Histoire Constitutionnelle Espagnole : 1812 à 1874
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Révolution, Règne d'Amadeo I et Première République (1868-1874)
La Révolution de 1868 : Causes et Conséquences
La révolution qui a éclaté en 1868 reposait sur un certain nombre de causes, parmi lesquelles la crise économique de 1864, qui a conduit à l'effondrement des compagnies de chemin de fer, des banques et des entreprises, couplée à un krach boursier qui a mis en faillite le Trésor public. Le lendemain, Isabelle II, qui était en vacances à Saint-Sébastien, a traversé la frontière par Irun pour s'exiler. En fait, la révolution a réussi parce qu'elle a réuni de nombreux intérêts. Les classes populaires, touchées par le chômage et la pauvreté, ont été particulièrement influencées par les promesses des conspirateurs :
- Le suffrage universel ;
- L'abolition des impôts indirects (la consommation) ;
- L'abolition du « quinto », la conscription injuste qui excluait les enfants des familles riches.
La Constitution de 1869
L'Assemblée constituante a été convoquée sur la base de deux principes proclamés dans le Manifeste de Topete à Cadix : le suffrage universel et la liberté d'expression. La victoire fut pour les monarchistes progressistes, bien que les républicains aient gagné dans les grandes villes, sauf Madrid. Les Cortes sont bicamérales, composées de la Chambre et du Sénat. Pour être sénateur, il fallait faire partie des principaux contribuables (suffrage passif censitaire) ou des hautes institutions de l'État, de l'armée ou de l'Église. Le pouvoir judiciaire est exercé par les juges et les tribunaux, introduisant un nouveau procès devant jury pour les délits politiques. Les conseils provinciaux seront également élus au suffrage universel.
Le Gouvernement de Prim et la Recherche d'un Roi (1869-1870)
En l'absence du roi, Serrano devint régent et Prim forma un gouvernement de progressistes et de certains démocrates. Il adopta également une réforme monétaire pour rationaliser le système, confiant l'émission exclusive de la monnaie à la Banque d'Espagne. Le système bimétallique fut adopté et la peseta mise en circulation comme unité monétaire. Dans cette situation d'instabilité, Prim entreprit la tâche difficile de la recherche d'un roi. Amadeo I fut proclamé roi à Madrid le 2 janvier 1871.
Chute de la Monarchie et Proclamation de la République
Ce furent deux années de gouvernements instables, avec de nombreux problèmes non résolus. Durant la deuxième année de son règne, la situation empira : l'instabilité gouvernementale était croissante, le climat politique s'est tendu à cause des discussions sur l'abolition de l'esclavage, le conflit de Cuba s'est aggravé, et s'y ajouta le déclenchement de la Troisième Guerre Carliste au Pays Basque, qui s'étendit à la Catalogne durant l'été. Amadeo I abdiqua. Cette même nuit, les députés les plus radicaux, conscients qu'il était impossible de trouver un nouveau roi, proclamèrent la République.
La République souffrit dès le début d'un soutien insuffisant, ainsi que d'une division interne parmi les républicains eux-mêmes. Même les progressistes radicaux, qui avaient la majorité au Congrès, passèrent dans l'opposition. La proclamation de la République fédérale conduisit à la démission inattendue de Figueras, et Pi y Margall devint président. La Constitution fédérale ne fut cependant jamais promulguée.
Les Cortes de Cadix et la Constitution de 1812 (La Pepa)
La Convocation des Cortes de Cadix
La Commission de la Junte centrale suprême, établie pour convoquer le Parlement, prit l'accord de réunir une Assemblée constituante, élue par un vote des Espagnols. Au sein de ce Comité, la question de savoir si les Cortes devaient être monocamérales ou bicamérales, féodales ou unitaires, fut débattue. La décision fut prise de convoquer un parlement bicaméral élu au suffrage universel pour les hommes de plus de 25 ans. Cependant, en janvier 1810, l'instruction fut donnée de choisir la chambre basse, qui ne fut élue qu'à la suite de la capture de Séville par les troupes françaises et du transfert du gouvernement du Conseil central au Conseil suprême de la Régence, qui poursuivit les instructions pour cette élection.
Les Tendances des Représentants
Les tendances des représentants étaient essentiellement trois :
- Les Libéraux : Défenseurs de la souveraineté nationale et d'un changement profond de régime vers une monarchie parlementaire. La plupart d'entre eux étaient cependant des défenseurs doctrinaux du suffrage censitaire. Ils étaient fortement influencés par les idées révolutionnaires françaises.
- Les Jovellanistes : Partisans du despotisme éclairé, ils répondaient à la constitution historique du royaume, cherchant à établir un système de Cortes avec une charte accordée.
- Les Absolutistes : Adeptes de la monarchie traditionnelle absolue, ils s'opposaient à toute réforme et croyaient que la souveraineté était détenue par le roi par octroi divin.
La Constitution du 19 Mars 1812
Après de nombreux débats, la Constitution fut approuvée le 19 mars 1812. Ses caractéristiques principales sont :
- Il s'agit d'une Constitution très étendue (composée de 10 titres et 384 articles), probablement dans une tentative d'éviter d'autres changements.
- L'élection des représentants se fait par scrutin parmi les hommes de plus de 25 ans. Pour être représentant, il était nécessaire d'avoir un revenu annuel issu de possessions.
- Le système de vote est indirect, en trois degrés : paroisse, district et province.
- Elle établit un Conseil permanent qui se réunit entre les sessions des Cortes pour assurer la conformité avec la Constitution et les lois.
- Le pouvoir judiciaire est détenu par les juges et les tribunaux, qui sont chargés de juger et d'exécuter les jugements.
Législation Clé des Cortes de Cadix
Les lois les plus importantes adoptées furent :
- La Loi sur la liberté de la presse (19 octobre 1810), qui prévoyait la liberté d'opinion publique, bien que des offices provinciaux de censure aient été maintenus pour les questions religieuses.
- Le Décret abolissant l'Inquisition (22 février 1813), même si les évêques pouvaient intervenir dans les questions contraires à la religion.
- Le Décret d'abolition de la juridiction seigneuriale (6 août 1811), par lequel la compétence rejoignait la nation et permettait aux nobles d'acquérir la propriété privée de leurs terres.
Par ailleurs, en particulier dans le domaine agricole, les baux sont devenus plus courts et d'autres lois ont renchéri les coûts. Certaines lois n'ont même pas pu être appliquées en raison des difficultés de la guerre et de l'annulation ultérieure du régime libéral par Ferdinand VII, qui en avait l'intention.