Guide Complet du Droit de la Famille et du Mariage
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Notes sur le Droit de la Famille
La notion de famille
Au sens juridique, la famille est le groupe de personnes liées par le mariage ou par une relation à laquelle la loi attribue des effets juridiques.
L'absence de dispositions légales
La famille est l'unité fondamentale de la société, conformément à l'article 1, alinéa 2 de la Constitution Politique de la République (CPR) et de l'article 1 de la Loi sur le Mariage Civil (LMC).
La notion constitutionnelle de la famille
Elle constitue le noyau de la société. L'État a le devoir de sauvegarder la sécurité nationale, de protéger la population et la famille, et de promouvoir le renforcement de celle-ci.
Définition du Droit de la famille
Comme pour n'importe quelle branche du droit, il peut être défini sous deux angles :
- Au sens subjectif : il se réfère aux pouvoirs nés des relations familiales. Dans un groupe, chaque membre maintient certains droits envers les autres afin de remplir les objectifs élevés de l'unité familiale.
- Au sens objectif : c'est l'ensemble des règles et normes régissant les relations entre les membres de la famille et avec les tiers.
Caractéristiques du droit de la famille
- Un contenu éminemment éthique : Il contient des préceptes sans pénalité ou avec des sanctions atténuées. Par exemple, le devoir de cohabitation des époux : si une femme quitte le domicile commun, elle ne peut être forcée physiquement d'y rester, car on respecte le sens éthique de chaque époux.
- Discipline des conditions personnelles : Il régit les états (conjoint, mère, etc.) qui sont inhérents aux personnes et s'imposent comme un droit absolu pour tous.
- Prédominance de l'intérêt social : Les règles sont obligatoires. C'est la loi, et non la volonté des parties, qui réglemente le contenu et l'étendue des relations familiales.
Les relations familiales
Les relations familiales sont définies entre deux personnes par :
- Les liens du sang (consanguinité)
- Les relations d'affinité
La parenté par le sang (dite naturelle) est fondée sur les liens biologiques entre deux personnes issues d'un ancêtre commun (Art. 28 CC). La parenté par alliance (dite relation juridique) existe entre une personne mariée et les parents par le sang de son conjoint (Art. 31 CC).
Le degré de parenté en ligne
Il s'agit du nombre de générations séparant les parents :
- Ligne droite : Les personnes descendent les unes des autres (ex: Grand-père - Père - Fils).
- Ligne collatérale : Les personnes descendent d'un tronc commun (ex: frères, oncles et neveux, cousins).
Le grade (degré)
C'est la distance entre deux parents. Le parent le plus proche a souvent plus de droits (ex: succession ab intestat).
- En ligne droite : On compte le nombre de générations (Père et fils : 1er degré ; Grand-père et petit-fils : 2ème degré).
- En ligne collatérale : On remonte au tronc commun puis on redescend vers le parent concerné (Frères et sœurs : 2ème degré).
Note : Les mêmes règles s'appliquent pour l'affinité. Un homme est au 1er degré d'affinité en ligne droite avec les enfants de son épouse nés d'un lit précédent, et au 2ème degré collatéral avec la sœur de sa femme.
Le Mariage
Le terme vient du latin matrimonium (soin de la mère) ou matreu moniens (idée de protection de la mère).
Définition selon le Code Civil (Art. 102)
Le mariage est un contrat solennel par lequel un homme et une femme s'unissent actuellement et indissolublement pour toute la vie, afin de vivre ensemble, de procréer et de s'entraider.
Éléments constitutifs du mariage
- Un contrat : Bien que certains y voient un acte administratif car l'État intervient via l'officier d'état civil.
- Solennel : Nécessite la présence de l'officier d'état civil et de deux témoins.
- Diversité de sexe : Union entre un homme et une femme.
- Union indissoluble pour la vie : Malgré l'existence du divorce, l'article 102 n'a pas été modifié car le divorce reste considéré comme exceptionnel.
- Buts : Vie commune, procréation et aide mutuelle.
La Loi sur le Mariage Civil (LMC)
Au Chili, le mariage est séparé de l'Église depuis le 01-01-1885. Cependant, la loi 19.947 stipule que les mariages religieux (entités avec personnalité juridique de droit public) produisent les mêmes effets que le mariage civil sous certaines conditions.
