Histoire de l'Espagne franquiste et de la IVe République
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Le régime franquiste de 1939 à 1959
Comment le régime franquiste a-t-il réussi à se maintenir au pouvoir tout en évoluant sur la scène internationale entre 1939 et 1959 ? Le régime franquiste reposait sur une concentration absolue du pouvoir entre les mains de Franco. Il contrôlait l'État, le gouvernement, l'Armée et la Phalange, seul parti autorisé. Trois piliers soutenaient la dictature :
- L'Armée, qui gérait la répression ;
- L'Église catholique, qui monopolisait l'éducation ;
- La Phalange, qui contrôlait la propagande et les syndicats.
Politiquement, le régime s'adapte aux circonstances internationales. Initialement proche du fascisme, il adopte une rhétorique totalitaire jusqu'en 1942. Avec la victoire des Alliés, Franco atténue cette image et présente son régime comme une « démocratie organique » en 1945. En 1947, des lois fondamentales comme la Loi de Succession sont élaborées dans le but de renforcer son pouvoir personnel.
L'Espagne sur la scène internationale
Sur le plan international, pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Espagne passe de la neutralité à la non-belligérance en soutenant l'Axe par l'envoi de la Division Azul aux côtés des troupes allemandes. L’après-guerre est marqué par un isolement diplomatique qui commence à s'atténuer avec la Guerre froide. En 1953, les accords avec les États-Unis et le Concordat avec le Vatican assurent la reconnaissance du régime.
Répression et autarcie économique
La répression est une composante essentielle du franquisme. Après la guerre civile, des milliers d'opposants furent emprisonnés, envoyés dans des camps ou exécutés sous l'accusation de « rébellion militaire ». Des lois répressives ont été mises en place, comme la Loi contre la franc-maçonnerie et le communisme. Les années 1940 et 1950 furent marquées par une famine due à l'échec de la politique autarcique, entraînant une forte mortalité. Le rationnement était un outil de contrôle politique.
En 1956, une crise éclate avec les manifestations étudiantes à Madrid. Des tensions internes apparaissent entre les différentes « familles » du régime, provoquant des changements au sein du gouvernement. Économiquement, le régime adopte une politique autarcique inspirée du fascisme italien, visant l'autosuffisance agricole et industrielle. Cependant, cette politique provoque une crise économique profonde. En 1953, les accords avec les États-Unis permettent enfin une ouverture économique progressive.
L'évolution et l'opposition (1959-1975)
Comment l’évolution politique du franquisme entre 1959 et 1975 a-t-elle influencé le développement de l’opposition au régime ? Entre 1959 et 1975, la dictature franquiste évolue sous l’effet de l’ouverture internationale, de la croissance économique et de la montée de l’opposition. En 1959, un nouveau gouvernement met en place le Plan de Stabilisation, marquant un tournant économique sous l’influence de technocrates liés à l’Opus Dei. Malgré une certaine modernisation, le régime maintient une répression politique forte, illustrée par l’exécution de Julián Grimau en 1963.
L'essor des mouvements contestataires
Les années 1960 voient l’essor du mouvement ouvrier, qui utilise les ressources du régime, comme la Loi des conventions collectives de 1958, pour revendiquer ses droits. Ce mouvement donne naissance aux Commissions Ouvrières (CC.OO.) et à une recrudescence des grèves. Parallèlement, l’opposition s’organise à l’étranger. En 1962, au Congrès de Munich, divers groupes politiques (démocrates-chrétiens, socialistes, républicains, nationalistes basques et catalans) s’unissent pour former l’Union des Forces Démocratiques. En réaction, Franco réprime les participants et qualifie l’événement de « Contubernio de Munich ».
L’opposition étudiante prend également de l’ampleur. À Barcelone et Madrid, des syndicats étudiants démocratiques se forment en opposition au SEU franquiste. Les manifestations étudiantes entraînent l’expulsion de professeurs et une répression accrue.
La fin du régime et la transition
Au début des années 1970, la crise du régime s’intensifie. En 1973, Franco nomme Carrero Blanco chef du gouvernement pour assurer la continuité du franquisme, mais celui-ci est assassiné par l’ETA en décembre. Son successeur, Arias Navarro, promet une ouverture politique en 1974 (l'esprit de février), mais la répression se poursuit, notamment après un remaniement gouvernemental où les « ultras » reprennent le contrôle.
En 1975, la répression atteint son paroxysme avec un décret antiterroriste instaurant un état d’exception et l’exécution de militants de l’ETA et du FRAP. L’opposition se structure autour de la Junta Democrática (1974) et de la Plateforme de Convergence Démocratique (1975). Après la mort de Franco le 20 novembre 1975, ces groupes fusionnent en 1976, amorçant la transition démocratique sous la surveillance des institutions franquistes.
La condition féminine en Espagne
Comment la condition féminine en Espagne a-t-elle évolué entre la répression franquiste et les réformes de la Transition démocratique ? Sous Franco, les droits acquis pendant la République sont supprimés. Les femmes perdent le droit de vote, le divorce et l’égalité dans le mariage. L’adultère, le concubinage et l’avortement redeviennent des délits, tandis que la prostitution est tolérée. Les femmes mariées restent sous l’autorité de leur mari et ne peuvent pas agir juridiquement de manière indépendante.
