Les Fondamentaux de la Responsabilité Pénale et de la Causalité
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Auteur du Crime et Objet de l'Infraction
Définition de l'Auteur et du Complice (Art. 27 & 28 CP)
L'Article 27 du Code Pénal (CP) stipule que sont pénalement responsables des crimes et délits, les auteurs et complices.
L'Article 28 ajoute que sont considérés comme auteurs ceux qui ont commis les faits :
- Seuls, conjointement ou par l'usage d'un autre comme instrument.
- Ceux qui ont induit directement une ou plusieurs autres personnes à exécuter l'acte.
- Ceux qui coopèrent à sa mise en œuvre.
L'auteur d'un crime est la personne qui, a priori, correspond à la description typique légale et est capable de devenir l'auteur.
Types de Crimes selon les Caractéristiques de l'Auteur
- Crimes Communs : Tous les sujets peuvent les commettre (ex. : « qui tue... »).
- Crimes Spéciaux : La description légale exige que l'auteur possède certaines caractéristiques ou conditions spécifiques.
Classification des Crimes Spéciaux
- Crimes Spéciaux Propres : Nécessitent une qualité spécifique du sujet pour être commis. Cette qualité est un élément constitutif du type. Ceux qui n'ont pas cette qualité sont empêchés d'être punis pour ces crimes.
- Crimes Spéciaux Impropres : Les sujets actifs, selon qu'ils remplissent ou non une certaine condition, peuvent être directement responsables ou exemptés de responsabilité pénale (Exemple : Art. 443 CP, l'officiel).
- Crimes Spéciaux de Première Main : Seul celui qui exécute le crime peut être un participant. Il n'est pas possible d'utiliser un autre sujet. (Exemples : la bigamie, l'abandon de famille).
Types de Crimes selon le Nombre de Sujets Impliqués
- Crimes Unisubjectifs : Ils sont majoritaires. Commis par un seul agresseur possible.
- Crimes Plurisubjectifs : Nécessitent la présence de plusieurs sujets.
Classification des Crimes Plurisubjectifs
Crimes Plurisubjectifs Stricts :
- Crimes de Conduite Unilatérale ou de Convergence : Toutes les volontés des parties concernées sont orientées vers le même but.
- Crimes de Conduite Bilatérale ou de Réunion : Différents sujets n'agissent pas comme un ensemble, mais comme des parties distinctes de la même relation.
Infractions Pénales Plurisubjectives au Sens Large : Nécessitent la présence de deux ou plusieurs sujets avec une action de leur part, mais tous les comportements ne sont pas sanctionnés, seulement une infraction pénale (Exemple : le crime d'usure).
Autres Sujets et Objets de l'Infraction
- Victime du Crime : Le propriétaire légal du bien juridique lésé par l'infraction.
- Objet Juridique du Crime : Le bien légalement protégé.
- Objet Matériel du Délit : La personne ou la chose sur laquelle l'action porte.
- Sujet Actif : Celui qui commet le crime.
Responsabilité Pénale des Personnes Morales
Bien que le droit pénal ait longtemps suivi la maxime selon laquelle la société ne commet pas de crimes, la vie contemporaine des entreprises a conduit à un grand nombre d'infractions résultant du niveau des entreprises, parfois plus nombreuses que les crimes commis par des individus.
Afin d'éviter que les responsables de la criminalité d'entreprise ne restent impunis en se réfugiant derrière l'entité juridique, le CP a été modifié en 2010 pour introduire une nouvelle section à l'Article 31, qui régit la responsabilité pénale des personnes morales.
Critiques Doctrinales de la Responsabilité des Personnes Morales
Une partie de la doctrine et de nombreux avocats ne comprennent pas cette responsabilité, car ils soutiennent que la personne morale n'a pas certaines qualités pour être tenue responsable. Les critiques soutiennent que l'entité ne peut être tenue pénalement responsable directement, car :
- Elle viole le principe de la personnalité subjective des peines.
- Elle viole le principe de la culpabilité, car la personne morale, seule, n'a pas la capacité de décision ou de volonté d'action.
- Les règles de procédure ne sont pas destinées aux personnes morales et ne peuvent être appliquées qu'aux individus.
- La peine, destinée à la prévention, ne peut être exécutée ou respectée par la personne morale.
- Le problème impliquerait ses propres crimes spéciaux, ceux qui exigent que le sujet actif possède certaines qualités spécifiques caractérisant l'infraction.
Résolution du Conflit et Réforme de 2010
Pour résoudre ce conflit, la plupart des lois ont introduit une « clause de responsabilité » couvrant les actes commis par des individus pour le compte de la société. La responsabilité pénale de la personne morale est régie par les Articles 31, 31 bis, 318, 290 et suivants du Code Pénal.
L'Article 31 bis, introduit par la réforme de 2010, se réfère explicitement à la possibilité de la responsabilité pénale des personnes morales.
