La guerre à Cuba et la perte des colonies (1898)
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La guerre à Cuba et la perte des colonies (1898)
La guerre en Cuba
Pendant le règne de Ferdinand VII, la majorité de l'empire espagnol est devenue indépendante. Seules Cuba, Porto Rico et les Philippines sont restées sous la souveraineté espagnole.
Les mouvements d'indépendance ont coïncidé avec la montée de l'impérialisme européen et l'expansionnisme des États‑Unis, qui sont devenus une grande puissance industrielle et militaire.
Politique coloniale et son échec
La politique du gouvernement espagnol face aux demandes des séparatistes était inadéquate et s'est révélée un échec. Le ministre Antonio Maura a inauguré une période d'incertitude dans la politique intérieure et extérieure espagnole, dont la projection s'est accentuée après la crise des Caraïbes.
Porto Rico ne posa pas de problèmes graves : l'esclavage y avait été aboli et l'économie était relativement saine. L'autonomisme s'y est divisé en deux courants, l'un plus favorable à l'Espagne et l'autre plus radical. Les deux secteurs finirent par rejoindre le Parti autonomiste, qui se divisa ensuite à nouveau. À Porto Rico, la domination espagnole fut plus efficace, car elle était exercée par une puissante élite économique capable de contrôler les mouvements populaires de base.
À Cuba, les réformes prirent un caractère particulier en raison de l'importance de l'île pour l'Espagne. L'esclavage y avait été aboli et l'on proposa une réforme administrative globale et l'élargissement du recensement, mais ces mesures furent rejetées ; le ministre fut désigné comme un fou et démissionna, ouvrant une crise gouvernementale libérale. Les partisans du secteur pro‑espagnol refusèrent de céder à toute pression réformatrice, en conflit avec les tentatives du gouvernement d'accorder une certaine autonomie. À l'opposé se trouvait le mouvement d'indépendance mené par le Partido Revolucionario Cubano.
On distingua alors trois courants : españolistas, autonomistes et indépendantistes. Le mouvement autonomiste espagnol à Cuba défendait l'île tout en revendiquant une identité propre et des liens avec l'Espagne, de façon conjointe et solidaire, mais non coloniale. Les autonomistes du Parti libéral représentaient ces idées : un espagnol à Cuba, mais libre, avec le droit à l'autodétermination et régi par ses propres lois.
Les Philippines différaient des Antilles par la présence limitée de l'administration espagnole dans l'archipel et le faible taux d'occupation du territoire, à l'exception de la capitale, Manille, et de ses environs immédiats. L'Espagne dut faire face à un groupe de dissidents composé de paysans, de membres du clergé, de nationalistes et de grands propriétaires fonciers. Métis et autochtones attaquèrent l'absence de réformes, ce qui entraîna un mouvement en faveur de l'indépendance et des partisans de la réforme. La Liga Filipina fut fondée et lança le mouvement nationaliste.
Le remplacement du gouverneur permit l'introduction des réformes de Maura : une meilleure gestion des finances et de la justice, ainsi qu'une réforme municipale et autonome qui furent attaquées par le clergé et les plus conservateurs, accusées d'être anti‑espagnoles.
Perte des colonies
Le soulèvement nationaliste qui mena à la dernière guerre de Cuba connut deux moments principaux : 1) la guerre entre l'armée espagnole et les groupes insurgés réclamant l'indépendance ; 2) l'intervention américaine dans le conflit, qui conduisit à la confrontation hispano‑américaine.
Phases de la guerre hispano‑cubaine
- La première phase commença avec la révolte et la mort d'un leader indépendantiste.
- La deuxième phase fut celle de la nouvelle avancée des troupes rebelles de l'est vers l'ouest de l'île.
- La troisième phase vit l'intensification de l'ingérence américaine dans le conflit.
- La quatrième phase aboutit à une intervention américaine directe.
La guerre hispano‑américaine de 1898
Les raisons qui poussèrent les États‑Unis à intervenir dans le conflit furent diverses. Il existait une longue tradition d'influence américaine dans les Caraïbes et en particulier sur Cuba et Porto Rico. Plusieurs tentatives eurent lieu pour acheter l'île de Cuba à l'Espagne. Par ailleurs, la guerre hispano‑cubaine coïncida avec la phase d'expansion maximale de l'impérialisme américain.
