Fins et méthodes de l'éducation — Reboul, Dewey, Decroly, Neill, Rogers
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Olivier Reboul — fins de l'éducation
Olivier Reboul : Les fins de l'éducation : pour la société ou pour l'enfant :
Trois fins de l'éducation
- 1ère fin : éduquer pour l'enfant :
But : faire épanouir l'enfant de façon à développer ses potentialités artistiques, sportives… L'éducation favorise la rupture des normes, l'éclosion du génie.
- 2ème fin : éduquer pour la société :
But : modeler l'enfant selon des normes culturelles. La transmission de la culture est une condition indispensable à toute vie sociale.
- 3ème fin : éduquer pour l'humanité :
En prenant le parti de l'enfant (2 risques) :
- former des êtres marginaux ;
- mettre en péril la cohésion de la société.
- figer la société sur elle-même ;
- former des êtres dénués de sens critique.
Citoyenneté, autorité et valeur
Citation d'Olivier Reboul :
« L'autorité est le pouvoir qu'a quelqu'un de faire faire à autrui ce qu'il veut sans avoir recours à la violence, pouvoir dû soit à sa position sociale, soit à sa compétence, soit à son ascendant. »
« L'autorité est indispensable à l'éducation de l'enfant, mais la fin ultime de l'éducation, c'est aussi d'apprendre à l'enfant à se passer d'autorité. »
« Une valeur est ce qui vaut la peine d'être appris, c'est‑à‑dire qui mérite qu'on lui sacrifie quelque chose. Or, pour qu'il y ait sacrifice, il faut que la chose sacrifiée ait déjà elle‑même une valeur. »
Hiérarchie des valeurs (du - au +)
- Le plaisir : satisfaction immédiate d'un désir.
- L'utile : exige le sacrifice de l'agréable.
- Le collectif : exige le sacrifice de l'intérêt personnel.
- L'humain : exige le sacrifice de l'intérêt pour le collectif.
- Le salut : (ensemble des valeurs donnant des réponses sur l'au‑delà et la mort) exige le sacrifice de l'intérêt porté aux valeurs humanistes.
John Dewey — philosophie et méthode pédagogique
John Dewey : philosophe américain.
Philosophie de l'éducation
But : réconcilier les dualismes traditionnels. Sévère critique des programmes. Réconciliation des dualismes :
- corps / esprit
- individu / société
- activité pratique / activité intellectuelle
- travail / loisir
L'école pensée comme une société démocratique en réduction. Société idéale = démocratie. École = société démocratique en réduction. Instauration au sein de l'école de divers conseils autogérés par les élèves (conseil d'administration, judiciaire…). Mise en place du « self-government ».
Travail, intérêt et expérience
L'enfant travaille si son travail l'intéresse : l'intérêt de l'enfant est de réussir à résoudre les problèmes rencontrés dans ses activités pratiques. Critique à l'égard de pratiques pédagogiques (récompenses…). Le travail de l'enfant repose sur des activités agricoles, domestiques (coudre, cuisiner…) ou techniques (travailler le bois, le métal…).
Méthode expérimentale et apprentissage
L'enfant apprend les leçons tirées de son expérience : méthode de travail en 5 étapes :
- reconnaissance du problème ;
- clarification du problème ;
- formulation de plusieurs hypothèses ;
- choix de l'hypothèse paraissant la plus judicieuse ;
- expérimentation de l'hypothèse.
Pédagogie dialectique société / individu :
La société fait progresser l'individu : elle met à disposition son patrimoine technique afin de développer l'esprit scientifique de l'enfant. L'individu fait progresser la société : il fait évoluer à son tour le patrimoine technique de la société.
Citation : « Le problème ultime de toute éducation réside dans la coordination des facteurs psychologiques et sociaux de l'individu. »
Ovide Decroly — centres d'intérêt et adaptation
Ovide Decroly : médecin et psychologue belge.
Conception du développement de l'enfant
Combination entre l'hérédité et l'environnement :
L'hérédité familiale :
Explication des différences entre l'enfance normale et anormale.
Croissance physique (enfants normaux) : prédispositions à se nourrir, s'hydrater, se reposer, se protéger… Prédispositions plus fugaces chez l'enfant anormal, croissance ralentie.
