qui les surplombe présentent une série organisée de fenêtres cintrées, d'oculi et d'autres ouvertures, formant l'ensemble en trois niveaux de hauteur. Toutes les fenêtres et les fausses baies (peintes sur les murs) sont décorées de vitraux, qui introduisent la lumière dans l'espace intérieur et renvoient à l'idéal mystique poursuivi par les architectes de l'époque.
L'extérieur révèle un parfait équilibre entre l'horizontale et la verticale, tant par les tours flanquant l'extrémité occidentale que par la montée verticale tracée par la galerie des rois. Cet équilibre fut toutefois perturbé au XIIIe siècle dans d'autres exemples gothiques, où la verticale prit le pas de façon décisive sur l'horizontale. L'extérieur reflète également la structure interne, en soulignant les différentes hauteurs et en montrant le système d'arcs-boutants et de contreforts, éléments essentiels du vocabulaire stylistique.
Sa façade est le prototype français, avec un dispositif en « hache », ayant le corps principal encadré par des tours, surmontées de terrasses. La façade est divisée en étages et comporte trois portails, suggérant trois nefs au lieu des cinq réelles. Son ornementation, riche, s'adapte parfaitement à la structure architecturale. Le portail central présente une batterie d'images entre le seuil, divisée en trois parties : la première représente les Limbes des Justes, la deuxième les Élus, et la dernière le Seigneur montrant les plaies de ses mains, accompagné d'anges portant les instruments de la Passion. Sur cette même façade se trouvent des créneaux ou niches abritant des saints et des prophètes.
Les archivoltes en ogive sont pleines de personnages qui traduisent la volonté de l'arc, caractéristique du style gothique, au lieu d'être disposés radialement comme dans le roman. Au premier étage de la porte apparaît une frise avec les statues des rois. Certains auteurs y voient les rois de France remerciés par les citoyens pour les privilèges accordés ; d'autres y voient les rois de Juda, ancêtres du Christ, tenant leurs sceptres et les rameaux de l'arbre de Jessé. Cette frise fut détruite pendant la Révolution française puis restaurée par Viollet-le-Duc. Au-dessus de la frise se trouve une rosette, dont le diamètre est inférieur à celles des façades nord et sud, mais d'égale qualité et ingénierie.
Deux tours carrées flanquent le sommet du bâtiment ; elles sont ouvertes sur leurs quatre faces, équipées de pinacles et parfaitement symétriques. Des gargouilles variées assurent l'évacuation des eaux, et un certain nombre de sculptures couronnent l'avant-toit du temple.
Cathédrale de Las Palmas (Santa Iglesia Catedral Basílica de Canarias)
Cathédrale de Las Palmas. Il s'agit de l'intérieur de la cathédrale de Las Palmas, dont l'auteur est anonyme. Son nom canonique, reconnu par le Saint-Siège, est Santa Iglesia Catedral Basílica de Canarias. Elle a été déclarée monument historique national en 1974.
C'est l'intérieur d'une cathédrale de style gothique à trois nefs longitudinales. Les nefs ont la même hauteur, la centrale étant cependant plus élevée que les latérales ; elles sont bordées par treize chapelles indépendantes.
Son plan est en croix latine et, à l'arrière de la nef, se dresse la chapelle qui prend la forme du chœur (la croisée ne dépasse pas trop et présente un aspect sphérique à l'intérieur, avec un tambour de fenêtres, une coupole et une lanterne, couronnée par un dôme). L'autel est dominé par l'image patronale de la cathédrale et de la ville : sainte Ana.
Le mur joue une fonction de support ; il apparaît divisé en deux niveaux avec de petites ouvertures et des fenêtres dans les arcades des chapelles latérales. Les fenêtres sont conçues comme des éléments ponctuels dans le mur et non comme des baies continues : elles créent un contraste entre la teinte colorée des vitraux et la blancheur des murs. La verticalité du temple est soulignée par l'extraordinaire hauteur des voûtes, symbolisant l'ascension spirituelle. La lumière provient des fenêtres des chapelles et de la rosace de la façade principale.
Les éléments décoratifs sont rares ; parmi ceux qui attirent l'attention figurent le style architectural sobre (chapiteaux très simples, anneau cylindrique, cadres, nervures...). Les piliers affichent une décoration basée sur des sarteras (colliers) ornés de perles et de rondelles. Dans les vitraux, on note l'alternance de tons gris foncé des arcs de pierre, des nervures et des voûtes, faisant ressortir la blancheur des murs et des voûtes.
Deux types de supports sont visibles : d'une part, dix colonnes cylindriques libres séparant les nefs, avec une base polygonale et un fût cannelé ; d'autre part, une douzaine de piliers adossés aux parois latérales, aux chapiteaux en croix et ornés de fines bagues cylindriques. Les voûtes des chapelles latérales sont en ogive et l'ensemble des voûtes semble réduit ; les couvertures sont formées par des nervures dans les nefs centrales et latérales.
Les contreforts extérieurs n'assument pas pleinement leur fonction de contre-poussé lorsque les bas-côtés ont la même hauteur que la nef. Les nervures, lignes semi-circulaires, s'ouvrent comme des paumes servant de supports. Les matériaux utilisés incluent la pierre bleue des carrières de San Lorenzo, utilisée pour les arcs et les nervures, tandis que les pierres de couleur grise et jaune (grès) proviennent généralement de la zone de Guanarteme. Les carrières se détachent sur le plâtre blanc des murs ; les couvertures, rendues avec des matériaux volcaniques, sont minces.
L'œuvre d'art appartient au gothique, plus précisément au gothique tardif. Actuellement, il n'existe que des vestiges isolés d'éléments gothiques dans les îles Canaries (arcs en ogive, voûtes d'ogives...), disséminés dans divers édifices ; cependant, l'intérieur de la cathédrale de Las Palmas de Gran Canaria est l'exception. Ce temple est la seule représentation significative de l'architecture gothique dans les îles, un style qui fut affaibli aux Canaries. À cela s'ajoutèrent les difficultés de construction liées aux matériaux limités et aux ressources économiques restreintes.
La cathédrale est située dans la ville historique de Las Palmas de Gran Canaria, dans le quartier adjacent à la Plaza Mayor de Santa Ana. Elle est le monument le plus important de la conquête et de la colonisation des Canaries.
Contexte socio-économique
L'architecture de l'archipel reflète la société féodale espagnole pré-capitaliste du XVe siècle et traduit l'organisation de la structure socio-économique, juridique et politique fondée sur des habitudes locales combinées aux adaptations imposées par une économie où le rôle du commerce et de la capitale commerciale fut déterminant.
Sur le plan économique, la place commerciale délimite la position des îles dans le contexte occidental. Cela a conduit, d'une part, à l'apparition d'un sous-secteur agricole tourné vers l'exportation, reposant sur l'alternance de productions destinées à satisfaire la demande extérieure (principalement les marchés européens), dont les centres de décision se trouvaient largement hors des îles Canaries. D'autre part, la complémentarité économique interne a généré une production pour l'autoconsommation et pour l'approvisionnement du marché intérieur afin de satisfaire la demande croissante due à la croissance démographique. Ces deux aspects — marché intérieur et abondance de main-d'œuvre — ont permis de maintenir un certain niveau de compétitivité des filières d'exportation de produits agricoles.