Exigences du mariage
Conditions d'existence
- La diversité de sexe des parties.
- Le consentement.
- La présence de l'officier d'état civil.
Si l'un de ces éléments manque, le mariage est inexistant (pas besoin de décision de justice). Le mariage par procuration est reconnu (Art. 103 CC).
Conditions de validité
- Le consentement libre et spontané.
- La capacité des parties.
- L'absence d'empêchements (obstacles).
- Le respect des formalités légales.
Le consentement peut être vicié par l'erreur (sur l'identité ou les qualités déterminantes de la personne, comme l'impuissance) ou par la force (grave, injuste et déterminante).
Capacité et empêchements
On distingue deux types d'incapacités :
- Empêchements dirimants (absolus ou relatifs) : Leur violation entraîne la nullité.
- Empêchements prohibitifs : Leur violation entraîne des sanctions autres que la nullité.
Incapacités absolues
Elles empêchent le mariage avec toute personne :
- Lien de mariage non dissous.
- Moins de 16 ans.
- Privation de raison ou trouble mental diagnostiqué.
- Manque de discernement.
- Incapacité d'exprimer sa volonté clairement.
Incapacités relatives
Elles empêchent le mariage avec certaines personnes (Art. 6 et 7 Loi 19.947) :
- Ascendants et descendants (sang ou alliance).
- Ligne collatérale jusqu'au 2ème degré (frères/sœurs).
- Le conjoint survivant avec l'auteur ou complice du meurtre de son époux.
Formalités légales du mariage
Formalités préalables
- Démonstration : Intention publiée devant l'officier d'état civil.
- Information : Sur les droits, devoirs et régimes matrimoniaux.
- Cours de préparation : Pour promouvoir la gravité du consentement.
- Témoins : Deux témoins certifiant l'absence d'obstacles.
Célébration et formalités postérieures
Le mariage doit être célébré dans les 90 jours suivant les formalités préalables. L'officier d'état civil dresse un procès-verbal signé par les époux et les témoins. Pour les mariages religieux, le procès-verbal doit être enregistré à l'état civil dans les 8 jours, sinon le mariage est inexistant civilement.
Extinction du mariage
Le mariage prend fin par :
- La mort d'un conjoint.
- La mort présumée (après 10 ans d'absence, ou 5 ans si le disparu avait 70 ans, ou des délais plus courts en cas de catastrophe).
- La nullité prononcée par un tribunal.
- Le divorce.
L'annulation du mariage
Les motifs doivent exister au moment de la célébration (vices de consentement, incapacités, manque de témoins). L'action en nullité est généralement réservée aux conjoints et doit être exercée de leur vivant.
Effets de la nullité et Mariage Putatif
En principe, la nullité remet les parties dans l'état antérieur (pas de droits de succession, pas de parenté par alliance). Cependant, pour protéger les enfants, il existe le mariage putatif.
Exigences du mariage putatif
- Un mariage nul mais célébré devant un officier d'état civil.
- La bonne foi d'au moins un des conjoints (croyance qu'il n'y avait pas de vice).
Le mariage putatif produit les mêmes effets qu'un mariage valide pour le conjoint de bonne foi et maintient la filiation légitime des enfants.
Le Divorce au Chili
La loi distingue deux types de divorce :
1. Le divorce-sanction (Art. 54)
Prononcé pour faute imputable à l'autre conjoint (violation grave des devoirs du mariage) :
- Violence physique ou psychologique.
- Violation de la fidélité ou abandon du foyer.
- Condamnation pénale.
- Conduite homosexuelle.
- Alcoolisme ou toxicomanie grave.
- Tentative de prostitution du conjoint ou des enfants.
2. Le divorce-remède (Art. 55)
- Par consentement mutuel : Nécessite 1 an de cessation de cohabitation effective et un accord réglant les relations mutuelles et envers les enfants.
- Unilatéral : Nécessite 3 ans de cessation de cohabitation effective. Le demandeur doit être à jour de ses obligations alimentaires.
La cessation de cohabitation peut être prouvée par acte notarié, acte devant l'officier d'état civil ou décision judiciaire.