La Section féminine de la Phalange, dirigée par Pilar Primo de Rivera, joue un rôle central dans l’encadrement des femmes. La propagande et la législation imposent un modèle de femme soumise, cantonnée à la maternité et aux tâches domestiques. Cependant, à partir des années 1960, les transformations sociales fragilisent ce modèle : plus de femmes accèdent à l’éducation et au travail, et des groupes féministes émergent malgré la répression.
Le renouveau des droits des femmes
En 1975, la mort de Franco et l’Année Internationale de la Femme obligent le régime à lever certaines restrictions. Avec la Transition démocratique, le féminisme prend de l’ampleur. Des lois rétablissent progressivement les droits des femmes : divorce, égalité dans le mariage et dépénalisation partielle de l’avortement. Ces avancées marquent le début d’une nouvelle ère pour les droits des femmes en Espagne.
Le féminisme à partir des années 1990
Depuis les années 1990, le féminisme met l’accent sur trois grandes luttes : les violences faites aux femmes, la lutte contre le harcèlement et la parité. Des mesures sont adoptées, notamment en France sous Lionel Jospin et en Espagne sous Zapatero, pour renforcer les droits des femmes. Au XXIe siècle, de nouveaux défis apparaissent : l’anticapitalisme, la montée de l’extrême droite, le fondamentalisme religieux et les enjeux écologiques.
En 2017, le mouvement #MeToo éclate après l’affaire Weinstein, dénonçant mondialement les violences et le harcèlement sexuel. En 2018, la Grève Internationale des Femmes du 8 mars appelle à un féminisme inclusif et anticapitaliste. En Espagne, l’affaire de « La Manada » suscite une immense mobilisation après qu’un tribunal a qualifié un viol collectif d’« abus » plutôt que d’agression sexuelle. Ce jugement provoque une vague de protestations et relance le débat sur les violences sexuelles et la justice patriarcale.
Face à cette pression sociale, des avancées législatives voient le jour. En France, la loi de 2022 allonge le délai d’IVG de 12 à 14 semaines. En Espagne, la même année, une loi pour l’égalité et la non-discrimination est adoptée, confirmant l’évolution des droits des femmes.
Nationalisme et régionalisme en Espagne
Comment le nationalisme et le régionalisme ont-ils influencé l’organisation politique et territoriale de l’Espagne ? Avant la fin du XIXe siècle, les nationalismes en Espagne n'avaient pas encore une forme politique définie. Cependant, en Catalogne, au Pays Basque et en Galice, un processus de récupération de l'identité culturelle commence dès les années 1840, favorisant la formation future de mouvements nationalistes :
- En Catalogne, cela se traduit par la Renaixença, mouvement culturel axé sur la normalisation de la langue catalane ;
- Au Pays Basque, la défense des fueros et de la langue devient un facteur clé, surtout après leur suppression en 1876 ;
- En Galice, le mouvement O Rexurdimento se développe autour de la culture galicienne.
Le Sexennat démocratique voit le fédéralisme se renforcer comme une forme d’articulation pour la Catalogne dans l'État espagnol. Cependant, la chute du régime démocratique efface temporairement les projets fédéralistes. À partir des années 1880, des personnalités comme Valentí Almirall demandent des institutions autonomes. En 1892, les Bases de Manresa formulent la première proposition politique claire du catalanisme. Cette période est marquée par la radicalisation des nationalismes catalan et basque après la crise de 1898.
La IVe République et la décolonisation
Comment les problèmes de décolonisation pendant la IVe République ont-ils provoqué des divisions politiques tout en conduisant à la chute du régime ? La Constitution de la IVe République instaure un régime parlementaire où l’Assemblée nationale détient l’essentiel du pouvoir. Le Président de la République, élu pour sept ans, a des pouvoirs limités mais nomme le président du Conseil.
Instabilité politique et Troisième force
Les élections de 1946 renforcent le Parti communiste et affaiblissent la SFIO. Vincent Auriol devient président et Paul Ramadier forme un gouvernement de coalition. Cependant, la Guerre froide entraîne l’exclusion des communistes. De Gaulle crée le Rassemblement du Peuple Français (RPF), opposé au régime. Face à cette double opposition, une majorité centriste, la « Troisième force », gouverne entre 1947 et 1952.
En 1951, une réforme électorale vise à réduire l’influence communiste, mais son impact est limité. La « Troisième force » se divise sur la question des subventions aux écoles privées. Antoine Pinay s’appuie ensuite sur une partie du RPF, tandis que De Gaulle critique le traité de la Communauté Européenne de Défense (CED), rejeté en 1954.
L'effondrement face aux guerres coloniales
La IVe République échoue face à la décolonisation, notamment en Indochine et en Algérie. Après la défaite de Dien Bien Phu en 1954, la France quitte le Vietnam. Pierre Mendès France accorde l’autonomie à la Tunisie, mais la guerre d’Algérie éclate le 1er novembre 1954. Guy Mollet tente une solution, mais échoue sous la pression des colons et du FLN.
En mai 1958, la crise algérienne provoque une insurrection à Alger. Charles de Gaulle revient au pouvoir le 1er juin 1958, mettant fin à la IVe République malgré ses succès économiques et européens initiaux.