Foi et raison chez Augustin d'Hippone et Thomas d'Aquin
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Augustin d'Hippone : foi et raison dans la société
Augustin d'Hippone : la relation entre la foi et la raison
Un philosophe chrétien médiéval se distingue d'un philosophe grec en ce que ce dernier cherche la vérité, tandis que le chrétien sait déjà qu'elle a été révélée par Dieu ; il n'en a donc pas besoin de la même manière. Par conséquent, dans la philosophie chrétienne, en plus des pouvoirs naturels des sens et de la raison, s'ajoute une troisième faculté, beaucoup plus puissante en raison de son caractère surnaturel : la foi, capable de connaître la vérité sans erreur (cette vérité ultime étant Dieu lui‑même).
Ainsi, dans la philosophie chrétienne d'Augustin, la raison est en principe subordonnée à la foi et agit à son service : elle a pour tâche de démontrer rationnellement ce que la foi tient pour vrai sans démonstration rationnelle. Par exemple, si des hérétiques attaquaient le dogme à l'aide d'arguments rationnels, les chrétiens pouvaient aussi défendre la foi par la raison.
Chez Augustin, cette subordination apparaît clairement dans la théorie de la lumière, selon laquelle une lumière intérieure éclaire la raison et permet d'accéder à la vérité : il faut croire pour comprendre.
De plus, si la foi doit guider la philosophie, en politique l'Église doit conduire l'État, orientant la cité terrestre vers la justice divine au profit de l'homme. Ainsi, si Platon proposait le philosophe‑roi (qui connaissait les Idées du Bien et de la Justice), Augustin propose plutôt l'Église comme souveraine de la société : elle est celle qui connaît la vérité — non pas une idée abstraite de la justice, mais le Bien divin.
- Position clé : la foi est supérieure et guide la raison.
- Théorie notable : la lumière intérieure qui éclaire la raison.
- Conséquence politique : l'Église oriente la cité vers la justice divine.
Thomas d'Aquin : foi et raison
Thomas d'Aquin : relations entre la foi et la raison
Comme pour Augustin, le philosophe chrétien médiéval se distingue du philosophe grec : le grec cherche la vérité, tandis que le chrétien sait qu'elle a été révélée par Dieu. Mais Thomas d'Aquin nuance et modifie la position augustinienne sur la subordination de la raison.
Si Augustin subordonne fortement la raison à la foi et lui refuse toute autonomie, Thomas d'Aquin reconnaît à la raison une certaine indépendance tout en affirmant qu'elle partage la vérité de la foi. Cette position évite le problème de la « double vérité » reproché à Averroès : vérité de la foi et vérité de la raison ne sont pas contradictoires quand elles traitent du même objet.
Pour Thomas, si la raison et la foi s'opposent sur une même question, l'une d'elles est en erreur. La raison est une faculté naturelle et, par conséquent, limitée : elle ne peut connaître certaines vérités sans le concours de la révélation ou sans l'apport des sens et de l'expérience — perspective inspirée par le racio‑empirisme d'Aristote et sa méthode abstraite.
- Position clé : harmonie possible entre foi et raison.
- Limite de la raison : faculté naturelle et partiellement limitée.
- Influence : méthode aristotélicienne et refus de la double vérité.