Guide des approches en travail social et relation d'aide

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L'approche narrative en intervention

Qu'est-ce que l'approche narrative et ses auteurs

Michael White (1948-2008) : Reconnu comme le « père » de l'approche narrative. Thérapeute familial et psychothérapeute australien, créateur du Narrative Practices Adelaide, coauteur de Des moyens narratifs au service de la thérapie et auteur de Cartes des pratiques narratives.

Les racines théoriques de l'approche

  • L'influence de Foucault (1926-1984) : Philosophe français qui s'est intéressé à la notion de pouvoir. Dans ses œuvres, il critique les mécanismes de pouvoir qui s'exercent au travers d'institutions en apparence neutres.
  • L'influence du « récit » :
    1. Situation initiale ;
    2. Le schéma narratif (déroulement : élément déclencheur, péripéties, dénouement) ;
    3. Situation finale (retour au calme).

Postulats de l'approche narrative

  • Les clients et le thérapeute partagent plus de similitudes que de différences en tant qu'êtres humains.
  • Les clients sont des gens ordinaires menant une vie ordinaire qui rencontrent des expériences de vie difficiles et inhabituelles.
  • Les personnes et les familles sont les expertes.
  • Le thérapeute ne peut comprendre le langage d'une personne tant qu'il ne peut en discuter avec elle.
  • Les problèmes sont considérés comme séparés des personnes.

Comprendre l'utilité de cette approche

L'approche tente d'orienter le thérapeute et le client afin de savoir quoi faire quand il devient impossible de résoudre un problème. L'approche narrative permet d'entrer en relation avec la personne en misant sur son identité et de la mettre en action en vérifiant sa capacité d'apprentissage par rapport à la situation.

Les quatre paliers de l'échafaudage narratif

Résumé des étapes de l'approche narrative selon l'échafaudage narratif :

  • Bas niveau de distanciation : Décrire son expérience.
  • Moyen niveau de distanciation : Faire des liens entre l'événement présent et d'autres situations vécues auparavant.
  • Moyen-haut niveau de distanciation : En lien avec l'événement, tenter de tirer des apprentissages de la situation, des conclusions.
  • Haut niveau de distanciation : Permet à l'aidé d'identifier ses valeurs, ce qui fait sens pour lui.
  • Très haut niveau de distanciation : Forger des concepts concernant la vie et l'identité de l'aidé.

Premier niveau : accueillir l'autre

But : Accueillir la personne dans ce qu'elle est et ce qu'elle devient lorsque visitée par un problème. Comment faire : Laisser la personne décrire ce qu'elle vit. En externalisant le problème, on établit une distance entre le problème et soi : « on n'est plus le problème ».

Deuxième niveau : la capacité de voir des effets

But : Reconnaître les effets du problème sur sa vie et ce qui est nécessaire à sa vie. Cette capacité à pouvoir éprouver à nouveau des sensations donne accès à une plus grande conscience de ce qu'on est en train de vivre. Comment faire : Lorsque la personne a été accueillie, cela lui rend plus facile l'accès à ses sensations (la première étape est donc essentielle).

Troisième niveau : percevoir ce qui est bon pour soi

But : Juger ce qui est aidant pour le client et ce qui lui nuit dans son expérience difficile. Comment faire : Lorsque la personne est parvenue à décrire et se sent bien accompagnée, sa capacité à juger ce qui est bon et ce qui ne l'est pas pour elle devient plus facile. *Lors de cette étape, on peut rechercher des moments d'exception.

Quatrième niveau : la capacité de faire des choix

But : Amener la personne à saisir ce qui est précieux pour elle et ainsi redonner un sens à sa vie. Comment faire : L'intérêt de l'intervenant envers la personne facilite l'accès à son histoire de vie, et donc à qui elle est. Elle permet par le fait même une meilleure connaissance de soi et peut contribuer à diminuer la lourdeur de la situation actuelle, car on n'est plus en posture d'impasse ; on redevient une personne avec une unicité et une identité.

Outils pour l'approche en travail social

  • Les cartes narratives ;
  • Lettres de présentation et autres documents narratifs ;
  • Dessins ;
  • Les témoins extérieurs.

