La Guerre Civile Espagnole : Chronologie et Conséquences

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La Guerre Civile Espagnole

Le 17 juillet 1936, un coup d'État militaire dirigé par les conservateurs a commencé dans le protectorat espagnol du Maroc. Dans les jours suivants, il s'est propagé à la péninsule. Ce soulèvement était le résultat d'un complot organisé par les perdants des élections de février, visant à renverser le gouvernement légitime du Front Populaire.

Le succès partiel du coup d'État (qui échoua dans les principales villes du pays grâce à la résistance d'une grande partie de la société espagnole désireuse de défendre la République) fut la source d'une guerre civile sanglante. Celle-ci mena à la dictature du général Franco, qui dura près de 40 ans.

L'Espagne devint un champ d'expérimentation pour de nouvelles armes et techniques de guerre qui seraient utilisées lors de la Seconde Guerre mondiale. Les belligérants étaient :

  • D'un côté : les puissances fascistes (Italie et Allemagne).
  • De l'autre : les libéraux-démocrates et les communistes.

L'échec du coup d'État dans les grandes villes

À Madrid, le général Fanjul, chef des rebelles, fut cerné près de la caserne par la population. À Barcelone, Goded et ses partisans furent maîtrisés par le peuple, la Garde Civile et la Garde d'Assaut, fidèles à la République. À Valence, le soulèvement échoua également, faute de soutien populaire.

Cependant, la révolte triompha dans les zones rurales et dans des villes comme Cordoue, Séville, Grenade et Saragosse. Bientôt, la zone côtière de la Cantabrie fut coupée par les rebelles.

Les deux Espagnes : Principes opposés

Deux Espagnes émergèrent, défendant des principes opposés et inconciliables :

  1. Les partisans de la rébellion : Ils considéraient l'insurrection comme nécessaire pour sauver l'Espagne traditionnelle et rétablir l'ordre face aux « ennemis du pays » (communistes, socialistes, etc.).
  2. Les fidèles à la République : Ils luttaient pour consolider les acquis d'une république démocratique et mettre fin au fascisme qui se propageait en Europe.

Beaucoup d'Espagnols rejoignirent un camp ou l'autre non pas par idéologie, mais par une question géographique, selon que la révolution avait réussi ou non dans leur région.

Ressources et forces en présence

La répartition des ressources et des forces était la suivante :

  • Zone Républicaine : Elle détenait les principales zones minières, les grandes villes et la plus grande population à nourrir. Les ressources financières étaient entre les mains de la République, ce qui permit l'achat d'armes, notamment auprès de l'URSS.
  • Zone Rebelle : La population et l'industrie y étaient moins importantes, mais les ressources agricoles étaient plus abondantes.

Concernant l'armée, la majorité des soutiens rebelles appartenaient à l'armée disciplinée et professionnelle du Maroc (commandée par Franco), tandis qu'un petit groupe de généraux et d'officiers restaient fidèles à la République.

L'Armée de la République était désavantagée : le gouvernement, pour tenter de réduire l'insurrection, avait ordonné aux soldats de ne pas obéir aux ordres de leurs supérieurs. La République dut improviser une nouvelle armée et autorisa l'existence de milices, qui manquaient de discipline et d'expérience militaire. Leur efficacité était bien inférieure à celle de l'armée rebelle disciplinée.

La faction rebelle fut rejointe par des Carlistes et des Phalanges. Les classes moyennes et la paysannerie supérieure soutinrent le soulèvement, tandis que les classes laborieuses des campagnes et des villes défendirent la République. Cependant, la loyauté géographique s'imposa souvent.

Les gouvernements autonomes de Catalogne et du Pays Basque soutenaient la République, tandis que les nationalistes voulaient éliminer les statuts d'autonomie. À Madrid, à partir de septembre, le gouvernement fut dirigé par le socialiste Largo Caballero, qui visait à intégrer toutes les forces combattantes de l'insurrection.

1936 : L'avancée nationaliste et la bataille de Madrid

Après l'échec du coup d'État, les troupes du Nord (Mola) et du Sud (Franco) devaient converger vers Madrid pour la conquête. Franco était initialement isolé au Maroc, car la flotte était restée fidèle à la République. Il demanda l'aide des Allemands et des Italiens pour obtenir des avions.

Il réussit finalement à traverser, car la marine républicaine manquait de carburant et ne put empêcher l'acheminement des troupes de Franco, qui firent la jonction avec les insurgés de Séville, dominés par Queipo de Llano. Franco se dirigea vers l'Estrémadure pour rejoindre les forces de Mola.

L'armée de Mola, partie de Navarre, vainquit Irun et Saint-Sébastien, isolant ainsi la zone républicaine du Nord. L'avancée de Franco vers Madrid fut retardée lorsqu'il détourna son armée pour libérer l'Alcazar de Tolède, où se trouvaient des rebelles et des réfugiés. Ce délai donna le temps aux troupes républicaines de se regrouper et de préparer le siège de Madrid.

En septembre, Franco fut nommé Généralissime par les généraux rebelles. Il concentra progressivement tous les pouvoirs de l'État, le menant à devenir un dictateur.

Lorsque les troupes de Franco arrivèrent à Madrid, des milices d'autres régions d'Espagne, les premières Brigades Internationales et l'aide militaire soviétique étaient déjà arrivées pour défendre la capitale. Une commission de défense fut créée, dirigée par Miaja. Le gouvernement, craignant d'être surpris si la ville tombait, s'installa à Valence.