Développement psychologique (enfants normaux) : prédisposition à travailler, à avoir envie de relations sociales… Prédispositions plus fugaces chez l'enfant anormal, personnalité affectée.
Influence du milieu
Linfluence du milieu : il se réfère à de multiples observations. Pauvreté ou abandon = délinquance. Milieu stimulant = éveil des qualités latentes de l'enfant.
Critique et finalité
Critique de l'école traditionnelle : inapte à préparer l'enfant à la vie. Le milieu scolaire peut être un facteur essentiel des déformations psychiques de l'enfant. Finalité de l'éducation : aider l'enfant à s'adapter à la vie.
Besoins et centres d'intérêt
4 catégories de besoins :
- besoin de se nourrir ;
- besoin de lutter contre les intempéries ;
- besoin de se défendre contre les dangers ;
- besoin de travailler, d'agir solidairement, de se reposer et de se distraire.
Les connaissances acquises par l'enfant ont du sens si elles répondent à ces quatre besoins.
Les centres d'intérêt : classés en 4 catégories :
- intérêt pour les besoins propres à l'enfant ;
- intérêt pour le milieu actuel et proche de l'enfant ;
- intérêt pour le milieu actuel et éloigné de l'enfant ;
- intérêt pour le milieu passé.
Types d'exercices
3 types d'exercices :
- Exercices d'observation : décrire les choses, êtres ou événements constatés.
- Exercices d'association : associer aux observations un travail d'acquisition de vocabulaire, lecture, écriture, calcul…
- Exercices d'expression : exprimer les idées retenues sous des formes concrètes ou abstraites.
Alexander Sutherland Neill — pédagogie libertaire
Alexander Sutherland Neill : enseignant écossais.
Critique de l'éducation traditionnelle
Critique : négative car contraignante. La tradition est à l'origine des principaux maux de la société :
- les guerres ont pour origine l'éducation ;
- la démocratie conduit à l'esclavage ;
- la religion culpabilise l'enfant injustement ;
- l'école assujettit à des fonctions professionnelles.
Finalité de l'éducation libertaire : construire une société plus humaniste.
Influences et méthodes
Influence de la psychanalyse : méthode clinique cherchant à supprimer les troubles psychiques de l'adulte par l'analyse de l'inconscient.
Influence de A. Lane : fondation d'une école pour délinquants. Thérapie de la délinquance = affection.
Influence de Reich : disciple de Freud. La prise de conscience des souvenirs refoulés est insuffisante, il faut donner la possibilité de satisfaire les plaisirs sexuels sans interdit (thèse controversée).
Organisation de Summerhill
Organisation du temps scolaire à l'école de Summerhill : intérêt pédagogique de la non-assiduité avec des cours facultatifs entre 9h30 et 12h30. Intérêt pédagogique d'un enseignement simple (cinéma, débats, activités artistiques…).
Liberté et règles
Méthode non assimilable à l'anarchie : pédagogie libertaire mais tout n'est pas permis. L'enfant est libre de ses activités tant qu'il n'empiète pas sur la liberté d'autrui. Les enfants n'ont pas tous les droits dans la gestion de l'école. Les décisions de l'assemblée générale doivent être strictement respectées (sinon sanction).
Citation : « Je crois que ma tâche première est d'approuver tout ce qu'un enfant désapprouve en lui‑même, c'est‑à‑dire briser la conscience qui lui est imposée par… »
Carl Rogers — apprentissage centré sur la personne
Carl Rogers : psychologue clinicien américain.
Vers l'abolition de l'enseignement traditionnel
Abolition de l'enseignement traditionnel : distinction Enseignement ? Apprentissage.
Enseignement : gêne la capacité à s'auto-déterminer et à s'auto-développer.
Apprentissage : trouve son origine à l'intérieur de la personne.
Préconisations : abolition des examens, diplômes, de l'autorité formelle. Nouvelle façon d'enseigner pour faciliter l'apprentissage.
Conditions facilitant l'apprentissage
Conditions :
- l'individu doit percevoir l'utilité des connaissances à acquérir ;
- l'apprentissage doit être pratique ;
- l'individu doit pouvoir formuler et réaliser ses projets, être détendu ;
- la personne toute entière doit être engagée ;
- l'individu doit pouvoir s'auto-évaluer et s'appuyer sur une méthode d'apprentissage.