Conclusion sur l'approche narrative

L'approche narrative s'utilise dans plusieurs contextes de relation d'aide. Vous pouvez l'intégrer dans diverses situations pour mieux comprendre votre client en fonction de son expérience et de son vocabulaire, ce qui vous aidera à être en meilleure « syntonie » avec lui.

L'approche sensible aux traumas

Racines théoriques et événements traumatiques

Les événements traumatiques incluent : l'exposition à la violence conjugale, les abus (physiques, sexuels), la négligence (physique, psychologique), les problèmes de dépendances ou de santé mentale d'un parent ou d'un fournisseur de soins, les traumas induits par le système, les désastres naturels, la guerre et les accidents.

L'arrivée du terme « trauma complexe »

L'état de stress post-traumatique (ESPT) ne décrivait pas assez bien la réalité de certains enfants qui présentent des symptômes différents résultant de l'exposition à plusieurs situations de maltraitance. Dans les années 1990, le concept de trauma complexe voit le jour : « Ensemble de séquelles développementales liées à des expériences difficiles et traumatiques, vécues de façon prolongée, chronique et multiple, le plus souvent dès un tout jeune âge et dans des contextes interpersonnels. »

Pratiques intégrant la notion de trauma

  • Reconnaître la forte prévalence des expériences traumatiques chez les jeunes recevant des services en protection de la jeunesse et chez les « jeunes contrevenants » (LSJPA).
  • Présumer que plusieurs jeunes ont une histoire de vie teintée d'adversité et d'événements à potentiel traumatique et prendre des précautions « universelles » pour en tenir compte.
  • Comprendre les différents impacts (psychologiques, biologiques, sociaux) des traumatismes sur les personnes.
  • Comprendre que la relation de confiance avec ces enfants peut être plus longue à construire.
  • Reconnaître que certaines pratiques peuvent aussi avoir des effets aggravants.
  • Saisir la nécessité de soutenir les personnes qui prennent soin de ces enfants (ex. : parents, famille d'accueil).

Évaluation du fonctionnement social

  • Répertorier parmi un large éventail les événements traumatiques auxquels l'enfant a été exposé (comme témoin et comme victime).
  • Évaluer si la personne donnant les soins (parents ou milieu substitut) a subi elle-même des événements traumatiques et en a encore des séquelles.
  • Connaître l'histoire des placements et des déplacements de l'enfant depuis la naissance.
  • Répertorier les symptômes, les comportements à risque, les difficultés de fonctionnement et les retards de développement.
  • Rechercher les éléments qui rappellent à l'enfant le traumatisme et qui provoquent des symptômes ou des comportements problématiques.

Le modèle d'intervention ARC

  • Offre une vision davantage centrée sur le trauma (savoirs).
  • Offre des outils pour mieux accompagner les jeunes qui ont vécu des traumas (savoir-faire).
  • Offre des opportunités de réfléchir sur les pratiques professionnelles (savoir-être).
  • Vise à bonifier le sentiment d'efficacité des donneurs de soin.
  • Vise à diminuer les difficultés vécues par les jeunes, augmenter leur sentiment de sécurité dans les relations, leurs capacités de régulation des émotions et leurs compétences.

Répondre aux besoins d'attachement (A)

  • Normaliser leurs réactions (les comportements des enfants peuvent susciter de vives émotions chez les adultes autour d'eux).
  • Identifier les situations les plus difficiles à gérer pour elle/lui.
  • Gestion des affects des donneurs de soins : soutenir les donneurs de soins pour améliorer la syntonie et l'ajustement empathique.
  • Soutenir le donneur de soins pour qu'il identifie, de façon proactive, les comportements qu'il souhaite voir diminuer et ceux qu'il souhaite accroître.

Soutenir la régulation des émotions (R)

  • Soutenir l'enfant à développer la conscience de ses expériences internes.
  • Soutenir l'enfant pour qu'il soit capable de nommer ses émotions et comprendre pourquoi elles apparaissent.
  • Clarifier les attentes développementales.
  • Identification : soutenir le jeune à mieux comprendre l'intensité de ses émotions.
  • Soutenir le jeune afin qu'il régule et exprime ses émotions.