L'aide aux insurgés cubains fut constante, notamment par la Liga cubaine. Les réformes proposées par le gouvernement espagnol sur l'île ne satisfaisaient pas les exigences des milieux favorables à l'annexion ou à l'achat. En somme, la faiblesse du gouvernement espagnol s'ajoutait à la pression croissante des États‑Unis.
L'explosion du cuirassé Maine fut le prétexte invoqué pour déclarer la guerre. La presse et la diplomatie américaines accusèrent les Espagnols d'être responsables de l'explosion, ce qui attisa la ferveur patriotique et monta encore les esprits. Les États‑Unis déclarèrent la guerre à l'Espagne en 1898.
Des oppositions à la guerre vinrent des carlistes, des républicains, des anarchistes, des socialistes et de secteurs populaires qui, cependant, furent recrutés pour le conflit en tant que soldats.
Consciente de son infériorité militaire, la flotte espagnole dut néanmoins affronter la puissante marine américaine. Le résultat fut deux défaites retentissantes : l'une à Cavite et l'autre à Santiago de Cuba.
Les négociations de paix aboutirent au traité de Paris, par lequel l'Espagne reconnut l'indépendance de Cuba et céda Porto Rico, les Philippines et Guam aux États‑Unis. L'Espagne parvint à négocier certaines conditions, mais dut aussi céder — puis vendre — à l'empire allemand les îles Carolines, les Mariannes et les Palaos.
Ainsi, l'empire espagnol fut en grande partie effacé, et ses restes furent repris par les grandes puissances impérialistes de l'époque.
La catastrophe : crise de conscience et régénération
La défaite n'entraîna pas immédiatement un changement de gouvernement ni la disparition de la monarchie, mais elle engendra un nouvel esprit : la régénération. Il s'agissait d'un auto‑examen mené par des intellectuels et des hommes politiques, dont les thèmes centraux furent la dignité en politique, la modernisation sociale et l'amélioration de l'arriération culturelle. Les partisans les plus actifs furent Antonio Maura et Francisco Silvela.
Un gouvernement fut formé, dirigé par le général Polavieja, avec Francisco Silvela en tant que ministre de la Guerre. Tous deux cherchèrent à régénérer le pays sans remettre en cause le système : la restauration et le rôle joué jusqu'alors par la couronne, l'armée et les partis politiques. Alors que Polavieja représentait l'ordre ancien, Silvela favorisa des réformes tentées — parfois sans succès — dans les domaines des finances, de l'armée et de l'organisation territoriale. L'échec des gouvernements régénérateurs montra l'incapacité du système à évoluer.
En dehors du système politique, un mouvement régénérateur prit la forme d'un groupe d'intellectuels : la fameuse génération de 98.
Pour ces régénérationnistes intellectuels, l'Espagne était dans un état de prostration. Partant d'un diagnostic pessimiste, ils cherchèrent à proposer des remèdes sous l'étiquette de la régénération nationale.
Ils s'interrogèrent sur la capacité du peuple espagnol au progrès : le manque d'éducation fut considéré comme l'un des maux fondamentaux à l'origine de l'arriération du pays, et ils critiquèrent le système de la Restauration et son fonctionnement.
La Ligue nationale des producteurs proposa des réformes agraires, municipales, scolaires et administratives. La Ligue et les chambres de commerce suscitèrent un grand intérêt dans ces années, mais toutes deux excluaient la participation des ouvriers et des paysans aux réformes, et réduisaient le rôle des intellectuels de la classe productive. Cela accroît la réticence des industriels catalans et basques vis‑à‑vis d'une Union nationale des chambres. C'est ce qui explique la création de la Ligue régionale de Catalogne par un groupe d'hommes d'affaires catalans réticents à l'idée d'une union nationale des chambres.
Le mouvement régénérateur ne constitua finalement plus une menace directe pour le système de la Restauration, et ses slogans furent repris par conservateurs, libéraux, républicains et même par le monarque lui‑même.