Histoire politique : France et Espagne (1958-2004)
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La transition démocratique espagnole
Comment cette transition a-t-elle permis le passage d’un régime autoritaire à une démocratie parlementaire ?
Tout d’abord, après la mort de Franco en novembre 1975, Juan Carlos Ier est proclamé roi et nomme Arias Navarro chef du gouvernement. Celui-ci tente de maintenir le régime franquiste, sans proposer de réelles réformes. Cependant, face à la montée des mobilisations populaires et à l’incapacité de répondre autrement que par la répression, il est finalement contraint de démissionner en juillet 1976.
Ensuite, l’arrivée d’Adolfo Suárez marque une nouvelle étape. Dès le départ, il cherche à démanteler progressivement le franquisme de l’intérieur, tout en évitant une rupture violente. C’est ainsi qu’il fait voter la Loi pour la réforme politique, approuvée par référendum en décembre 1976. Parallèlement, il légalise le Parti Communiste en avril 1977, ce qui représente un geste fort en faveur du pluralisme politique, malgré les résistances internes et les tensions provoquées par des actes violents comme l’assassinat des avocats d’Atocha.
Par ailleurs, les élections libres de juin 1977 permettent à l’UCD de Suárez de gouverner. Grâce aux Pactes de la Moncloa, signés avec les principaux partis, des mesures économiques et sociales sont adoptées. Ces accords favorisent la stabilité et préparent le terrain à l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Celle-ci, approuvée en décembre 1978, établit une monarchie parlementaire, reconnaît les libertés fondamentales et l’autonomie des régions, tout en affirmant l’unité de l’Espagne.
Cependant, des tensions subsistent. Le coup d’État manqué de 1981 en est la preuve. Par la suite, l’arrivée du PSOE au pouvoir en 1982 permet de consolider la démocratie à travers des réformes importantes : modernisation de l’État, avancement des droits sociaux, intégration européenne. Néanmoins, les scandales de corruption et les critiques syndicales affaiblissent le parti, ouvrant la voie à la victoire du Parti Populaire en 1996.
La Ve République et la crise de mai 1968
Comment la mise en place de la Ve République sous De Gaulle a-t-elle préparé le terrain pour la crise de mai 1968 ?
Tout d’abord, la réforme institutionnelle portée par De Gaulle instaure un régime présidentiel fort. La Constitution de 1958 donne au chef de l’État des pouvoirs étendus, limitant le rôle du Parlement. Dès 1962, l’élection présidentielle au suffrage universel direct renforce encore cette logique de verticalité. Ce pouvoir centralisé crée un sentiment d’exclusion, notamment chez les jeunes et les intellectuels, qui perçoivent le système comme autoritaire et fermé à la critique.
Ensuite, bien que la France bénéficie d’une forte croissance économique, cette modernisation reste inégalitaire. Les ouvriers subissent des conditions de travail rigides, marquées par le paternalisme patronal. Les syndicats sont marginalisés depuis les ordonnances de 1958, ce qui réduit les canaux de négociation sociale. En parallèle, les réformes sociales tardent à arriver, et les inégalités persistent, alimentant un climat de frustration.
Par ailleurs, l’essor démographique du baby-boom entraîne une explosion du nombre d’étudiants. Or, les universités restent archaïques, surchargées et très hiérarchisées. Les jeunes revendiquent plus d’autonomie, de liberté et de participation, mais se heurtent à une structure rigide et conservatrice, incarnée par l’État gaullien.
De plus, les valeurs culturelles promues par le régime – ordre, autorité, nation – s’opposent de plus en plus aux aspirations d’une jeunesse influencée par l’anticolonialisme, le pacifisme, le féminisme ou les mouvements contre-culturels venus des États-Unis. Ce décalage générationnel creuse un fossé entre gouvernants et gouvernés.
C’est ainsi que toutes ces tensions – politiques, sociales, culturelles et générationnelles – convergent à la fin des années 60, jusqu’à exploser lors de la crise de mai 1968, révélant l’essoufflement du modèle gaullien.
Felipe González : modernisation de l'Espagne
Comment les gouvernements de Felipe González ont-ils consolidé la démocratie en Espagne en faisant face à des défis majeurs ?
L’arrivée de Felipe González au pouvoir en 1982 avec une majorité écrasante met fin à la Transition démocratique. Il gouverne jusqu’en 1996 grâce à ses victoires en 1986, 1989 et 1993. Le bipartisme s’installe entre le PSOE et l’Alliance Populaire, alors que l’UCD s’effondre. Seules la Catalogne et le Pays basque échappent à cette bipolarisation.
Le PSOE lance un vaste programme de réformes pour moderniser le pays et consolider la démocratie. L’armée et l’administration sont réorganisées, le Code civil et la procédure pénale modifiés. La réforme de l’enseignement avec la LOGSE vise à démocratiser l’éducation. Sur le plan sociétal, la dépénalisation partielle de l’avortement et la Loi Générale de Santé de 1986 marquent un tournant vers une société plus progressiste et égalitaire. Parallèlement, les retraites sont élargies et les infrastructures modernisées, notamment avec l’AVE Madrid-Séville.