Action, Omission et Causalité en Droit Pénal
Action et Omission : Définitions
L'action est le mouvement corporel qui déclenche un processus causal en violation d'une règle. Elle sanctionne la conduite d'une activité ou un résultat. Sont distingués :
Classification des Crimes selon l'Action
- Crime de Simple Activité ou Formel : Pour la consommation du type, il suffit d'un mouvement corporel. Concerne les droits juridiques, et non physiques. Les résultats peuvent se produire, mais ne sont pas exigibles.
- Crime de Résultat Matériel : Exige une action consommée et un résultat. Dans ce genre de crimes, la tentative est punissable uniquement si elle porte atteinte au bien juridique.
Crimes d'Omission
L'omission est punissable pour le fait de ne pas effectuer un comportement attendu. Il existe deux types :
- Crimes d'Omission Pure ou Propre : Seul le défaut d'accomplir une activité attendue est puni. (Exemple : l'incapacité à fournir assistance).
- Crimes Commis par Omission ou Omission Impropres (Commission par Omission) : Énoncés à l'Article 11 du CP, ils punissent le résultat découlant de cette omission. Cela nécessite la non-réalisation du comportement attendu et le non-évitement d'un résultat.
La différence fondamentale entre l'omission propre et l'omission impropre (commission par omission) réside dans le fait que, dans la seconde, le sujet omettant est requis d'avoir une position de garant, capable d'assurer la protection légale. (Exemple : un sauveteur dans une piscine. Son devoir de garantir la sécurité des baigneurs l'oblige à les secourir ; le défaut de le faire est une commission par omission).
La Position de Garant (Article 11 du CP)
L'Article 11 du CP affirme : « Les crimes ou délits qui consistent en la production d'un résultat ne sont réputés commis par omission que si le fait de ne pas l'éviter, en violation d'une obligation légale particulière de l'auteur, équivaut, au sens du texte de la Loi, à sa causation. »
À cette fin, l'échec sera considéré comme équivalent à l'action si :
- Il existe une obligation légale ou contractuelle spécifique d'agir pour l'omettant.
- L'omettant a créé une occasion de risque pour le bien légalement protégé par une action ou une omission antérieure.
La commission par omission nécessite donc qu'il y ait un sujet omettant ayant une position de garant préalable.
Critères de la Position de Garant
1. Critère Juridique ou Formel
Elle nécessite la présence d'un texte juridique ou d'une relation contractuelle qui crée la position de garant. Elle est requise lorsque :
- Il existe une relation de dépendance entre le sujet et le bien juridique.
- Il y a eu interférence dans une situation où l'action a créé un danger, et il est nécessaire de prévenir la menace de blessure à un droit légal.
2. Critère Matériel
Ce critère expose la position de garant en fonction des caractéristiques que l'individu a assumées ou qui lui ont été imposées dans sa sphère d'opération. Le point de départ est :
A) Fonction de Protection Juridique : Relation de dépendance entre le bien juridique et le sujet qui le rend directement responsable. Cela inclut :
- L'existence de liens familiaux.
- Les situations de risque collectif (participation volontaire à une activité dangereuse avec plusieurs personnes, impliquant un devoir tacite de prendre soin des autres).
- La prise en charge volontaire et directe d'un bien légalement protégé (Exemple : le personnel médical s'occupant d'un patient).
B) Création d'une Obligation de Contrôler les Sources de Danger : Le sujet a, dans sa sphère d'activités, créé des risques ou menacé des personnes. Il a donc le devoir et l'obligation de contrôler ce facteur dangereux.
Intervention de l'État
Celui qui a causé le danger a une obligation de protection. Il est nécessaire que le résultat produit soit directement lié à l'omission du sujet. Le sujet doit avoir sous son contrôle une source de danger pour le bien juridique. Ici, le sujet est responsable de la prévention de la matérialisation du danger pour autrui.
Cas de Devoir Matériel : Situations de prise en charge de certaines personnes (Exemple : obligation du père à l'égard des actes de ses enfants).
En conclusion, la position de garant sera établie s'il existe une fonction de protection de la vie de certaines personnes avant le défaut, ou s'il y avait une fonction de surveillance sur certaines sources de danger pouvant affecter la vie ou l'intégrité d'une pluralité de personnes. Le garant se voit confier la tâche d'assurer les droits légaux qui peuvent être affectés par sa portée, et cette protection dépend de l'obligation du sujet.
La Causalité en Droit Pénal
Nous nous concentrons ici uniquement sur les infractions dites de résultat.
Théories de la Causalité
1. Théories de l'Individualisation
Selon ces théories, toutes les conditions du résultat ne peuvent pas être considérées comme la cause ; seule la condition caractérisée par une plus grande efficacité causale est retenue. C'est la théorie de la cause efficiente.
2. Théorie Généralisée
Toutes les conditions ayant concouru à un résultat ont la valeur de cause pénale légale. Son meilleur exemple est la Théorie de l'Équivalence des Conditions.
Les Trois Théories Principales de la Causalité
Les trois théories sont : la Théorie de l'Équivalence des Conditions, la Théorie de l'Adéquation et la Théorie de la Causalité Pertinente.
Théorie de l'Équivalence des Conditions
Elle considère que toutes les conditions nécessaires à la production d'un résultat ont la même valeur causale.