Les ordres de Franco de se concentrer sur le front de Madrid furent exécutés, mais après de violents combats, la résistance stabilisa le front. La guerre se transforma alors en une guerre de tranchées, marquée par des duels d'artillerie et des bombardements évidents sur la population civile de Madrid, avec une aide internationale croissante pour les deux parties.

1937 : Les batailles autour de Madrid et la chute du Nord

Avant le début de la guerre, certains monarchistes, dont Calvo Sotelo, avaient établi des contacts avec l'Italie fasciste pour obtenir des moyens de renverser la République. Mussolini envoya des armes et du matériel de guerre qui furent utilisés contre des civils lors de la conquête de Malaga en février 1937.

Les tentatives d'encerclement de Madrid

Comprenant qu'une attaque frontale sur Madrid était impossible, Franco décida d'encercler la ville en coupant la route stratégique vers Valence. Ce fut la Bataille du Jarama. L'objectif ne fut pas atteint et il y eut de nombreuses victimes des deux côtés. Le rôle des Brigades Internationales fut notable, et des combats impliquant du matériel soviétique et allemand eurent lieu.

Suite au succès de Malaga, les armées italiennes tentèrent d'encercler Madrid par le nord (Guadalajara). En mars, les soldats italiens, les nationalistes, les avions et les chars brisèrent l'extrémité du front républicain. Le général républicain Rojo lança une contre-offensive. L'armée républicaine, organisée en brigades mixtes de miliciens, joua un rôle important avec les Brigades Internationales. Les Italiens se retirèrent, laissant derrière eux matériel, morts, blessés et prisonniers de guerre. Ce succès eut un grand effet de propagande pour la République.

La campagne du Nord

Après les échecs de la Jarama et de Guadalajara, Franco comprit qu'il ne pouvait pas contourner Madrid et décida de conquérir progressivement les territoires républicains. La zone septentrionale (Asturies, Santander et Pays Basque) était indispensable, car elle contenait la majorité des ressources minérales et industrielles de l'ennemi.

Après le bombardement de la ville de Guernica, loin du front, Bilbao tomba en juin et son statut d'autonomie fut retiré. La cible suivante fut Santander. Le nouveau président, Juan Negrín, ordonna une attaque surprise à Brunete en juin pour éviter la liquidation du front nord, mais le mois suivant, Santander fut prise par les rebelles.

En Aragon, l'armée républicaine lança une attaque (Belchite) pour paralyser l'offensive nationaliste et la conquête des Asturies. Cependant, l'objectif nationaliste fut atteint en octobre, et toutes les Asturies furent prises, faisant disparaître complètement le front nord.

La victoire laissa les grandes mines et les ressources industrielles du Nord aux mains des rebelles. Franco voulait utiliser cette armée pour un nouvel assaut sur Madrid. Le général républicain Rojo ordonna une offensive de diversion à Teruel. Après une attaque à la fin de 1937, la ville se rendit, permettant aux Républicains de gagner la première capitale de province pendant la guerre. Franco lança une contre-offensive pour récupérer la ville après de rudes combats.

1938 : La coupure de la zone républicaine et l'Èbre

Après la bataille de Teruel, les rebelles tentèrent d'atteindre la Méditerranée afin de séparer la zone républicaine en deux (Catalogne d'un côté, Madrid et Valence de l'autre). Ils réussirent et atteignirent la côte à Vinaroz (Castellón), puis se dirigèrent vers Valence, prenant Castellón en juin.

La République tenta d'empêcher l'avance sur Valence par la Bataille de l'Èbre, dont le but était de prendre à revers les objectifs nationalistes. L'offensive républicaine fut une surprise pour les rebelles, mais la République fut rapidement affaiblie par la contre-offensive nationaliste, impliquant artillerie et aviation.

Les Accords de Munich découragèrent la résistance républicaine acharnée. L'armée républicaine dut se replier sur l'Èbre, laissant de grandes quantités de matériel et ayant perdu ses meilleures unités.

Le Président de la Generalitat, Companys, fut exécuté. Beaucoup de Républicains franchirent la frontière française pour s'exiler.

1939 : La chute de la République

Franco attaqua la Catalogne au début de 1939, qui fut occupée en deux mois. Il élimina le statut d'autonomie. (Le Président de la Generalitat, Companys, serait fusillé des années plus tard après avoir été remis à Franco par la Gestapo).

Après l'occupation de Barcelone, de nombreux exilés républicains se réfugièrent en France fin février. Manuel Azaña démissionna de son poste de Président de la République et s'exila en France.

À Madrid, le colonel Casado et d'autres militaires non-communistes créèrent un Conseil de Défense Nationale, s'opposant à la politique de résistance personnalisée de Negrín. Un gouvernement parallèle de la République fut mis en place, dont le but naïf était de négocier la paix avec certaines conditions et garanties pour les vaincus. Mais Franco refusa et exigea la reddition inconditionnelle.

À l'exception de quelques tentatives de résistance à Madrid, les troupes loyalistes refusèrent de combattre les forces de Casado. Les troupes rebelles occupèrent le reste du territoire républicain (zones centrale et orientale) sans opposition. Elles arrivèrent à Madrid en mars 1939. La guerre était finie, et la démocratie aussi.

Cette plus grande catastrophe de l'histoire récente de l'Espagne laissa place à une longue période : la dictature impitoyable menée par Franco, qui fit preuve de cruauté envers les vaincus pendant des années.

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