Favoriser le développement des compétences (C)

  • Soutenir l'enfant dans l'expérimentation d'activités où il pourra construire de nouvelles compétences, découvrir graduellement ce qu'il apprécie, ce dans quoi il a du plaisir et peut-être du talent.
  • Encourager les intérêts positifs de l'enfant et prêter attention à ce qu'il aime (collection, lecture, jeux, etc.) et l'encourager si possible à partager avec d'autres enfants.
  • Résolution de problèmes et fonctionnement exécutif.
  • Soutenir les jeunes à identifier leurs attributs personnels (moi unique).
  • Aider le jeune à construire des ressources internes et identifier les aspects positifs de soi (soi positif).
  • Soutenir la capacité d'imaginer et de travailler à des objectifs futurs (soi futur).

Sécurisation culturelle en contexte autochtone

L'origine du terme « sécurisation culturelle »

Cette approche reconnaît que la manière dont les Autochtones vivent la santé et les services qui leur sont offerts est façonnée par les contextes sociaux et historiques ainsi que les déséquilibres de pouvoir structurels et interpersonnels. Un obstacle à la santé des Premières Nations et des Inuit relève directement de la discrimination que ces personnes subissent dans les pratiques de soins et de services sociaux.

Postulats de la sécurisation culturelle

  • Respect de la différence culturelle.
  • Prise en compte des effets de la colonisation et des traumatismes intergénérationnels qu'elle a engendrés.
  • Analyse des rapports de pouvoir et de la discrimination institutionnelle et systémique.
  • Conscience des croyances et des préjugés à l'égard des Premières Nations et des Inuits, et de l'impact des biais culturels dans les interventions.
  • Volonté et engagement pour innover en partenariat avec les organisations et leaders autochtones de manière à reconnaître et soutenir le processus d'affirmation politique, identitaire et d'autodétermination.
  • Participation active des parents, des membres de la famille et des enfants dans la recherche de solutions qui les concernent.

Miser sur la collaboration et la non-ingérence

  • La notion de collaboration se reflète dans la manière de prendre des décisions dans l'intervention (ex. : co-intervention entre un.e TS et un Aîné).
  • L'éthique de non-ingérence : attitude d'écoute, non-directive.
  • Respect de l'autodétermination de la personne sans imposer des solutions.
  • Reconnaître que les savoirs et pratiques des peuples autochtones peuvent être différents, mais tout aussi légitimes.

Approche holistique et questions d'exploration

L'approche holistique prend en compte :

  • Spirituelle : visions du monde, valeurs, fierté identitaire.
  • Émotionnelle et relationnelle : attitudes, relations, dynamiques.
  • Physique : environnement, contexte, territoire / Terre Mère.
  • Mentale : compréhension, connaissances, pensées.
  • Contexte sociohistorique et environnement : communauté et territoire.

Approche de proximité auprès des marginalisés

Mise en contexte : désaffiliation et marginalisation

Une réponse aux enjeux de désaffiliation et de marginalisation sociales résultant de la conjugaison de ruptures de liens sociaux (famille, couple, réseau social, école, travail, loi, citoyenneté, etc.). Cela accroît les risques suivants :

  • Déficit de protection : incapacité de faire face aux aléas de la vie, ne peut compter SUR les autres.
  • Déni de reconnaissance : dévalorisation de son existence, compte peu POUR les autres.
  • Engrenage : détresse matérielle, relationnelle, sociale et psychique.
  • Problématiques complexes : fugue, troubles de santé mentale, consommation de drogues, prostitution, VIH-sida, itinérance, criminalité, etc.

Adapter l'intervention pour rejoindre les personnes

Face à la complexification des parcours et à la limitation de l'accès aux services, il est nécessaire d'innover et de développer des pratiques d'intervention souples pour rejoindre et accompagner les personnes désaffiliées là où elles se trouvent.

Proximité et réduction des méfaits

  • Approche de proximité : se rapprocher des personnes là où elles sont.
  • Réduction des méfaits : composer avec les situations des personnes là où elles en sont.

Émergence de l'intervention de proximité au Québec

  • Transformations sociales profondes à la fin des années 1960.
  • Expérimentation de nouvelles pratiques sur le terrain.
  • Évolution des pratiques en réponse à diverses problématiques (drogues, prostitution, VIH-SIDA, gangs de rue, intimidation, itinérance).
  • Nouvelles réalités de la jeunesse (sexualité libre, conflits familiaux, etc.) et limites des institutions pour comprendre ces réalités.

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