Les Facteurs Clés de la Romanisation en Hispanie
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1. L'essor de l'urbanisation romaine en Hispanie
Le peuple romain était essentiellement urbain. Ce mode de vie a été le modèle de population exporté dans tout l'Empire. Ceux qui se sont installés dans les provinces (anciens combattants, migrants de Rome ou d'Italie) l'ont fait dans des villes, le plus souvent créées expressément pour eux (les colonies).
La création de ce type de nouvelles villes ou de centres urbains a été constante, surtout à l'époque de César et d'Auguste. Ces fondations sont à l'origine de nombreuses villes espagnoles comme Mérida, Barcelone, Saragosse, Cáceres, Valence, Palma, Tarragone, Elche, etc. La première colonie notable fut Italica, fondée par Scipion en 26 avant J.-C.
En outre, les Romains ont favorisé la croissance des villes indigènes, en leur accordant le statut juridique privilégié de ***municipium***. Dans certains cas, cela impliquait l'octroi de la citoyenneté romaine à leurs habitants. Leur but était que les Hispaniques abandonnent leurs villages pour se concentrer dans les villes, les rendant ainsi plus faciles à intégrer au mode de vie romain et plus faciles à contrôler. Les anciennes municipalités romaines correspondent aux villes actuelles de Lérida, Huesca, Sagunto, Tortosa, Calatayud, Calahorra, etc.
Dans les villes, les Hispaniques baignaient dans la culture romaine. Ils bénéficiaient de nombreux aspects de la vie romaine :
- L'apprentissage de la langue latine.
- La pratique officielle des cultes religieux (notamment le culte de Rome et de l'Empereur).
- L'accès aux services publics (approvisionnement en eau, drainage, marchés, thermes, etc.).
- La fréquentation de lieux typiquement romains (théâtres, courses de chars et de chevaux, combats de gladiateurs), pour lesquels les Romains ont construit de magnifiques édifices dans les grandes cités.
Ils pouvaient également envoyer leurs enfants à l'école et participer aux institutions (aux assemblées et, s'ils étaient riches, au Sénat et à la magistrature). La preuve de l'efficacité de ce facteur de romanisation est que là où la concentration urbaine était la plus élevée, la romanisation fut également plus précoce et plus intense.
2. Le rôle crucial de l'armée dans la romanisation
Sous différents aspects, l'armée a été un facteur crucial de la romanisation culturelle, en plus d'être le principal instrument de contrôle et de domination des provinces. Tout d'abord, les légionnaires ont été le type de Romain le plus abondant et le premier à entrer en contact avec la population indigène à l'époque de la conquête.
Leurs camps ont attiré des secteurs marginalisés de la population autochtone. Les couples mixtes étaient fréquents et les familles s'installaient, formant des agglomérations autour des villes.
Les colonies de vétérans de l'armée romaine, qui recevaient des terres et une maison après leur service, ont également été un facteur important de romanisation. Ce fut le cas d'Italica pour les vétérans (***socii*** italiens) de la Deuxième Guerre Punique, et de Mérida pour les guerres de Gascogne.
L'armée a grandement contribué à l'assimilation des Hispaniques les plus pauvres et les moins romanisés en les employant comme mercenaires. Après l'établissement de la paix dans la péninsule, et surtout durant les guerres civiles et au début de l'Empire, les quotas de recrutement ont augmenté. Les Romains avaient besoin de ces soldats pour leurs guerres de conquête et pour maintenir les frontières de l'Empire. Pour les Hispaniques, c'était un moyen de gagner leur vie et d'obtenir la citoyenneté romaine. Une fois romanisés, ces soldats et vétérans retournaient dans leur région d'origine et devenaient des centres de romanisation.
3. Le réseau de communication et les voies romaines
Les Romains ont accordé une grande importance au maintien d'un réseau dense de routes dans tout l'Empire, renforcé par des ponts et des tunnels. Les motifs de cet effort étaient stratégiques, économiques et politiques.
En Hispanie, les grands axes routiers (l'équivalent de nos autoroutes actuelles) étaient :
- La célèbre ***Via Augusta***, reliant Cadix à la côte méditerranéenne via la Vallée du Guadalquivir, et se prolongeant jusqu'en Gaule (et ensuite à Rome).
- La ***Via de la Plata***, qui reliait les capitales provinciales comme Astorga, Mérida et Séville.
En dehors des grands axes, il y avait de nombreuses routes qui traversaient les différents ***conventus*** (districts judiciaires) de chaque province. Les vestiges de leurs pavés distinctifs se trouvent encore dans toute l'Espagne, souvent à proximité ou sous nos routes et autoroutes actuelles. Certains de ces ponts sont toujours utilisés aujourd'hui, comme ceux de Cordoue ou d'Andújar.
Les nombreux vestiges de ces travaux publics constituent l'un des éléments les plus caractéristiques, éloquents et durables de notre patrimoine romain.