Gouvernement, conflits internes et déclin des Habsbourg

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Le pouvoir du valide et le gouvernement

Le gouvernement à la cour a été caractérisé par la figure du valide (favori privé), une personne de confiance à qui le roi déléguait l'action gouvernementale. Plusieurs facteurs expliquent ce processus : le désintérêt du roi pour certaines affaires, la complexité croissante des tâches gouvernementales et administratives, et la décision de rationaliser l'action politique en remplaçant parfois les conseils collégiaux par l'autorité d'un favori.

Le pouvoir du valide relevait souvent de la noblesse : il intervenait dans les tribunaux et assurait la médiation entre le roi et ses sujets. Cette configuration a favorisé l'installation de réseaux clientélaires, mais aussi la critique et les accusations de favoritisme et de corruption.

Conflits internes sous Philippe III et Philippe IV

Sous le règne de Philippe III (1598-1621), la direction politique effective passa entre les mains du duc de Lerma. La corruption atteignit des niveaux intolérables dans un contexte de crise économique et d'une énorme dette de l'État : deux faillites conduisirent en 1607 et 1609.

Sous Philippe IV, le comte‑duc d'Olivares fut le favori du roi. Ses travaux fondamentaux mettaient l'accent sur un programme de réformes économiques, administratives et politiques. Parmi les mesures proposées figuraient notamment :

  • Réduction du nombre de courtisans et des bureaux pour rationaliser le personnel.
  • Protection de l'artisanat et du commerce.
  • Création d'instruments financiers tels que des bons du Trésor et l'émission d'emprunts pour gérer la dette publique.
  • Instauration de nouvelles taxes visant à améliorer les recettes de l'État.
  • Mesures démographiques pour encourager la natalité : récompenses pour les familles nombreuses et restrictions sur certaines migrations.
  • La proposition de l'Union des Armes : un système de quotas par lequel chaque territoire devait fournir des hommes, des armes et des ressources proportionnelles à sa population et à son développement économique.

La crise de 1640 et ses conséquences

Les réformes d'Olivares provoquèrent des réactions dans les différents territoires. En Catalogne, la situation s'envenima en 1635 à cause de la guerre entre la France et l'Espagne ; la province devint en pratique un avant-poste militaire. Les tensions créées par ces mesures et par les exactions royales provoquèrent la colère populaire. Le 7 juin 1640 eut lieu le Corpus de Sang, qui commença par un affrontement entre des pêcheurs et des officiers royaux et conduisit à un soulèvement général et à l'assassinat du vice-roi. Les Catalans demandèrent alors l'aide du roi de France et la région devint une république sous la protection de la France.

Au Portugal, la mise en œuvre de l'Union des Armes, l'instauration de nouvelles taxes touchant les privilégiés, l'incapacité à défendre le commerce et le sentiment que des soldats portugais avaient été engagés contre les Catalans en 1640 favorisèrent un mouvement national. Une révolte éclata à Lisbonne et le duc de Bragance fut proclamé roi sous le nom de Jean IV, soutenu notamment par l'Angleterre et la France.

Des révoltes nobiliaires se produisirent également en Aragon et en Andalousie, aggravant la crise intérieure du royaume.

Politique étrangère : le déclin de l'hégémonie des Habsbourg

Les objectifs de la politique extérieure espagnole restaient la défense intransigeante de l'héritage dynastique, la protection de la religion catholique face aux luthériens et calvinistes, et la défense du monopole commercial en Amérique. Mais cette politique fut de plus en plus contrainte par :

  • le manque de ressources financières,
  • le fardeau fiscal excessif pesant sur les différents territoires,
  • la diminution des effectifs militaires,
  • l'action des Hollandais et des Britanniques dans les colonies hispano‑portugaises,
  • l'émergence de nouveaux ennemis : l'Angleterre, la France, les Provinces‑Unies et le Portugal.

Sous Philippe III (1598-1621), considéré comme pacifiste et conservateur, une série de traités de paix furent signés (avec la France, l'Angleterre) et, surtout, la trêve de Douze Ans (1609) avec les Provinces‑Unies, visant à conserver les Pays‑Bas et à soutenir les Habsbourg.

Sous Philippe IV (1621-1665), l'Espagne participa à la guerre de Trente Ans (1618-1648) avec l'objectif de restaurer la puissance espagnole face aux autres puissances. Après quelques victoires, l'Espagne subit une série de défaites contre la France, menant à la signature du traité de Westphalie (1648). Ce traité marque la fin de l'hégémonie des Habsbourg en Europe, l'affirmation du pluralisme religieux et la confirmation de l'hégémonie française.

Contexte économique et social au XVIIe siècle

Le XVIIe siècle est une période de crise : on observe une baisse de la production agricole due à des aléas climatiques et à des problèmes de culture, des charges fiscales énormes pour les agriculteurs et une réduction de la demande. L'industrie artisanale connut une récession, en particulier dans le textile, par manque d'investissement.

Le commerce intérieur souffrit de mauvaises communications et de barrières douanières. Le commerce extérieur fut déséquilibré : les matières premières étaient exportées tandis que les produits manufacturés étaient importés. Le commerce avec l'Amérique rencontra des difficultés en raison de la concurrence française, anglaise et néerlandaise. Les faillites successives affectèrent le monde rural.

Il y eut également une crise démographique liée à l'émigration vers les Indes, aux épidémies et à l'expulsion des Maures : environ 300 000 agriculteurs durent quitter l'Espagne, laissant de nombreuses terres en jachère et réduisant les revenus des propriétaires.

La société était structurée par des inégalités marquées. La noblesse, dont une partie se distinguait par sa richesse, vivait souvent en milieu urbain grâce aux revenus fonciers et à l'achat de charges et de privilèges. Le clergé, qui ne payait pas d'impôts sur certains revenus, percevait des revenus fonciers et urbains importants. Le tiers état, composé en majorité de paysans, supportait l'essentiel des impôts directs.

La bourgeoisie espagnole s'intéressait à l'acquisition de rentes, de charges et de propriétés agricoles. Le nombre des pauvres augmenta, de même que le nombre des mendiants.

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