Histoire Politique et Sociale : De la Restauration Espagnole à la IIIe République Française
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La Restauration en Espagne (à partir de 1875)
La Restauration en Espagne, commencée avec le coup d’État de Martínez Campos en 1875 et l’arrivée d’Alphonse XII, a instauré un système politique basé sur l’alternance au pouvoir entre les partis Conservateur et Libéral, sous le contrôle du roi. Ce régime se distingue par un renforcement du rôle de la noblesse, des classes dominantes et de l’Église, avec une Constitution de 1876 qui accorde d’importants pouvoirs au monarque, tout en établissant un suffrage censitaire, remplacé en 1890 par le suffrage universel masculin marqué par une fraude électorale.
L’opposition inclut des groupes républicains divisés, le mouvement ouvrier scindé entre anarchistes et socialistes, ainsi que des nationalismes émergents en Catalogne et au Pays basque, porteurs de revendications politiques et culturelles.
La Constitution de 1876 et les Partis Dynastiques
- La Constitution de 1876 établit la souveraineté partagée entre le roi et les Cortes.
- Elle instaure un système bicaméral avec un Sénat en partie nommé par le roi, et une administration centralisée.
- Elle maintient les droits de la Constitution de 1869, mais dans un cadre plus restreint, refuse la liberté religieuse et déclare le catholicisme religion d’État, avec une tolérance limitée pour d’autres cultes.
Parmi les partis dynastiques :
- Le Parti Conservateur, dirigé par Cánovas del Castillo, a des origines dans l’Union Libérale de la monarchie précédente et représente des intérêts commerciaux et coloniaux.
- Le Parti Libéral, dirigé par Práxedes Mateo Sagasta, incorpore quelques principes démocratiques comme le suffrage universel masculin, malgré son implication dans le Désastre de 1898.
La monarchie, sous Alphonse XII, joue un rôle clé, favorisant les conservateurs et gouvernant presque en continu pendant son règne. Après sa mort en 1885, la régente Marie Christine d’Autriche respecte l’alternance politique.
L’Opposition au Régime
L’opposition au régime est diverse :
- Les républicains sont divisés entre unitaires et fédéralistes, ainsi que sur les moyens de parvenir au pouvoir.
- Le mouvement ouvrier se divise entre anarchisme (fort en Catalogne et Andalousie) et socialisme (influent à Madrid et dans le Nord), avec la création du PSOE en 1879 et l’UGT en 1889.
- Le régionalisme et le nationalisme catalan et basque émergent comme réponses aux tensions économiques, politiques et culturelles : en Catalogne, le catalanisme politique se consolide avec des demandes d’autonomie et la Ligue de Catalogne (1888) ; tandis qu’au Pays basque, le nationalisme promu par Sabino Arana conduit à la création du PNV, marqué par la défense des fueros et une réaction à l’industrialisation.
Le Sexennio Démocratique (1868-1874)
La Révolution de 1868
En 1868, une révolte populaire et militaire contre la monarchie d'Isabel II, connue sous le nom de "Sexennio Democrático" (Sexennat démocratique), éclate. Cette révolte commence par un pronunciamiento militaire à Cadix le 18 septembre 1868, dans lequel un changement politique est exigé. Le manifeste "Vive l'Espagne avec honneur" détaille le programme de l'opposition : des élections avec suffrage universel et la création d'un gouvernement provisoire. La révolte se propage à travers toute l'Espagne, et le 28 septembre 1868, les troupes rebelles battent les forces loyales au gouvernement à Alcolea, ce qui oblige Isabel II à s'exiler.
Les Juntes et le Gouvernement Provisoire
Pendant une brève période, deux pouvoirs coexistent : les Juntes (organisations des démocrates) et le gouvernement provisoire, qui ne bénéficie pas du soutien des démocrates. Le gouvernement provisoire prend des mesures telles que la liberté de culte, la suppression des impôts et la création de la peseta comme monnaie officielle. De plus, il organise des élections en janvier 1869, qui sont remportées par les partisans du nouveau régime.
La Constitution de 1869
La Constitution de 1869 est la première constitution démocratique de l'Espagne au XIXe siècle. Elle établit un système basé sur le suffrage universel masculin et un ensemble de droits et libertés imprescriptibles. La souveraineté réside dans le peuple, et le pouvoir exécutif appartient au roi, mais en pratique, c'est le gouvernement qui l'exerce.