Le rôle du pédagogue
Qualités du pédagogue : c'est un « facilitateur » de l'apprentissage. Ses qualités dépendent de sa capacité à :
- établir un climat relationnel positif avec les élèves ;
- aider les élèves à trouver des problèmes personnels ;
- proposer un large éventail de ressources d'apprentissage ;
- répondre aux sollicitations de ses élèves ;
- être congruent ;
- être empathique.
Motivation, buts et mémoire
La motivation intrinsèque :
C'est la conduite d'un individu qui réalise une activité pour l'intérêt, le plaisir qu'elle produit elle‑même. Cette satisfaction ne provient pas de récompenses apportées par l'entourage mais directement de l'activité.
Ex : l'étudiant qui vient en cours pour s'enrichir intellectuellement.
Facteurs diminuant la motivation intrinsèque :
- les récompenses : on devient moins intéressé par l'activité si elle est récompensée ;
- la surveillance : les enfants qui ont été récompensés et surveillés sont les moins motivés ;
- l'imposition d'un temps limité (ex. exercice imposé).
Deux sentiments à l'origine de la motivation intrinsèque :
- s'auto-déterminer : sentiment d'être à l'origine de ses activités ;
- compétence : se sentir fier et trouver du plaisir à l'activité.
Motivation extrinsèque et récompenses
La motivation extrinsèque : conduite d'un individu agissant dans l'intention d'obtenir une conséquence située en dehors de l'activité réalisée.
Compliments et réprimandes : expérience pédagogique : on distingue 3 groupes. Lors d'exercices de mathématiques, on récompense le 1er groupe pour ses bonnes réponses, on sanctionne le 2ème pour ses erreurs et on ne s'occupe pas du 3ème. On remarque que les résultats augmentent pour le 1er groupe et chutent pour les deux autres. Il vaut donc mieux encourager les élèves plutôt que les réprimander à chaque erreur.
Valeur des récompenses : une bonne gestion de la motivation consiste à adapter des récompenses en fonction de la difficulté de la tâche réalisée. Un excellent élève se démotive dès qu'il obtient une note moyenne.
Buts et performance
Expérience (additions) : il faut réaliser des additions. 4 groupes :
- but difficile (répondre correctement à toutes les additions) et on leur donne le nombre de problèmes réussis ;
- but difficile mais on ne leur donne pas le taux de réussite ;
- but vague (faites de votre mieux) et on leur donne le nombre d'additions réussies ;
- but vague mais on ne leur donne pas le taux de réussite.
Résultats : pour le groupe 1 il y a une augmentation du taux de réussite : accroissement de la motivation. Pour le groupe 2, il y a d'abord une augmentation puis une chute brutale du taux de réussite.
Conclusion : attribuer un but précis à quelqu'un fait augmenter sa motivation, et le fait de connaître ses résultats renforce cette motivation.
Mémoire et motivation
Mémoire à court terme : permet de stocker et restituer immédiatement un nombre limité d'informations (environ 7).
Mémoire à long terme : permet de stocker et restituer un très grand nombre d'informations (pratiquement illimité) et de restituer les connaissances longtemps après l'apprentissage. L'enregistrement des informations se fait de différentes manières :
- mode phonologique : en relation avec les sons ;
- mode sémantique : se réfère à la signification du mot.
Les informations sont aussi plus facilement restituées si elles sont organisées.
Mode d'enregistrement et orientation de la motivation
But : faire apprendre des mots à des sujets de façons différentes :
- sous forme phonologique ;
- sous forme sémantique.
But et organisation en mémoire
Expérience : 6 listes de 21 mots à apprendre. 3 groupes avec des buts différents :
- « Fais de ton mieux » (but vague) ;
- « Essaie de te rappeler de tout » (but difficile) ;
- groupe contrôle.
On annonce les buts seulement lors des deux premières listes. Après quelques minutes, on retient 7 mots quel que soit le but. Même demande 24 h plus tard. La courbe de progression est constante pour le but difficile et se prolonge même après l'arrêt de la demande de but. Pour le but vague, la courbe connaît une réduction constante.