En politique extérieure, González organise en 1986 un référendum sur l’OTAN : malgré une opposition initiale, le gouvernement fait campagne pour le maintien, qui l’emporte. La même année, l’Espagne entre dans la CEE, ce qui ancre le pays dans le projet européen.
Mais ces progrès s’accompagnent de tensions. La reconversion industrielle entraîne chômage et mécontentement. Les réformes économiques libérales, comme les contrats temporaires ou la réforme des retraites, provoquent deux grèves générales (1985, 1988), soutenues même par l’UGT. Enfin, face au terrorisme de l’ETA, González mène des négociations infructueuses et tolère l’action illégale du GAL, entachant son bilan.
José María Aznar : libéralisme et crises
Comment les gouvernements d'José María Aznar ont-ils géré les tensions internes et internationales, notamment face au terrorisme et à la guerre d'Irak ?
José María Aznar arrive au pouvoir en 1996. Afin d'assurer la stabilité, son gouvernement fait des concessions aux nationalistes, comme la cession partielle de l’impôt sur le revenu et la suppression du service militaire obligatoire. Sur le plan économique, il poursuit la libéralisation avec des privatisations d’entreprises publiques comme Repsol ou Telefónica.
Face au terrorisme, l’enlèvement de José Antonio Ortega Lara en 1997 et l’assassinat de Miguel Ángel Blanco déclenchent une mobilisation massive contre l’ETA. En 1998, l’ETA annonce une trêve, soutenue par certains groupes nationalistes via le Pacte d’Estella. Aznar initie des négociations secrètes et rapproche les prisonniers basques. Pourtant, la trêve est rompue après 14 mois.
Réélu avec majorité absolue en 2000, Aznar approfondit les réformes libérales, générant des tensions avec les syndicats. En éducation, la LOU et la LOCE favorisent la privatisation et augmentent l’importance de la religion, suscitant des critiques.
En 2002, la marée noire du Prestige provoque une crise écologique majeure. La société civile réagit via le mouvement Nunca Máis, dénonçant la gestion gouvernementale. Mais la plus grande contestation vient de la guerre d’Irak. En 2003, malgré l’opposition populaire, Aznar soutient les États-Unis en envoyant des troupes, sans l’accord de l’ONU.
Le 11 mars 2004, un attentat islamiste à Madrid fait près de 200 morts. Le gouvernement tente d’en accuser l’ETA, mais la vérité éclate. L’indignation publique entraîne une défaite électorale du PP trois jours plus tard.
Mitterrand et Chirac : l'ère des alternances
Comment les années Mitterrand et le septennat de Chirac ont-ils été marqués par des alternances politiques et des réformes ?
En 1981, l’élection de François Mitterrand marque la première alternance politique sous la Ve République. Le nouveau président, socialiste, met en place un gouvernement dirigé par Pierre Mauroy, incluant quatre ministres communistes. Ce changement majeur se traduit par une série de réformes ambitieuses : nationalisation des grandes banques et industries, relance économique par la dépense publique, revalorisation du SMIC, et sur le plan sociétal, l’abolition de la peine de mort et la suppression des juridictions d’exception.
Cependant, la crise économique oblige le gouvernement à changer de cap dès 1982, avec un tournant vers la rigueur budgétaire. Cela provoque une rupture avec le Parti communiste, qui quitte le gouvernement en 1984. Parallèlement, l’échec du projet de loi Savary sur l’enseignement privé accentue les tensions. Les élections de 1986 marquent une nouvelle alternance : la droite l’emporte et s’installe la première cohabitation entre Mitterrand et Jacques Chirac, qui engage des privatisations et une politique économique libérale.
Réélu en 1988, Mitterrand gouverne d’abord avec Michel Rocard, puis avec Édith Cresson et Pierre Bérégovoy, dans un contexte économique difficile. La ratification du traité de Maastricht en 1992 montre l'engagement européen du président. En 1993, la droite remporte largement les législatives : débute une seconde cohabitation, cette fois avec Édouard Balladur.
Jacques Chirac est élu président en 1995. Bien qu’il ait critiqué la politique de rigueur de Balladur, il la poursuit avec des mesures impopulaires : gel des salaires des fonctionnaires, réforme des retraites, réduction des dépenses sociales. Ces décisions déclenchent de fortes mobilisations sociales à l’automne 1995. En 1997, Chirac dissout l’Assemblée, mais la gauche plurielle menée par Lionel Jospin remporte les élections. Une troisième cohabitation s’ouvre.
Le gouvernement Jospin profite d’une conjoncture favorable et lance d’importantes réformes sociales : réduction du temps de travail à 35 heures, Couverture Maladie Universelle (CMU), lois contre l’exclusion. Cette période voit aussi une gouvernance apaisée entre le président et son Premier ministre, dans un climat de relative stabilité politique.