Pour corriger cette théorie, ont émergé la Théorie Adéquate et la Théorie de la Causalité Pertinente. Ces deux théories, tout en reconnaissant que toutes les conditions concourant à un résultat ont la même valeur, reconnaissent également qu'il y en a certaines qui sont plus adéquates ou plus pertinentes que d'autres.
Théorie de l'Adéquation
Cette théorie soutient qu'à des fins juridiques pénales, seule est cause la condition qui, selon l'expérience, est suffisante pour produire le résultat.
Pour déterminer la pertinence, il faut faire une prévision objective en examinant les règles de l'expérience et en tenant compte du comportement personnel du sujet. Cette théorie a été critiquée car elle reposait sur une évaluation subjective, entraînant un risque d'insécurité juridique.
Théorie de la Pertinence
Précurseur de la théorie de l'imputation objective. Elle comprend que toutes les conditions ne doivent pas être juridiquement équivalentes. Ainsi, bien que toutes soient des causes, une signification juridique doit être attribuée à certaines et non à d'autres. Le problème réside à nouveau dans le manque de spécificité des critères pertinents.
Théorie de l'Imputation Objective
Pour résoudre le problème de la pertinence, la Théorie de l'Imputation Objective a été développée. Ses principaux exposants sont Jescheck et Roxin.
Cette théorie soutient que l'individu n'est responsable d'un résultat causé par son comportement que si l'on peut établir un lien d'imputation objective entre ce résultat et la conduite. Les étapes de l'imputation objective sont au nombre de deux :
- Lien de Causalité : Jugement sur l'existence réelle d'un lien de causalité entre l'action et le résultat.
- Imputation de la Cause à l'Action : Déterminer dans quelle mesure on peut imputer la cause, c'est-à-dire si l'on peut vraiment dire que c'est « son œuvre ».
Critères de l'Imputabilité Objective (4 Critères)
L'imputation objective est établie si :
- L'action doit créer ou augmenter un risque.
- Ce risque doit être interdit par la loi.
- Le risque doit se traduire en un résultat typique.
- Le résultat provoqué est celui que la règle violée visait à prévenir (principe de prévention du risque désapprouvé).
Corrections à la Théorie de l'Imputation Objective (6 Principes)
- Principe de l'Absence de Pertinence Juridique : Il n'y a pas d'imputation objective lorsque l'action ne crée généralement pas un risque significatif.
- Comportement Alternatif Conforme à la Norme : Il n'y aura pas d'imputation objective lorsque le résultat se serait produit de manière tout aussi appropriée, même avec un comportement conforme à la norme.
- Principe de Diminution du Risque : Aucune imputation objective n'a lieu lorsque le résultat survient pour éviter ou retarder un autre résultat plus grave.
- Principe d'Autonomie de la Victime : Il n'y a pas d'imputation objective lorsque le résultat est la conséquence de la conduite imprudente de la victime.
- Principe d'Attribution des Résultats à une Zone Hors Responsabilité : Les résultats qui correspondent à la responsabilité professionnelle ne sont pas objectivement attribuables au sujet.
- Causalité Hypothétique et Anormale : Il y aura imputation objective dans le cas de causalité hypothétique et anormale dans la constitution de la victime.
Interruption du Lien de Causalité
Si l'interruption est établie, le sujet ne doit pas être tenu objectivement responsable des résultats. Ainsi, il n'y a pas d'imputation pour les résultats impliquant un accident bizarre.
Le problème se pose pour déterminer ce qu'est un accident bizarre et quand interviennent des causes naturelles. La doctrine stipule que :
- En cas de concours de ces facteurs à l'action, le lien causal n'est pas considéré comme interrompu.
- En cas de concours ultérieur, le Tribunal Suprême (TS) a tendance à considérer le lien de causalité rompu, mais seulement si les faits sont intentionnels ou malveillants.
- Le TS a considéré qu'il n'y a pas de lien de causalité dans les cas qui précipitent le résultat.
Causes d'Exclusion de l'Action
Il existe 3 causes d'exclusion de l'action :
- Force Majeure (Juggernaut) : Force externe qui oblige le sujet à l'accomplissement du mouvement corporel ou de l'omission. Il peut s'agir d'une force physique irrésistible ou d'une force psychique qui n'entraîne pas la peur.
- Inconscience : Le sujet est privé de sa capacité d'action. Il existe 3 types :
- Somnambulisme.
- Hypnose : Il n'y a pas d'accord unanime dans la doctrine. Si l'on peut démontrer que la capacité d'action a été annulée, toute responsabilité est exclue.
- Ivresse : Deux types :
- Ivresse Profonde (Dormance) : Le sujet n'a aucune capacité de contrôle ou de mouvement corporel.
- Ivresse Légère ou Douce : Le sujet est sous une influence qui aurait pu être évitée.
- Mouvement Réflexe : Mouvements faits inconsciemment sans aucune implication de la volonté (par exemple, les vomissements). Contrairement à eux, les actes en court-circuit ou impulsifs impliquent une certaine intervention de la volonté et, à la différence des mouvements réflexes, les réactions peuvent être différentes pour le même stimulus.