La Régence de Serrano et la Monarchie d'Amédée de Savoie
Après l'approbation de la Constitution, le général Serrano assume la régence tandis qu'une nouvelle dynastie est recherchée. Pendant cette période, le pays fait face à des problèmes sociaux et des difficultés pour choisir un roi, ce qui entraîne une grande instabilité politique. En 1871, Amédée de Savoie est élu roi, mais son règne est très affaibli en raison de la mort de Prim (qui avait été clé pour son élection), et de l'opposition de l'Église et des carlistes. De plus, la guerre carliste éclate. La situation se détériore, et Amédée abdique en 1873, ce qui mène à la proclamation de la Première République.
La Première République (1873-1874)
En février 1873, les Cortes proclament la République, mais elle fait face à de grandes difficultés : la guerre carliste, des conflits sociaux et l'insurrection cantonaliste (un soulèvement régionaliste). Au cours de cette période, plusieurs présidences (Pi y Margall, Salmerón, Castelar) tentent, sans succès, de stabiliser la situation. Le régime devient plus conservateur sous Castelar et, finalement, subit un coup d'État militaire en janvier 1874.
Dictature de Serrano et Restauration
Le coup d'État de janvier 1874 entraîne l'installation d'une dictature militaire sous Serrano, dont l'objectif principal est de rétablir l'ordre. Cependant, il échoue à vaincre les carlistes, ce qui affaiblit encore le régime. En décembre 1874, un pronunciamiento militaire en faveur de la restauration de la monarchie bourbonienne a lieu, avec le retour d'Alphonse XII.
La Révolution de 1848 et la IIe République (France)
A. Le Mouvement Révolutionnaire
Crise agricole et financière depuis 1846 à laquelle s’ajoute la crise politique à cause de l’épuisement du système de monarchie doctrinaire. Éclatement de la révolution à Paris après une campagne de banquets de l’opposition. Le roi abdique, ce qui amène à la proclamation de la République et la formation d’un gouvernement provisoire formé de deux courants : les républicains modérés à travers le journal Le National et les démocrates du journal La Réforme, dont un ouvrier, Alexandre Martin, dit « Albert ».
Élection d’une assemblée constituante au suffrage universel masculin, proclamation de la liberté de presse et de réunion, abolition de la peine de mort en matière politique et de l’esclavage. Création des Ateliers Nationaux sous l’influence de Louis Blanc, mais sans la volonté de les faire réussir. Fuite des riches et des capitaux, ce qui conduit à des faillites d’entreprises. Les premières élections sont remportées par les républicains modérés.
B. Le Reflux de la Révolution
La manifestation en faveur de la Pologne le 15 mai 1848 débouche sur une émeute, ce qui est profité par le gouvernement pour arrêter les dirigeants révolutionnaires et dissoudre les Ateliers Nationaux, provoquant un soulèvement populaire. Les troupes répriment les barricades. Les journées de juin conduisent la République à une évolution réactionnaire. Dans les débats de la Constitution, les députés refusent d’y inscrire le droit au travail et à l’instruction.
La Constitution de 1848 établit :
- Pouvoir exécutif exercé par un président élu pour quatre ans au suffrage universel et non rééligible.
- Pouvoir législatif exercé par une assemblée unique élue au suffrage universel.
Les élections présidentielles de décembre 1848 sont remportées de loin par Louis Napoléon Bonaparte, qui forme un gouvernement essentiellement conservateur. Le parti de l’ordre, ensemble de modérés et de monarchistes, triomphe aux élections législatives de mai 1849, mais la Chambre compte aussi avec une importante minorité de démocrates-socialistes. Les lois approuvées et les mesures prises par le gouvernement (expédition contre la république romaine, lois contre les libertés d’association et de presse, loi qui donne à l’Assemblée ou au gouvernement la possibilité d’établir l’état de siège, loi étendant la liberté d’enseignement à l’éducation secondaire) provoquent des protestations. L’Assemblée restreint le suffrage en attendant un triomphe des monarchistes et la restauration de la monarchie, mais la division entre les monarchistes provoque leur échec. C’est alors que le président, ne pouvant pas obtenir un second mandat, organise un coup d’État le 2 décembre 1851, suivi d’un plébiscite le 21 décembre qui confirme le coup d’État. Le président est confirmé pour dix ans.
4. Le Second Empire (1851-1870)
A. L’Empire Autoritaire
La Constitution de 1852 instaure un régime présidentiel autoritaire où le président détient le pouvoir exécutif et l’initiative législative, tandis que le pouvoir législatif est divisé. En novembre 1852, un plébiscite rétablit l’Empire, caractérisé par une administration soumise, la suspension des libertés comme celle de la presse, et un suffrage universel masculin manipulé par le gouvernement pour orienter les résultats. L’opposition reste limitée à des protestations mineures.
Le régime s’appuie sur les milieux d’affaires, les catholiques et l’armée, qui bénéficie notamment de la guerre de Crimée. L’économie connaît une forte croissance avec l’essor des banques comme le Crédit Lyonnais et la Société Générale, le développement des chemins de fer, la modernisation de Paris avec le plan Haussmann, et l’apparition de nouvelles formes de commerce. Cependant, vers la fin de cette période, la croissance ralentit, marquant une étape de transition.
B. L’Empire Libéral
L’attentat d’Orsini en 1858 marque un tournant politique. Napoléon III annonce une série de réformes libérales pour élargir sa base de soutien. Il introduit des mesures comme le développement de l’enseignement d’État (ce qui crée des tensions avec les catholiques), la reconnaissance du droit de grève, la formation d’associations ouvrières, et l’envoi de délégués ouvriers à l’Exposition universelle de Londres. À partir de 1867, des libertés publiques sont progressivement accordées, notamment la liberté de presse et de réunion, ainsi que le droit d’interpellation au sein des institutions.
Cependant, ces réformes libérales s’accompagnent de pertes de soutien parmi les catholiques, mécontents de sa politique ambigüe envers le pape, et parmi les milieux d’affaires, opposés au traité de libre-échange signé avec l’Angleterre en 1860. Pour compenser, l’empereur cherche à attirer la petite bourgeoisie et les travailleurs, mais cela ne suffit pas à enrayer l’avancée de l’opposition.
C. La Politique Extérieure
Napoléon III mène une politique étrangère très active, visant à renforcer l’influence française, à établir un empire colonial, et à redéfinir l’ordre européen hérité du Congrès de Vienne. La France participe à des événements majeurs comme la guerre de Crimée, l’intervention en Italie, l’expansion coloniale en Cochinchine, au Liban et en Algérie, la tentative de contrôle au Mexique, et la construction du Canal de Suez. Ces actions, bien que renforçant temporairement la position de la France, entraînent des coûts financiers et militaires qui affaiblissent le régime sur le long terme.
D. Chute du Régime
Aux élections législatives de 1869, l’opposition progresse de manière significative, bien qu’elle reste divisée entre divers courants, ce qui limite son efficacité. Malgré tout, l’instabilité interne s’aggrave lorsque Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, un conflit désastreux qui conduit à la défaite française à Sedan. L’empereur est capturé, et, trois jours plus tard, le 4 septembre, la République est proclamée à Paris, mettant fin au Second Empire.
6. La Naissance de la IIIe République (France)
A. La Défaite face à la Prusse et Élections Assemblée Nationale
Incapable de libérer Paris, le gouvernement de la Défense Nationale signe l’armistice le 28 janvier 1871, peu après la proclamation de l’empire allemand à Versailles le 19 janvier. Les élections de l’Assemblée nationale, organisées sous l’occupation prussienne, donnent une large victoire aux conservateurs. Thiers est nommé chef du gouvernement et négocie le 26 février les préliminaires de paix, suivis du traité de Francfort signé le 10 mai. Ce traité impose à la France une indemnité de 5 milliards de francs-or ainsi que la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine.
B. La Commune de Paris (1871)
En mars 1871, une insurrection éclate à Paris, une ville surpeuplée et républicaine, humiliée par l’entrée des Prussiens après l’armistice et par la politique du gouvernement réfugié à Versailles, qui exige le désarmement de la Garde Nationale. Les insurgés prennent le contrôle de la ville, et des élections locales donnent la majorité aux révolutionnaires. Le gouvernement de la Commune adopte des réformes comme l’instruction laïque gratuite et obligatoire, la séparation de l’Église et de l’État, et la création de chambres syndicales. Cependant, Paris, isolé et assiégé, est repris par les troupes gouvernementales. La Semaine Sanglante (21-28 mai) écrase la Commune dans une répression brutale, mettant fin à cette première tentative de gouvernement ouvrier.
C. L’Influence de la Commune en Espagne
En Espagne, la Commune entraîne un durcissement de la répression contre l’Internationale. Sous la monarchie d’Amédée I et le gouvernement de Serrano, l’Internationale est déclarée hors la loi. Pour le mouvement ouvrier espagnol, la Commune marque un tournant : elle renforce l’éloignement entre les ouvriers et les républicains espagnols, considérant que ces derniers, en cas de révolution, réprimeraient le mouvement ouvrier comme l’a fait le gouvernement français.
La Consolidation de la République (1879-1914)
La consolidation de la République (1879-1914) se caractérise par des transformations politiques, sociales et éducatives importantes qui ont structuré la nation sous un régime républicain définitif, tout en affrontant des défis internes et externes. Tout d'abord, la révision constitutionnelle de 1884 supprime les sénateurs inamovibles, réforme le système électoral du Sénat et proclame la République comme le régime définitif de la France. Cela entraîne une division parmi les républicains : d'un côté, les "opportunistes", qui soutiennent un gouvernement modéré, et de l'autre, les "radicaux", qui prônent une république démocratique, laïque et sociale, réclamant la suppression du Sénat, l'impôt sur le revenu et la séparation de l'Église et de l'État.
Les Réformes Éducatives de Jules Ferry
En matière d'éducation, les républicains, sous la direction de Jules Ferry, mettent en place une série de réformes fondamentales qui marquent la création de l'école moderne en France :
- En 1881, l'enseignement primaire devient gratuit.
- En 1882, la scolarisation devient obligatoire pour les enfants de six à treize ans.
- En 1882, la loi de laïcité sépare l'enseignement public de l'Église, ce qui signifie que l'éducation religieuse doit être dispensée en dehors de l'école, tandis que l'enseignement moral et civique remplace la religion dans les écoles.
- La loi Camille Sée (1880) crée des externats pour les filles.
- À partir de 1886, le personnel enseignant devient laïque.
Des améliorations sont également apportées aux infrastructures scolaires, avec un programme de construction d'écoles et une augmentation des salaires des enseignants. Ces réformes ont contribué à réduire les disparités régionales en matière d'éducation et à promouvoir les valeurs républicaines, offrant une éducation plus égalitaire pour les garçons et les filles.
Les Défis Politiques et Sociaux
Cependant, la République a dû faire face à des défis politiques au cours de cette période :
La Crise Boulangiste (1886-1889)
La crise boulangiste a été un phénomène nationaliste qui a pris de l'ampleur lorsque le général Boulanger, suite à un incident frontalier avec l'Allemagne, a gagné une grande popularité, au point que ses partisans l'ont encouragé à marcher sur l'Élysée. Cependant, à cause de ses propres peurs et d'un scandale personnel, Boulanger a fui en Belgique, ce qui a entraîné l'effondrement de son mouvement.
Le Mouvement Socialiste et les Crises
De plus, le socialisme a commencé à se restructurer après l'amnistie de 1879 pour les prisonniers de la Commune, et à partir de 1893, les socialistes ont remporté des victoires électorales importantes. Le mouvement socialiste s'est divisé entre les marxistes, les anarchistes et les socialistes indépendants.
La crise de Panama (1892) a également secoué le régime, lorsqu'un scandale de corruption lié à la construction du Canal de Panama a éclaté, impliquant des députés ayant reçu des pots-de-vin pour voter une loi favorable à l'entreprise chargée de la construction. Ce scandale a alimenté l'antiparlementarisme et renforcé les mouvements nationalistes et antisémites.
Les attentats anarchistes à la fin du XIXe siècle, culminant avec l'assassinat du président Sadi Carnot en 1894, ont été utilisés comme prétexte pour adopter des lois répressives contre les anarchistes, les socialistes, la presse et la gauche, exacerbant la division entre la gauche et les progressistes.
L'Affaire Dreyfus (1894-1906)
Finalement, l'affaire Dreyfus a révélé des failles profondes dans le système judiciaire et a profondément divisé la nation, mais elle a également renforcé la République face aux attaques des nationalistes, des monarchistes et des antisémites, et a permis la formation du Bloc des gauches en 1902, unissant les républicains, les radicaux et les socialistes autour des valeurs de justice, laïcité et défense des droits de l'homme.